Rabat et Madrid face à la pression migratoire: Hassad et Fernandez à Tanger le 26 mars
Un mois après la mort de 15 ressortissants subsahariens à Sebta, le ministre espagnol de l’Intérieur Jorge Fernandez Diaz a indiqué à la presse, jeudi 6 mars, lors d’une visite à Mélillia, la tenue d’une réunion avec son homologue marocain le 26 mars à Tanger.
Depuis le drame de Sebta, survenu le 6 février dernier, et les nombreuses tentatives de passage en force de ressortissants subsahariens aux postes-frontières de Béni Ansar et de Bab-Sebta, Fernandez Diaz et Hassad ont déjà eu l’occasion de se rencontrer pendant près de deux heures en tête-à-tête en marge de la réunion des responsables de l’Intérieur tenue à Paris le 20 février avec leurs homologues français et portugais.
A l’issue de la réunion tenue à Paris, Rabat a renforcé son dispositif de surveillance des frontières au Nord tandis que Madrid annonce de nouvelles mesures visant à «blinder» Sebta et Mélillia selon les termes du ministre espagnol.
Aux murs en béton et en métal hauts de plus de 6 mètres et dotés de lames tranchantes, Madrid envisage désormais d’ajouter des filets anti-escalade, tandis que 20 gardes civils supplémentaires seront dépêchés à Bab-Sebta.
Comme Mélillia depuis quelques mois, l’enclave de Sebta aura désormais son hélicoptère à senseurs thermiques et à infra-rouges qui permettent de détecter des mouvements humains à plusieurs kilomètres à la ronde.
Le mont Gourougou situé près de Mélillia en territoire marocain et les bois qui surplombent Sebta sont le refuge de centaines de Subsahariens dans l’attente d’un passage vers les enclaves espagnoles.
Cette semaine, mardi 4 mars à l’aube, plus de 1.000 Subsahariens ont tenté de passer en force du côté marocain vers Sebta, en vain. La semaine dernière en revanche, 214 ressortissants subsahariens avaient réussi à déjouer la vigilance des gardes frontaliers espagnols à Mélillia.
De plus en plus de tentatives de forcer le passage des frontière en motos ou en voitures «kamikazes» ont eu lieu ces dernières semaines. La dernière tentative de ce genre s’est déroulée … jeudi 6 mars alors que le ministre espagnol de l’Intérieur se trouvait … en visite à Mélillia.
Les autorités espagnoles parlent de «30.000 à 40.000 Subsahariens au Maroc qui attendent de passer vers l’Espagne», des chiffres «corroborés» par les autorités marocaines et les renseignements espagnols selon Madrid, mais critiqués par nombre d’ONG espagnoles qui accusent le ministre espagnol de «vouloir faire peur». Madrid parle également de 40.000 autres Subsahariens qui attendent en Mauritanie.
Affaire d’Etat
Avant Mélillia jeudi 6 mars, le ministre espagnol de l’Intérieur Fernadez Diaz était à Sebta la veille où il avait proclamé le dossier de l’immigration subsaharienne une «affaire d’Etat». Dans la foulée, le ministre espagnol a défendu l’attitude des forces de l’ordre espagnoles à Sebta le 6 février dernier et réitéré son appel pour plus d’aide européenne afin de «blinder» Sebta et Mélillia.
En Espagne comme au Maroc, les forces de sécurité sont de plus en plus sollicitées sur ces questions d’immigration et les opinions publiques se font également impatientes. Aux cas des Subsahariens se sont rajoutés depuis quelques mois les cas de centaines de Syriens réfugiés au Maroc et qui tentent également de passer par Bab-Sebta ou Béni Ansar vers l’Espagne et l‘Europe.
En Espagne, le Parti populaire a refusé aux Cortès (Parlement) d’approuver la création d’une commission d’enquête parlementaire sur les évènements de Sebta du 6 février dernier et au Maroc cette semaine, le ministère des Habous a publié un communiqué qui condamne à mots à peine couverts l’attitude des réfugiés syriens qui mendient aux portes des mosquées. Ce communiqué en forme d’avertissement a fait la une de certains journaux à Rabat.
Après la réunion du 20 février dernier à Paris et le renforcement des moyens de surveillance côté marocain, les autorités espagnoles parlent de nouvelle étape dans la coopération sécuritaire bilatérale, Fernandez Diaz parlant «d’un avant et d’un après 20 février».
Mais entre la porosité de la frontière maroco-algérienne et des situations politiques et sociales dégradées au sud du Sahara et au Sahel, le tarissement des flux migratoires du sud de la Méditerranée vers le nord n’est pas pour demain. A moyen terme, l’obtention de résultats en ce sens ne pourra se faire sans plus de stabilité politique et une gouvernance efficace et honnête susceptible de fournir de l’espoir et des jobs aux jeunes Africains.
Près de Ksar Sghir ou de Nador, jeunes Maliens, Camerounais, Ivoiriens, Guinéens et Congolais attendent par centaines de trouver, au bon moment, une brèche vers l’Espagne et l’Europe. A eux se sont rajoutés depuis l’été 2013, des centaines de réfugiés syriens. Tous sont très déterminés à traverser le Détroit de Gibraltar coûte que coûte.
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