Afghanistan: Dans l'est à la nuit tombée, « c'est le royaume des talibans »
Jahanzeb remplit des sacs de farine pour un salaire de misère dans une usine de Jalalabad, la grande ville de l'est de l'Afghanistan. Il a fui son village, par peur des combats. Là-bas, dit-il, quand la nuit tombe, « c'est le royaume des talibans ».
La farine arrive par camions du Pakistan, dont la frontière est à une heure de route de Jalalabad, capitale de la province de Nangarhar. Elle est déchargée sur une bâche, pleine de grumeaux, que le malingre Jahanzeb, 30 ans, élimine patiemment avec un tamis. Il remplit ensuite un sac de 49 kg, tâche pour laquelle il sera payé l'équivalent de 5 cents d'euro. Le village de Jahanzeb se trouve à quelques dizaines de kilomètres au sud de là. « Il me manque », confie-t-il. « Je suis parti parce qu'il y a des combats là-bas, sans arrêt, dans les champs, les maisons, partout ». « La nuit », poursuit-il, « c'est le royaume des talibans », ces rebelles islamistes renversés en 2001 par une coalition militaire internationale dirigée par les Américains, et qui tentent depuis de reprendre le pouvoir par les armes. « Ils attaquent les check-points, les forces gouvernementales restent cloîtrées dans leurs bases ».
Les violences qu'il décrit n'ont rien d'exceptionnel: sur les 22 districts du Nangarhar, seuls quatre à cinq sont considérés comme sûrs, les autres étant contrôlés par les talibans, ou sous leur influence, selon des sources locales interrogées par l'AFP.
Les talibans, « des mercenaires »
Cette instabilité persistante, malgré douze ans de guerre, inquiète à l'approche du retrait des 75.000 soldats de l'OTAN, fin 2014, une échéance qui fait frémir Jahanzeb. « La situation va se détériorer », dit-il nerveusement. Le mollah Baturai, grand homme à l'épaisse barbe noire, a combattu pendant six ans dans cette région. Du côté taliban. Il posait des bombes artisanales, avant de faire défection, il y a quelques semaines. « Je regrette d'avoir rejoint les talibans. Je pensais qu'ils étaient sincères, je pensais qu'ils étaient là pour le jihad. Je ne savais pas qu'il y avait des mercenaires qui ne se battaient que pour l'argent », dit-il en décrivant une organisation mafieuse spécialisée dans les enlèvements contre rançon. L'ennui, poursuit-il, c'est que « depuis un an et demi, les insurgés sont de plus en plus nombreux » dans la province. Le ton est sans surprise moins alarmiste du côté du gouvernement provincial.
Dans son bureau de Jalalabad aux airs de bunker, le vice-gouverneur Mohammad Hanif Gardiwal, un homme énergique et autoritaire, juge que le Nangarhar est sous bonne garde, hormis quelques « zones reculées ». Tout juste admet-il du bout des lèvres que le retrait de l'Otan pourrait créer un vide en matière de soutien aérien, un problème qui illustre les enjeux des négociations actuelles entre Kaboul et Washington pour le maintien de troupes américaines dans le pays après 2014.
Possible bavure de l'OTAN
Les forces internationales sont loin de faire l'unanimité dans le Nangarhar. D'aucuns comptent même les jours avant leur départ, comme Mohammad Qasim, un paysan du village de Sirja Ali Khan, dans la banlieue de Jalalabad. Devant sa maison, sur une parcelle de terre aride parcourue par les mauvaises herbes, cet homme âgé à la barbe grise désigne des cratères de la taille d'une boule de bowling. Ce sont des impacts d'obus, affirme-t-il, tirés lors d'un raid aérien de l'OTAN qui a tué deux de ses fils et son neveu le 4 octobre dernier. « Ils revenaient d'une partie de chasse aux moineaux » et s'étaient installés pour camper quand ils ont été fauchés par le bombardement, raconte M. Qasim. Les victimes ont été enterrées à l'entrée du village. Derrière leurs tombes décorées de guirlandes et de fleurs, une grande banderole les présente comme des martyrs. « Qu'ont-ils fait pour nous? », gronde M. Qasim à propos des soldats de l'OTAN. « Qu'ont-ils fait pour reconstruire l'Afghanistan, si ce n'est répandre la souffrance? »
Le lendemain du raid, la coalition avait affirmé avoir « riposté à une attaque en menant une frappe de précision contre des insurgés ». Courant novembre, elle indiquait qu'une « enquête » était toujours en cours. Mais selon le vice-gouverneur Gardiwal, il s'agirait bien d'une bavure. Les soldats de l'OTAN « ont reconnu qu'ils avaient fait une erreur, ils nous ont présenté leurs excuses », dit-il. « Des excuses, je n'en veux pas, s'emporte M. Qasim. Je veux que ceux qui ont commis ce crime soient traduits devant la justice ».
(Avec AFP)
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