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ECONOMIE

Exportations agro-alimentaires : “Peut mieux faire”, selon le ministère des Finances

Le ministère de l'Economie et des Finances présente les handicaps du Plan Maroc Vert et ses recommandations pour améliorer sa politique de l'export.  

Exportations agro-alimentaires : “Peut mieux faire”, selon le ministère des Finances
Najat Sghyar
Le 10 juin 2013 à 18h36 | Modifié 10 juin 2013 à 18h36

C'est un bilan mitigé – et pour le moins surprenant – que dresse le ministère de Nizar Baraka en publiant le 10 juin une étude sur les exportations agroalimentaires. Le secteur, qui emploie 44% des Marocains, ne contribue qu'à hauteur de 20% au PIB national. L'analyse révèle que le Plan Maroc Vert, stratégie phare lancée par Aziz Akhannouch dès son arrivée à la tête du ministère de l'Agriculture pour restructurer le secteur, peine à réaliser ses objectifs.

«Nos avantages comparatifs dans ce secteur connaissent une forte érosion en raison, en particulier, de la faible optimisation des interventions publiques, de la diversification insuffisante des marchés à l’export et de la forte concurrence exercée, notamment, par des pays méditerranéens»,peut-on lire en introduction du document.

D'emblée, le ton est donné: outre l'analyse de l'évolution des exportations agroalimentaires sur les dernières années, le Ministère des Finances publie ses recommandations «pour un ajustement des politiques en vigueur».

En se basant sur l'indice ACR, qui calcule l'écart entre le solde commercial observé pour un produit donné et le solde théorique qu’on devrait constater s'il était exactement proportionnel au poids de ce produit dans les échanges du pays, l'étude révèle que «le secteur agroalimentaire a enregistré une dégradation de ses ACR sur la période 1990-2000, avant d'entamer une amélioration notable de ces avantages jusqu'en 2007/2008, où, suite à la crise mondiale qui a affecté négativement la demande mondiale, il a vu ses ACR s'inscrire dans une tendance baissière».

Que préconise l'étude ?

En outre, la balance commerciale est restée négative tout au long de cette période, résultat direct «d'un faible ancrage sur le long terme de ce secteur à la dynamique du marché mondial des produits agroalimentaires en termes d’amélioration de la demande».

L'étude préconise une diversification des marchés,rappelant que «la forte concentration de ces exportations sur le marché européen a rendu le Maroc très vulnérable vis-à-vis de l’évolution des conditions économiques de l’Union européenne».

Ainsi, les marchés africains et asiatiques, qui ne représentent à l'heure actuelle que 2% à 3% respectivement des pays destinataires, présentent «des opportunités énormes à exploiter en particulier au niveau des pays arabes du Moyen Orient (Arabie Saoudite et Emirats-Arabes- Unis, notamment pour les tomates et l’huile d’olives)».

D'autant plus que les filières phares de l'agriculture marocaine font montre d'un retard dans la réalisation de leurs objectifs. Ainsi, les primeurs ont enregistré en 2011 un déficit de 27% par rapport à l'objectif fixé par le Plan Maroc Vert, en raison, entre autres, «d’une politique mettant fortement l’accent sur l’augmentation de la production au détriment de la promotion et de la prospection de nouveaux marchés». A noter néanmoins que la commercialisation a été le thème fort du dernier Siam.

Les exportations d'agrumes et d'huile d'olive ont quant à elles réalisé respectivement 87% et 93% de leur objectif en 2011. Pour pallier le ralentissement du rythme des agrumes exportés, l'étude propose «de renforcer les exportations marocaines de ces produits vers d’autres marchés porteurs, comme les Etats- Unis et la Russie, à travers, notamment, la mise en place d’une structure logistique adaptée comprenant en particulier des liaisons maritimes avec une fréquence appropriée».

L'huile d'olive, dont la moitié de la production est encore traditionnelle, présente des performances encore insuffisantesdues essentiellement à «un faible niveau technologique conjugué à la dépréciation de la qualité de la matière première, en raison des mauvaises conditions de sa manutention, et qui génère des huiles non conformes aux standards internationaux».

En outre, il apparaît que le Maroc dispose d'avantages comparatifs pour les fruits et légumes non transformés, «une place privilégiée qui n'est pas suffisamment valorisée en termes de parts de marché au niveau mondial», d'où sa stagnation au cours des vingt dernières années à la différence de ses concurrents méditerranéens (Espagne, Turquie, Egypte, Italie).

Enfin, l'étude s'attaque aux instruments mis en place par le Plan Maroc Vert pour renforcer les exportations agroalimentaires.Ainsi, elle regrette que le soutien de la production, qui nécessite un investissement de 70 milliards de DH dont 25% est pris en charge par l'Etat, porte essentiellement sur l'augmentation productive «au détriment de l’amélioration des performances de la production déjà en place». Une stratégie qui ne permet vraisemblablement pas d'améliorer la compétitivité du tissu productif, en particulier de la filière oléicole.

De plus, le niveau de valorisation de la production demeure inférieur à celui des concurrents méditerranéens, et la promotion des exportations gagnerait à être rénovée «en particulier, l’amélioration des performances et le renforcement du réseau mondial d’agences commerciales couvrant les marchés d’exportation du Maroc, aussi bien traditionnels que ceux à potentiels avérés. Ces agences devraient être gérées par des compétences spécialisées qui mobiliseraient leur connaissance approfondie des marchés pour accompagner les exportateurs marocains».

En tout cas, cette analyse devrait encourager le ministère de l'Agriculture à repositionner sa stratégie à l'export, et revoir sa politique productive, toujours dans un souci de compétitivité.

 

 

 

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Najat Sghyar
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