Abdellatif Jouahri : pas de commentaire sur l’indexation
Pour le gouverneur de la banque centrale du Maroc, l’indexation aura un impact sur l’inflation. Si tous les produits étaient indexés, elle pourrait même atteindre les 6%. Mais il a soigneusement évité de se prononcer sur le choix de ce dispositif.
« Quand il y a un problème structurel, un jour ou l’autre, il faut se décider à prendre son courage à deux mains et de commencer à réformer, quitte à subir la pression sociale. Cela fait au moins cinq ans qu’on évoque le problème de la compensation et rien n’a jamais été fait. Plus on retarde les réformes, plus on le paie cher. Et si on ne fait pas le bon choix on le paie également cher », a déclaré mardi 24 septembre Abellatif Jouhari, le gouverneur de Bank Al-Maghrib.
Est-ce un bon choix ou un mauvais choix ? Abdellatif Jouahri ne veut pas donner de satisfecit, ni d’objection. « Il fallait bien commencer quelque part » s’est-il contenté d’indiquer.
« Nous ne sommes pas là pour critiquer une décision politique, mais pour mesurer l’impact sur la macroéconomie. »
M. Jouahri penche pour une réforme globale de la Caisse de compensation en mettant en place le ciblage. Un ciblage bien pointu : déterminer le produit de la compensation d’abord, ensuite la population concernée par cette compensation. Un mécanisme complexe.
Pour illustrer son idée, le gouverneur nous a raconté une anecdote : « j’ai un ami de nationalité étrangère, diplomate au Maroc, qui n’arrive pas à comprendre comment lui et son chauffeur achètent le pain au même prix ! ». Ce devrait être cela, le principe de la compensation.
Les équilibres macroéconomiques, seule préoccupation de Bank Al Maghrib
Le système d’indexation mis en place aura un impact sur l’inflation.
Si le baril de pétrole ne dépasse pas les 105 dollars, l’inflation augmentera de 0,2%. S’il atteint 110 dollars, l’inflation connaîtra une hausse de 0,4% et dernier scénario, si le baril dépasse les 120 dollars, l’inflation atteindra 0,7%.
En somme, Bank Al Maghrib prévoit une inflation de 2,2% au titre de l’année 2013. Ce qui ne représente pas une situation critique selon le gouverneur de BAM. « Même si on intègre l’indexation, l’inflation reste dans la limite acceptable, à savoir entre 2 et 3% » rassure M. Jouahri.
Le cas où l’inflation atteindra le stade critique, c’est le scénario où l’indexation sera appliquée pour l’ensemble des produits compensés et en même temps. Dans ce cas, l’inflation au Maroc pourra atteindre les 6%.
Près de 7 milliards de dollars d’économie pour le budget de l’Etat
La bonne nouvelle avec ce système, c’est que le Maroc va économiser près de 7 milliards de DH sur une année, si on calcule sur la base de 120 dollars le baril de pétrole. Et pour ce qui reste de 2013, avec l’entrée de l’indexation en septembre, le Maroc économisera à fin décembre près de 1,7 milliard de DH. Le calcul a été fait sur la base de 110 dollars le baril, soit le coût moyen du baril en cette période.
Sur la situation macroéconomique, le gouverneur de Bank Al Maghrib est confiant. Les indicateurs sont encourageants : les réserves de change couvrent 4 mois et 4 jours d’importations, le déficit commercial est en recul, le déficit budgétaire sera ramené à 5,5 % du PIB…
Mais il faut rester réaliste : M. Jouahri avoue quand même que la situation est à la limite des normes. Si un choc exogène a lieu, notre économie peut subir un choc. Mais dans ce cas là, il y aura la ligne de précaution et de liquidité du FMI… si toutefois elle est toujours à disposition du Maroc.
À découvrir
à lire aussi
Article : Le Canada reconnaît le plan d’autonomie proposé par le Maroc comme base pour une solution du différend régional autour du Sahara marocain
Le Canada "reconnaît le plan d’autonomie" proposé par le Maroc "comme base pour une solution mutuellement acceptable" au différend régional autour du Sahara marocain.
Article : Secteur privé. Le grand manque à gagner pour l’économie marocaine (Banque mondiale)
La Banque mondiale accorde une large place au secteur privé dans son rapport croissance-emploi sur le Maroc. Si le Royaume a su préserver une stabilité macroéconomique et maintenir un niveau d’investissement élevé sur les deux dernières décennies, cette dynamique ne se traduit pas suffisamment en productivité, en emploi formel durable et en revenus privés.
Article : Chatbot Médias24. La Banque mondiale publie son diagnostic du secteur privé au Maroc
Le rapport "Diagnostic-pays du secteur privé", élaboré par le Groupe de la Banque mondiale et publié ce mardi 28 avril 2026, vise à identifier les opportunités d’investissement privé inexploitées ainsi que les obstacles connexes. Il analyse les moyens de stimuler l'investissement privé au Maroc pour favoriser une croissance inclusive et créer des emplois de meilleure qualité. Explorez le document via ce chatbot.
Article : Hydrocarbures au Maroc. Et si l'on cherchait au mauvais endroit ?
Et si le Maroc était à l'aube de son "moment norvégien" ? Une étude scientifique récente plaide pour un changement de paradigme des cibles d’exploration offshore au Maroc et révèle que les ressources les plus importantes pourraient se cacher dans des cibles négligées jusqu'alors. Un pari à tenter ?
Article : Christopher Landau à Alger : le Sahara marocain au cœur des échanges, sur fond de soutien croissant à l’autonomie
La visite du secrétaire d’État adjoint américain Christopher Landau à Alger intervient dans un contexte de consolidation des soutiens internationaux à la souveraineté du Maroc sur le Sahara, alors que Washington maintient sa position en faveur de l’initiative marocaine d’autonomie.
Article : Enseignement supérieur. La promesse d’une hausse de 1.000 DH nets remise en cause ?
La revalorisation salariale de 1.000 DH annoncée dans l’enseignement supérieur suscite de vives tensions avec les syndicats. Les modalités de calcul de cette augmentation sont jugées inéquitables et engendrent des disparités importantes entre les fonctionnaires.