Le couple franco-marocain, un nouvel acteur en Afrique
Le Club des chefs d'entreprise France-Maroc a balisé hier deux domaines de partenariat : le co-investissement en Afrique et les villes durables. François Hollande est venu apporter son soutien.
S’il fallait apporter une conclusion, une seule, à la visite de François Hollande, c’est bien celle-là : les opportunités de partenariat franco-marocain en Afrique sont réelles, il faut y aller. Le Maroc a intérêt à y aller avec la France; la France a intérêt à y aller avec le Maroc.
En ces temps de crise, la France a besoin de débouchés commerciaux. Le Maroc n’a pas les excédents financiers ni le gaz algériens ; malgré cela, son attractivité est très forte. Car c’est le seul pays à pouvoir dire aux chefs d’entreprises français : venez, on peut aller ensemble en Afrique, « ultime frontière de l’économie mondiale » selon l’expression rappelée par Meriem Bensalah Chaqroun, présidente du patronat.
On ne pouvait s'empêcher, en tant que journaliste, de se rappeler une date: le 12 novembre 1984, quand le Maroc quitte l'OUA avec cette phrase fameuse de Hassan II: "L'absolu appartient à Dieu. En attendant des jours plus sages, je vous dis adieu". Aujourd'hui, quelle revanche que ce retour par la grande porte de l'Afrique, celle des affaires mais aussi du développement, comme l'expliquera Ali Fassi Fihri, directeur général de l'ONEE.
Le Maroc est devenu une plateforme régionale crédible
Plusieurs centaines de chefs d’entreprises des deux côtés sont sortis de cette journée du Forum économique Medef-CGEM, convaincus de l’existence d’opportunités. Ils ont passé ensemble quelques heures agréables, fructueuses, agrémentées de l’humour bienvenu de François Hollande, Moulay Hafid Elalamy ou Thami Ghorfi.
En un mot, le Maroc a su utiliser ses atouts, encore une fois.
Le Club des chefs d’entreprise France-Maroc organisait donc hier à Rabat, une rencontre autour de deux thèmes complémentaires : les opportunités de partenariat en Afrique ; et les villes durables.
Mohamed Kettani, co-président du comité (et président d’Attijariwafa Bank), Mostafa Terrab, président d’OCP, Moulay Hafid Elalamy, président du groupe Saham, ont évoqué chacun son expérience sur le continent.
Au final, démonstration a été faite que le Maroc est devenu une plateforme régionale pour les échanges et l’investissement, que c’est déjà le cas pour de nombreuses entreprises marocaines (Maroc Télécom, Sothema, Ram, Saham, BMCE, Attijari…) ou françaises (Sanofi, Thalès, Alstom…), et que l’on peut désormais y aller ensemble. Comme nous l’annoncions en primeur, Accor et la BMCE ont anticipé ces conclusions, en décidant de mutualiser leurs moyens pour se développer en Afrique.
La seconde conclusion de la rencontre d’hier est plus attendue, elle s’inscrit dans la foulée des échanges de décembre dernier. Il s’agit de Colocalisation, terme barbare, néologisme signifiant qu’on ne délocalise pas, mais qu’on se localise tous les deux, dans les deux pays.
Pour donner un exemple, Renault à Tanger est une colocalisation, c’est une perspective à moyen et long termes, à forte valeur ajoutée, avec des investissements importants dans la formation et des produits destinés à tous les marchés, y compris ceux du Nord. Un investissement dans une main d’œuvre bon marché est au contraire une recherche de bas coûts sur le court terme.
Mme Bensalah, M. Kettani et M. Hollande ont chacun insisté sur la colocalisation, comme voie d’avenir pour les deux partenaires.
Plusieurs pistes de travail
Deux groupes de travail vont être créés au niveau du Club des chefs d’entreprise France-Maroc, il s’agit bien évidemment du partenariat en Afrique et celui des villes durables. Trois autres secteurs seront explorés : la chimie-parachimie, la pharmacie (les génériques surtout) et la métallurgie, jugés très porteurs.
François Hollande a eu les mots qu’il fallait pour faire plaisir : «Le Maroc n’est plus un pays en développement. Sous l’impulsion de Sa Majesté et des gouvernements successifs, il est devenu un pays émergent, pleinement intégré dans l’économie régionale et mondiale, avec des entreprises puissantes ». Hollande n’est pas allé jusqu’à en tirer les conclusions et annoncer une éventuelle révision de la politique d’octroi des visas aux ressortissants de ce pays émergent-plein-de-promesses.
Le Chef de l’Etat français a rappelé que la France reste le premier client et le premier investisseur au Maroc, même si elle a perdu sa position de premier fournisseur au profit de l’Espagne. Sectoriellement, il a estimé que les intérêts communs des deux pays se situent dans les traitements des eaux ; l’agro-alimentaire et enfin les énergies renouvelables. Dans ce dernier domaine, il est convaincu que l’on peut développer des filières industrielles dans les deux pays.
Comme dans toutes les réunions Nord-Sud, la condescendance n’est jamais absente. Jean René Fourtou, d’habitude plus inspiré, a déclamé : « Vous avez une culture, une capacité de négocier et de vivre avec ces pays-là… » alors que l’on n’arrêtait pas d’expliquer que le Maroc a une vraie crédibilité et une expertise reconnue. La palme de la maladresse revient toutefois à Nicole Bricq ministre du commerce extérieur, avec cette tirade qu’elle voulait gentille : « En décembre dernier au Maroc, j’ai présenté ce concept mieux vivre en ville. Bravo, bravo. Je vois que vous vous êtes appropriés le concept. Il y a une demande au Maroc. Et une offre française. »
Laissons le mot de la fin à Mostafa Terrab, très en forme : « il faut fertiliser le volontarisme des uns et des autres par les politiques publiques… L’euro-Méditerranée doit devenir l’Eurafrique ».
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