Desertec, un nouveau retrait et des interrogations
Sale temps pour le consortium Desertec Industrial Initiative (DII) ! Après Siemens et Bosch, c’est au tour de Bilfinger, société internationale de construction opérant dans le secteur des énergies, de jeter l’éponge de l’ambitieux projet Desertec.
Projet qui aspire à fournir, à l’horizon 2050, le cinquième des besoins énergétiques de l’Europe à partir de parcs éoliens et solaires en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.
L’industriel allemand, coté à la Deutsche Börse, a déclaré à Reuters, le 13 avril qu’il n’envisageait pas de renouveler le contrat au-delà de 2014.
Qualifié tantôt de chimérique, tantôt d’infructueux, le projet est décrié par ceux-là mêmes qui l’ont initié. En 2013, la fondation Desertec, qui a lancé le projet en 2009, a quitté le navire en raison de «différends sur la gestion et la communication», obligeant ainsi DII à mener la danse seule.
L’effritement du consortium n’est pas près de s’arrêter. La compagnie allemande E.ON, l'un des premiers énergéticiens mondiaux, a déclaré, la semaine dernière, qu'elle quitterait à son tour DII, afin «de se concentrer sur ses propres projets.»
L’histoire de Desertec
Tout part d’une étude réalisée, au début des années 2000, sur le potentiel des énergies renouvelables dans la région Mena.
Son résultat mène à une observation stupéfiante: une petite parcelle d’un km² de désert reçoit en une année «une énergie solaire équivalent à 1,5 million de barils de pétrole».De quoi faire rêver nos amis européens dont la demande énergétique ne cesse de croître.
C’est ainsi qu’est né le projet Desertec, dévoilé officiellement en 2009. Le concept est on ne peut plus simple: mettre à profit l’ensoleillement du Sahara pour produire de l’électricité, dont une partie serait exportée vers le Vieux continent.
Aussitôt affiché, l’objectif a séduit le gouvernement allemand, qui a encouragé la création d’une fondation portant le nom du projet : Desertec.
Au principal fondateur, le réassureur Münchener Rück, se sont joints plusieurs poids lourds: Siemens, la première banque allemande Deutsche Bank, l’électricien RWE, le Suisse ABB, Abengoa, un groupe industriel espagnol et d’autres sociétés du même acabit.
La fondation passe au peigne fin les moindres détails du projet, dont le coût est estimé à 400 milliards d’euros. Très onéreux, crient les détracteurs du projet! Qu’à cela ne tienne, un consortium, répondant au nom de Desertec Industrial Initiative, a rejoint ce beau monde pour rechercher les financements mais aussi pour mettre sur pied dans la région MENA quelques projets qui serviraient de «test».
En 2011, DII signe une convention avec Moroccan Agency for solar energy (Masen), créée pour les besoins de la cause par l’Etat marocain. L’objectif : prouver que le dessein, qualifié par certains de chimérique, est réalisable et que nos parcs éoliens et nos centrales solaires pourraient à terme fournir, bon an mal an, le cinquième des besoins énergétiques de l’Europe.
Qu’en est-il aujourd’hui ? Les ambitions ont été revues à la baisse, mais le projet n’a pas – encore – été abandonné.
Lors d’une conférence tenue en septembre dernier à Skhirat, Paul van Son, PDG de DII, avait déclaré : «L’exportation de l'énergie depuis l'Afrique du Nord constituait, il y a quatre ans, la raison d’être de Desertec. Mais, aujourd’hui, cette vision, qui ne prenait pas en compte certains paramètres, cède la place à celle de créer des marchés intégrés dans lesquels l'énergie renouvelable apportera ses avantages à tous.»
Au-delà des différends que suscite le projet parmi les actionnaires, plusieurs questions demeurent sans réponse. Une directive européenne n’autorise l’importation de l’énergie qu’entre Etats européens. Comment, dans ce contexte-là, le projet pourrait-il se concrétiser ?
Par ailleurs, le Maroc, ne disposant pas d’un réseau lui permettant de transporter son énergie vers l’Europe, n’a d’autre choix que de passer par les installations de l’Espagne, qui refuse que ses lignes soient exploitées. Comment, du point de vue technique, l’importation pourrait-elle se faire ? Investir dans un dans réseau, dont le coût est estimé à quelque 200 milliards de dollars, serait aussi onéreux que tout le projet Desertec.
Tant que ces contraintes n’auront pas été dépassées, on continuera de prêcher dans le désert.
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