Pour le FMI, le Maroc doit accélérer les réformes
Le FMI publie le rapport de la deuxième revue du programme de ligne de précaution et de liquidité. Malgré la détérioration des conditions macroéconomiques en 2012, les perspectives de court terme s’améliorent, selon l’institution. Les réformes doivent être accélérées.
L’année 2012 et le début 2013 vus par le FMI
L’année 2012, marquée par de mauvaises récoltes et un environnement international attentiste, a connu une croissance molle de 2,7%, contre 5% en 2011. L’inflation est restée faible et maîtrisée. Le taux de chômage avoisine les 9% depuis 2009, cependant le chômage de jeunes a augmenté de 17,9% à 18,6% entre 2011 et 2012.
Le déficit budgétaire s’est creusé en 2012 pour atteindre 7,6% du PIB, contre 6,7% en 2011. La dette publique a ainsi atteint le seuil des 60% du PIB.
Après s’être sérieusement détérioré en 2012 pour atteindre 10% contre 8,1% en 2011, le déficit courant s’est amélioré en 2013 en raison de la baisse des importations d’énergie et de produits alimentaires. Les réserves internationales se sont stabilisées autour des 4 mois d’importations.
Le Maroc continue de bénéficier de la confiance des marchés financiers, ce qui lui permet d’accéder à des conditions favorables de financement et ce malgré la reclassification du pays par Morgan Stanley de « pays émergents » à « pays frontière » en juin 2013.
La liquidité bancaire reste insuffisante contraignant BAM à intervenir à plusieurs reprises pour injecter des liquidités, tandis que la croissance du crédit a continué à s’amenuiser pour des raisons liées aussi bien à l’offre qu’à la demande. Mais le système bancaire marocain résiste bien du fait de la gestion prudente de la banque centrale.
Les performances économiques prévues pour 2013
Malgré le ralentissement de la croissance du PIB hors secteur primaire qui devrait être inférieure à 4% sur 2013, la croissance devrait quand même dépasser les 5% du fait de l’exceptionnelle campagne agricole qui devrait porter la croissance du secteur primaire à plus de 13%. L’inflation devrait se maintenir sous la barre des 2,5%, en dépit de la hausse des prix des carburants.
Selon les prévision du FMI, le déficit du compte courant devrait être ramené à 7% du PIB en raison de la diminutions des importations liée à la baisse des prix des matières premières, au ralentissement des activités non agricoles, la baisse des importations alimentaires et la hausse des exportations des produits liés aux nouveaux métiers mondiaux du Maroc (automobile, aéronautique, etc.). Les réserves de changes devraient rester stables grâce à l’afflux d’investissements étrangers.
A moyen terme, les perspectives économiques du pays reposent sur sa capacité à mettre en œuvre les réformes destinées à renforcer la compétitivité et à promouvoir une croissance plus forte et plus inclusive.
Cependant, ces prévisions restent vulnérables à plusieurs facteurs :
-Au niveau international, une hausse des prix du pétrole ou de nouvelles perturbations financières en Europe ou une période prolongée de faible croissance ;
-Au niveau national, dans un contexte social et régional tendu, les pressions politiques et sociales pourraient ralentir le rythme des réformes nécessaires. Les incertitudes politiques concernant le gouvernement actuel renforcent ces risques.
Les réformes attendues
Au niveau de la politique budgétaire, malgré le dérapage de 2012, les autorités marocaines restent décidées à atteindre un déficit budgétaire annuel de 3% du PIB en 2017, avec un objectif de 4,8% du PIB pour 2014 et 5,5% du PIB en 2013.
Afin d’atteindre les objectifs fixés à moyen terme des réformes structurelles visant aussi bien la hausse des recettes que la rationalisation des dépenses sont nécessaires, telles que:
-Une réforme de la Loi Organique des Finances (LOF), qui permettra d’introduire les budgets-programme et vise une plus grande transparence et reddition des comptes. Les autorités se sont engagées à la soumettre au Parlement au cours de cette session. En attendant la nouvelle LOF, le Ministère des Finances à mis en place des mécanismes de suivi de l’exécution budgétaire pour éviter que les dérapages de 2012, lié aux insuffisances constatées dans le circuit de la dépense, ne se reproduisent ;
-Une réforme fiscale, dans le but d’élargir l’assiette fiscale, de réduire les dépenses fiscales et l’évasion fiscale tout en rendant le système fiscal plus équitable et plus à même de soutenir la compétitivité. Les mesures immédiates attendues par le FMI comprennent : une réforme de la TVA, du régime forfaitaire, une réduction des dépenses fiscales (notamment imposition du secteur agricole) et une simplification des procédures ;
-Une réforme du système de subventions: les mesures adoptées depuis mai 2013 pour réduire la facture de compensation du blé et des carburants (indexation partielle, diminution des subventions forfaitaires et des quotas) sont des étapes majeures vers une réforme complète qui vise la disparition progressive des subventions sur laquelle les autorités se sont engagées pour l’automne. Cependant, l’expérience internationale montre que ce type de réformes doit s’accompagner de transferts aux populations vulnérables pour en limiter l’impact, qu’ils soient ou non conditionnés.
-Les salaires : les autorités se sont engagées à moyen terme à ramener la masse salariale à 11% du PIB ;
-Les retraites : il est urgent de mettre en œuvre la réforme paramétrique qui permettra de restaurer la viabilité de la Caisse Marocaine des Retraites.
Au niveau de l’équilibre extérieur, l’incertitude pesant sur l’environnement international (faible croissance européenne, volatilité des cours des matières premières, etc.) exerce une pression qui devrait persister à moyen terme. Cela nécessite la mise en œuvre de réformes structurelles visant à réduire le déficit courant.
Le FMI soutient notamment l’introduction d’une plus grande flexibilité dans le taux de change, qui, si elle n’exonère pas le pays des réformes structurelles, pourrait être utile pour absorber les chocs en attendant que les réformes portent leurs fruits. Les autorités marocaines n’y sont pas réfractaires mais insistent sur la nécessité d’une préparation minutieuse et de la satisfaction d’un certain nombre de pré-requis.
Le FMI a considéré que cette revue était satisfaisante car des progrès dans la mise en œuvre des réformes nécessaires ont été accomplis, même si cela s’est fait à un rythme plus lent qu’escompté. Les objectifs visés à fin octobre 2013 ont toutefois était revus à la baisse pour le déficit budgétaire à 41 MMDH contre 33,772 initialement prévus.
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