Quand le yoga apaise des jeunes délinquants mexicains
Seize jeunes Mexicains, dans un centre de détention pour adolescents, étirent leur corps, une main posée sur le sol, l’autre pointant vers le plafond à l’écoute de leur professeur de yoga.
«Peu importe votre délit, en ce moment relaxez-vous», recommande Fredy Alan Diaz Arista, à ces jeunes accusés de vol ou d’homicide à Mexico. Lui-même ancien trafiquant de drogue, il est, à 38 ans, devenu professeur de yoga en prison.
Pantalon bleu marine, tee-shirt blanc, les garçons changent lentement de position en suivant attentivement les instructions de Diaz et en prenant soin de respirer profondément.
«Mains vers le ciel» dit Diaz en se déplaçant entre les tapis de sol bleus et verts. Ignorant les barreaux aux fenêtre, il poursuit: «Ouvrez votre torse comme un oiseau ouvre ses ailes pour voler vers la liberté».
Discipline millénaire originaire d’Inde, le yoga fait dans le monde de plus en plus d’adeptes qui y puisent détente et bien-être, moyennant des séances souvent onéreuses.
Mais au Mexique traumatisé par la violence extrême liée au trafic de drogue, la prison compte sur une discipline réputée combattre l’anxiété et évacuer les tentions du corps pour ramener la paix dans l’esprit des jeunes délinquants.
A l’intérieur des hauts murs protégés par des fils barbelés de la «Communauté de diagnostic intégral pour adolescents» (CDIA), les 219 jeunes détenus peuvent aussi s’initier à la menuiserie, à la musique ou encore à la confection de tortillas, sous la surveillance de gardes vêtus de noir, sans arme.
La classe de yoga a attiré Jesus, 16 ans, accusé de viol, Pedro, 14 ans, emprisonné pour le meurtre d’une femme et Eric, 19 ans, condamné à cinq ans de prison pour homicide, enlèvement et racket.
Fierté professionnelle
Eric avait 17 ans quand il a été condamné à la peine maximale applicable à un mineur au Mexique. «Il y a des jours où je me réveille stressé parce que je suis encore très loin d’avoir purgé ma peine. Mais quand tu viens ici, ça t’enlève tout ce stress, tu te relaxes», dit-il.
Diaz, un look de rocker avec ses cheveux en bataille et un foulard noir autour du cou, a appris le yoga en prison, où il a atterri après avoir été arrêté avec 18 kilos de cocaïne dans ses bagages.
Après sept ans passés derrière les barreaux, il a décidé d’enseigner à de jeunes délinquants le yoga, appris à la fondation Parinaama, spécialisée dans l’enseignement de cette activité dans les centres pénitentiaires.
«En prison, le yoga a été comme une fenêtre pour moi, et au fur et à mesure que je l’ai pratiqué, c’est devenu une porte», dit Diaz.
«J’ai le sentiment d’avoir une dette et c’est pour cela que je viens dans ce lieu, pour partager cela. Il y a très peu de choses dont je sens fier, et parmi elles, il y a ce travail, qui me fait me sentir bien».
La directrice de la prison, Cynthia Rosas Rodriguez, a l’intention d’ajouter des cours des massage au programme, ce qui pourrait offrir à ces jeunes d’autres débouchés professionnels après leur sortie.
«Nous offrons une série d’activités qui, dans l’ensemble sont une bonne manière, pour des garçons qui ont vécu beaucoup d’épisodes de violence, d’exprimer et de métaboliser leurs émotions», dit Rosas. Mais elle souligne que le principal c’est l’éducation.
«Universités du crime»
Le Mexique a créé en 2005 un système de justice pour les mineurs, prévoyant que seuls les jeunes s’étant rendu coupables de crimes graves peuvent être emprisonnés.
Mais cette réforme met du temps à entrer dans la réalité, selon Juan Martin Perez Garcia, directeur du «Réseau pour les droits de l’enfance». De nombreux Etats du Mexique continuent d’emprisonner des jeunes pour des motifs moins graves alors que des études montrent que les prisons fonctionnent comme des «universités du crime».
Selon une étude de cette ONG, les cartels de la drogue ont recruté 15.000 à 25.000 mineurs entre 2010 et 2011, la plupart comme informateurs ou messagers, rarement comme tueurs.
Le nombre d’adolescents incarcérés dans des centres de détention est passé de 11.239 en 2011 à 11.684 l’an dernier. Pour 12% d’entre eux, il s’agissait d’un second séjour dans un centre de détention.
Ces débats semblent loin à la fin de l’heure de cours de Diaz, alors que les seize garçons sont allongés sur leur tapis, les yeux fermés, et que leur professeur leur dit : «oublie tes problèmes, ta condamnation».
«Depuis le premier jour, j’ai beaucoup aimé le yoga», dit Pedro, qui affirme avoir été accusé à tort du meurtre d’une femme. «Si je n’ai pas la possibilité d’étudier, je veux enseigner le yoga».
(Avec AFP)
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