Les faux-médicaments, une épidémie silencieuse où les coupables n’encourent aucune sanction
Le forum pharmaceutique de Marrakech a fait le point sur la contrefaçon de médicaments. Au médicament, ces fraudeurs ne risquent rien.
Si au Maroc nous ne disposons pas de chiffres exacts, en Afrique subsaharienne 200.000 décès par an sont dus à des médicaments non conformes prescrits contre le paludisme. Sur le plan économique, l’impact est également alarmant lorsqu’il s’agit d’un marché illicite dont le chiffre d’affaires s’élève à 52 milliards d’euros dans le monde, selon l’Organisation mondiale de la santé. Ce qui signifie que 10 à 30% des médicaments vendus sont non conformes. Un constat qui a été fait lors des travaux du 14ème forum international de l’industrie pharmaceutique, tenu à Marrakech les 30,31 mai et le 1er juin.
Définis comme des médicaments qui sont délibérément et frauduleusement munis d’étiquettes n’indiquant pas l’identité ni la source véritable, les médicaments contrefaits représentent un sérieux danger pour la santé, dont l’ampleur est difficile à préciser. Il peut s’agir d’une spécialité ou d’un produit générique, et parmi les produits contrefaits, il en est qui contiennent les bons ingrédients ou de mauvais ingrédients, ou bien encore pas de principe actif et il en est d’autres dont le principe actif est en quantité insuffisante ou dont le conditionnement a été falsifié.
Il convient de noter toutefois que les contrefaçons ne concernent plus seulement ce que l’on appelle les produits de confort comme les compléments alimentaires pour la musculation ou les produits amaigrissants... mais aussi des médicaments anticancéreux, des médicaments destinés à soigner des maladies cardio-vasculaires, des antibiotiques, des analgésiques, des contraceptifs et autres médicaments délivrés sur ordonnance.
Sur le plan santé, c’est comme une épidémie silencieuse; les faux médicaments sont à l’origine des échecs thérapeutiques et des résistances aux traitements mettant à rude épreuve le travail quotidien des praticiens auprès des patients. Un véritable problème de santé publique qui coûte cher aux populations en termes de pertes en vies humaine.
Comment peut-on lutter contre les médicaments contrefaits ?
Selon Abdelhakim Zalim, chef de division de la pharmacie du ministère de la Santé, on ne peut pas éradiquer la contrefaçon mais on doit en limiter l’impact. «Il faut renforcer les procédures de contrôle au niveau des frontières, voire limiter l’importation de quelques produits», explique-t-il.
Dans ce sens, le ministère de la Santé et l’administration douanière collaborent pour lutter contre l’importation de faux médicaments. Concrètement, chaque début d’année, le département du médicament et de la pharmacie DMP du ministère communique aux services de la douane la liste des établissements pharmaceutiques et industriels qui ont le droit d’importer. En d’autres termes, personne ne peut importer un médicament ou une matière première qui rentre dans la fabrication d’un médicament s’il n’a pas été déclaré par le ministère de la Santé. Un dispositif qui a permis à l’administration des douanes en 2013, de saisir une quantité importante de médicaments contrefaits en provenance de la Mauritanie.
Toutefois, les importateurs de marchandises saisies en douane pour contrefaçon ne font pas l’objet de poursuites, ce qui est un non-sens juridique dans un contexte de guerre économique qui ne pardonne pas. Ainsi, « il faut mettre en place un cadre réglementaire qui prévoit des sanctions sévères et dissuasives », préconise Abdelhakim Zalim.
Coopérer pour lutter
La lutte contre la contrefaçon passe par une coopération accrue entre les industriels entre eux d’une part, et avec les autorités publiques d’autre part.
Aujourd'hui, cette lutte ne peut se faire qu'avec un système de traçabilité efficient. Dans ce sens, les entreprises sont appelées à se doter davantage d'outils propres de traçabilité de produits et de dispositifs censés participer à déterminer les responsabilités ainsi que de permettre une traçabilité sans faille des médicaments et un contrôle d’authenticité. Les entreprises pharmaceutiques sont également appelées à collaborer étroitement avec les autorités de tutelle et les autorités douanières en utilisant des signes de sécurité visibles et dissimulés, rendant la contrefaçon plus difficile ou permettant de la détecter.
Mais la lutte contre les médicaments contrefaits passe aussi par une coopération de la société civile, si l’on sait qu’internet est en première ligne des raisons qui font que la contrefaçon de médicaments a explosé. D’où la nécessité de mener des compagnes de communication pour sensibiliser les gens aux risques que peut présenter l’achat d’un médicament dont la chaîne de production et de conservation ne respecte pas les normes internationales.
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