“Musulmanes et laïques en révolte”, portraits de quatre Marocaines
Le livre, qui paraîtra prochainement en France aux éditions Hugo & Cie, met à l’honneur quinze femmes militantes, de différentes nationalités, dont quatre Marocaines. Un livre intéressant, avec un titre qui rebondit sur des clichés.
“Les femmes de cet ouvrage n’ont pas suivi l’injonction de Saint Paul qui disait dans l’un de ses sermons : «Dieu veut qu’à vos maris soyez soumises, femmes…» Elles n’ont pas suivi non plus les préceptes que le Coran a gravés dans le marbre au verset 34, sourate IV, An-Nissa (Les Femmes) où il est clairement rappelé que les femmes dépendaient des hommes et que leur insoumission entraînerait leur relégation. Elles n’ont pas évidemment suivi l’avis des moralistes, des machos, des grands frères qui sont déjà vieux, des imams paternalistes qui proclament en public l’inverse de ce qu’ils s’autorisent en privé. »
C’est par cette présentation liminaire que Malek Chebel, anthropologue spécialiste de l’islam, plante le décor.
Les femmes dont il est question dans ce livre n’ont d’autre point commun que celui de vivre dans une société phallocratique, rongée par le machisme, où la femme, ballottée entre le conservatisme religieux et le machisme, est réduite à une machine à procréer.

Les auteurs, Monique Ayoun, romancière et journaliste, et Malika Boussouf, journaliste, psychologue de formation, brossent le portrait de quinze femmes de différentes nationalités (tunisienne, libanaise, égyptienne, libyenne, malienne, syrienne, afghane, algérienne…), dont quatre marocaines :
Hayat Zirari: enseignante-chercheure en anthropologie à l’université Hassan II, elle a vu le jour dans un patelin portant le nom de Beni Zrara. Militante précoce, Hayat a connu la prison à l’âge de vingt ans. «L’observation de la manière dont vivaient les jeunes filles et les femmes de mon entourage, mon quartier, mon village natal et de tous les autres espaces, m’a très tôt sensibilisée aux inégalités de genre, aux discriminations et m’a fait prendre conscience des injustices auxquelles font face les femmes de mon pays. Tout en évoluant dans mon environnement plus ou moins ouvert, je ressentais le poids de l’injustice et supportais de plus en plus mal ce mépris généralisé pour les femmes », raconte-t-elle dans le livre.
Elle a d’ailleurs été présidente, de 2004 à 2012, de l’AMVEF, Association marocaine de lutte contre la violence à l’égard des femmes.
Ibtissame Lachgar (surnommée Betty): elle a co-fondé en 2009 le Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI), qui défend le droit de ne pas observer le jeûne pendant le Ramadan et les libertés individuelles au sens large (honni soit qui MALI pense).
Ibtissame, psychologue de son état, ne cesse de défrayer la chronique à travers ses prises de positions sur la religion – elle revendique ouvertement son athéisme – ou sur les droits des «minorités». «Je suis féministe et je le revendique. J’ai été initiée par mon père au militantisme. Opposant au régime d’Hassan II, il a été emprisonné et torturé. La société nous considère comme des musulmans, mais mon père était agnostique et moi je tiens à dire haut et fort que je suis athée; je ne crois ni en Dieu ni en la religion», explique-t-elle dans le livre, dont elle n’a pas manqué de critiquer le titre (Musulmanes et laïques).
Mouna Izzdine: elle est rédactrice en chef Femina, un magazine féminin d’expression francophone. «Je suis féministe depuis mon enfance. J’ai une haine viscérale de la misogynie et je me défoule à cœur joie sur Facebook contre le macho, le bigot, le facho souvent cachés derrière des discours de bon sens», témoigne-t-elle. «Je suis issue d’une famille musulmane, traditionnaliste mais libérale, de trois frères et trois sœurs. J’ai perdu ma mère à l’âge de cinq ans ; c’est mon père qui a été mon modèle. Chirurgien de métier, il était strict, sévère mais intellectuellement très ouvert et féministe. C’est lui qui m’a initiée au féminisme en me donnant à lire des ouvrages comme ceux de Simone de Beauvoir ou Fatema Mernissi. Ces écrits m’ont beaucoup aidée», raconte Mouna, trente-quatre ans.
Fatym Ayachi: la comédienne et metteur en scène, trente ans, est connue surtout pour avoir joué, en 2006, dans le film Marock et dans La femme écrite de Lahcen Zinoun en 2012, rôles qui lui ont attiré les foudres des conservateurs. «Jouer me permet de m’engager politiquement et d’exprimer toutes ces révoltes que je porte en moi. C’est sans doute ma manière à moi de militer», explique-t-elle. «Je ne me considère pas comme féministe, je n’aime pas ce terme que je trouve galvaudé et utilisé à mauvais escient. Mais je m’élève contre l’injustice, contre les atteintes à la dignité humaine. Et, bien entendu, les inégalités de droits entre hommes et femmes en font partie.»
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