Pour sauver Maghreb Steel, le gouvernement fait courir de graves risques à toute la filière
Le ministère du Commerce extérieur instaure un bouclier antidumping au profit de Maghreb Steel. Avec la hausse du Smig et l'accélération des pertes d'emplois dans l'industrie, voici un autre coup dur pour l'industrie marocaine.
Encore une douche froide pour l'industrie. Le Ministère délégué chargé du Commerce Extérieur (MDCCE) a publié le 17 avril l’avis public 10/14 par lequel il confirme les mesures antidumping prises en faveur de Maghreb Steel. Si la surtaxe est revue à la baisse pour certains importateurs, il n’en demeure pas moins qu’elle constitue un surcoût pour une matière première importée par toute une filière qui souffre déjà d’un manque de compétitivité.
Petit rappel des faits
En janvier 2013, suite à une requête déposée par Maghreb Steel fin 2012, le MDCCE initie une enquête antidumping sur les importations de tôles d'acier laminées à chaud originaires de l'Union Européenne et de la Turquie afin de déterminer l'existence éventuelle du dumping et du dommage causé à la branche de production nationale.
L’enquête préliminaire conclut à l’existence d’un dumping source de préjudice pour l’industrie nationale et le gouvernement instaure fin octobre un droit de douane supplémentaire (allant de 0% pour les Turcs ColaKoglu et Erdemir jusqu’à plus de 29% pour l’Européen Arcelor Mittal) sur les produits concernés, au grand dam de la grande majorité des industriels marocains utilisateurs de cette matière première.
Instaurés pour 6 mois en attendant une conclusion définitive du MDCCE à l’issue de l’audition publiques organisée le 4 février 2014, les droits antidumping viennent donc d’être confirmé par ce nouvel avis public qui sera suivi d’un arrêté conjoint du Ministère de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Economie Numérique et du Ministère de l’Economie et des Finances. Seule petite consolation pour les importateurs marocains: les droits d’importations supplémentaires sur Arcelor Mittal sont ramenés de 29,12 à 15,04%.
Une surtaxe appliquée pour combler un défaut de compétitivité
Le MDCCE semble avoir été convaincu par les arguments de Maghreb Steel. Mais au-delà de savoir s’il y a ou non dumping, la question qui se pose est de savoir si le Maroc a vraiment un avantage comparatif à produire un bien dont les deux principaux intrants sont le fer – qu’il doit en majorité importer car ses dotations naturelles sont faibles – et l’énergie – chère au Maroc car l’électricité est encore pour plus des ¾ d’origine thermique et dépend donc du prix du pétrole qui n’a cessé de flamber depuis plusieurs années. Cette mesure suffira-t-elle pour créer un avantage comparatif sur cette base?
D’autant que le business plan de Maghreb Steel table sur une production destinée aux 2/3 à l’exportation, mais pour conquérir ce marché là il faut être compétitif et sans l’aide des droits antidumping.
Et le reste de la filière ?
Selon les industriels marocains contactés par Médias 24, cette mesure va «porter un coup dur à la compétitivité de la filière» qui va devoir mettre en place des mécanismes pour s’adapter à la nouvelle donne.
L’un des maux du Maroc est une industrialisation insuffisante qui ne lui permet pas d’avoir des gains de productivité suffisants pour rester compétitif à l’international.
Or, cette mesure arrive au moment où l’industrie marocaine doit relever le défi de faire émerger tout un réseau de fournisseurs locaux qui viendront se substituer aux importations pour les grands investissements étrangers, si le pays veut vraiment tirer partie de ces investissements. Mais encore faut-il être compétitif. De l’aveu même des professionnels du secteur, aujourd’hui, l’industrie marocaine n’est pas capable de prendre des parts de marché significatives dans ce domaine.
Il ne faut pas oublier que la filière IMME dans son ensemble pèse, en termes d’emplois, 30 fois plus lourd que les 2.000 emplois de Maghreb Steel. Et c’est sans compter sur les opportunités potentielles qui s’offrent à la filière si elle parvient à être plus compétitive.
L’autre solution proposée par la filière pour aider Maghreb Steel sans pénaliser toute la filière aurait été une prise de participation de l’Etat dans cette entreprise en difficulté, compte tenu de l’ampleur de la capacité de production installée, à l’instar de ce qui s’est déjà fait dans d’autres pays.
Des mesures qui ne sauvent pas Maghreb Steel et qui nuisent gravement au reste de la filière
Interrogé par Médias 24, l'un des principaux opéraeurs du secteur nous a fait la déclaration suivante:
"Le gouvernement a décidé d’appliquer des mesures de protection de Maghreb Steel sans tenir compte des dommages que ces mesures causeront aux entreprises de toute la filière, pour lesquelles les produits concernés sont une matière première.
"En effet, il est surprenant que le fabricant de matière première soit protégé sans prendre des mesures qui permettraient à toute une industrie en aval de rester compétitive face à une concurrence étrangère pratiquement déprotégée.
"Les mesures couvrent une très large gamme de tôles acier aussi bien celles que pourraient fabriquer Maghreb Steel que celles qu’elle ne peut pas produire. Mieux encore, Maghreb Steel n’a ni l’outil ni, pour le moment, la maitrise de l’outil pour garantir la qualité exigible de ce qu’il produit.
"Plus grave, ces mesures vont terriblement nuire à toute l’industrie consommatrice de tôles d’acier sans pour autant sauver Maghreb Steel, pour la simple raison que, dumping ou pas, le projet réalisé par Maghreb Steel n’est pas viable.
"Pour produire cet acier, il faut de la ferraille importée en majorité (accessible difficilement et à des prix non compétitifs) et beaucoup d’énergie, ce qui représente 75% du prix de revient. Le business plan utopique a été établi sur des bases de consommation et de vente locale, irréalistes ou fausses, et l’exportation du 2/3 de la production. Comment exporter sans être compétitif, le dumping dont se plaint Maghreb Steel ne va-t-elle pas le retrouver quand elle exportera?"
Pour le moment, la politique gouvernementale dans le domaine industriel manque pour le moins de lisibilité.
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