Espagne: contre la crise, l'extrême droite tente de prendre pied
Sans complexes, derrière son regard bleu profond, Pedro Pablo Peña, le président du petit parti Alianza Nacional, n’hésite pas à se revendiquer fasciste, néonazi, représentant d’une extrême droite marginale en Espagne mais qui espère se nourrir de la crise et des tensions indépendantistes.
Sous l’oeil attentif des jeunes sympathisants réunis dans le petit local, à Madrid, du parti qu’il a fondé en 2006, cet avocat ennumère les grandes lignes de son idéologie: «Nation, race et socialisme».
A ce jour, la mouvance néonazie, héritière du franquisme, reste très minoritaire en Espagne, avec à peine 0,3% des voix aux législatives de 2011 et seulement quelques dizaines d’élus municipaux dans les régions de Valence, de Madrid et en Catalogne.
Surfant sur la crise économique et institutionnelle, Alianza Nacional et d’autres groupuscules espèrent pourtant se faire entendre, même si, à la différence de la France ou de la Grèce, le terreau semble moins fertile dans ce pays où le souvenir de la dictature franquiste, qui a pris fin en 1975, reste sensible et où l’immigration crée peu de polémiques.
De fait, en Espagne, c’est le Parti populaire, l’une des deux grandes formations parlementaires, au pouvoir depuis 2011, qui recueille traditionnellement les votes des secteurs les plus conservateurs.
Le PP, successeur d’Alianza Popular, fondé en 1976 par l’ex-ministre franquiste Manuel Fraga, «est parvenu à intégrer des secteurs de la société qui auraient pu rejoindre ces mouvements (d’extrême droite), mais se retrouvent dans une partie de son discours», remarque Fernando Vallespin, professeur de Sciences politiques à l’Université autonome de Madrid.
Récemment, plusieurs épisodes isolés ont d’ailleurs rappelé que la droite traditionnelle espagnole n’a jamais totalement rompu avec le franquisme.
Le 10 octobre, la majorité de droite à la Chambre des députés a rejeté une motion de l’opposition qui demandait l’interdiction des symboles totalitaires «incitant à la violence et à la haine», alléguant que le nouveau Code pénal, actuellement en débat, punit de tels discours.
Quelques jours plus tôt, à Quijorna, une localité proche de Madrid dirigée par le PP, une vente d’objets franquistes organisée dans un collège public a créé le scandale. Tout comme, durant l’été, la publication de photos de dirigeants du mouvement de jeunesse du PP portant des symboles franquistes.
«Il n’y a pas de fumée sans feu», avait lancé Gaspar Llamazares, député du parti écolo-communiste Izquierda Unida, à l’origine d’une demande d’interdiction d’Alianza Nacional devant la justice, après une attaque contre un centre culturel catalan à Madrid, le 11 septembre, jour de la Catalogne.
La polémique ne semble pas avoir porté préjudice au petit parti, qui affirme recevoir aujourd’hui une vingtaine d’appels chaque jour de personnes souhaitant rejoindre ses rangs, contre une dizaine auparavant.
Le 12 octobre, jour de la fête nationale espagnole, Alianza Nacional a participé à une manifestation à Barcelone contre les aspirations à l’indépendance de la Catalogne, qui a rassemblé environ 400 personnes agitant le drapeau de l’Espagne franquiste.
«Je ne vois pas en Espagne de mouvements ou de partis à l’image de ceux que nous voyons ailleurs en Europe, qui aient la capacité de déstabiliser le système politique», souligne Fernando Vallespin. Pour lui, cependant, c’est sur le thème de l’unité nationale, plus que sur l’immigration, que l’extrême droite peut espérer se faire entendre.
«Ce à quoi nous aspirons, c’est récupérer une partie du peuple espagnol qui croit encore dans les valeurs du peuple espagnol: l’honnêteté, la discipline, le patriotisme, la religion, la virilité», remarque Pablo Peña.
Pour séduire cet électorat, Alianza Nacional mise sur l’action sociale. «La crise peut nous aider», assure l’avocat, qui a chargé deux jeunes militantes, Adriana Truchado, 22 ans, et sa cousine de 17 ans, Andrea Martinez, de mettre en place ce programme.
De la nourriture, des vêtements, des fournitures scolaires, même un berceau s’entassent dans l’appartement d’Adriana, dans un quartier ouvrier du nord de Madrid. Les bénéficiaires seront des familles de chômeurs, à la condition expresse qu’il s’agisse d’Espagnols.
«Si dans un pays nous aidons les étrangers, mais pas les gens d’ici, c’est alors qu’apparaissent les problèmes», affirme Andrea Martinez.
(Par AFP)
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