Le déclin de l’industrie, grand problème du Maroc
La question de la désindustrialisation précoce du Maroc a été très débattue par les experts réunis dans le cadre du Forum public-privé co-organisé par le ministère de l’Economie (MEF) et la Banque mondiale. Elle relance le débat sur la soutenabilité du modèle de croissance économique marocain.
Le constat est sans appel: la valeur ajoutée de l’industrie est passée de 15% en 1991 à 12-13% ces dernières années. Or, les gains de productivité, qui sont un des facteurs de croissance avec l’accumulation de capital, se réalisent dans le secteur des biens échangeables. Ils ont donc été très limités depuis plusieurs décennies, ne contribuant ainsi que très faiblement à la croissance du Maroc qui repose essentiellement sur l’accumulation de capital et plus particulièrement l’investissement public.
Le Maroc a ainsi un taux d’investissement proche de celui des pays asiatiques, sans en avoir le niveau de croissance, ce qui pose la question de la rentabilité de ces investissements.
L’industrie représentait 33% de l’emploi urbain au milieu des années 1980, elle n’en représente plus que 18% aujourd’hui. Il n’y a pratiquement pas eu de création nette d’emplois dans le secteur sur la période.
La croissance moyenne du Maroc sur les 10 dernières années a été d’environ 4%, soit, selon Youssef Saâdani, économiste en chef de la CDG, tout juste le niveau suffisant pour maintenir le taux d’emplois constant, alors que le taux d’emploi du Maroc est parmi les plus faibles, en raison de la faible participation des femmes à la population active.
Les tentatives d’explication à ce déclin
La politique de change fixe menée pour asseoir la stabilité financière du pays a orienté l’économie vers les biens non échangeables, tels que le bâtiment, selon Jean-Pierre Chauffour, économiste principal de la Banque mondiale. Pourquoi en effet un investisseur marocain se risquerait-il à l’international avec toutes les contraintes, les efforts et les incertitudes que cela implique, alors qu’existe une alternative locale de profits à la fois plus immédiate et moins risquée? Ce choix de politique économique a cependant eu d’importantes répercussions sur la transformation structurelle à long terme du pays.
Selon Youssef Saâdani, le Maroc est un pays cher, en terme salarial, au regard de la productivité de sa main d’œuvre: le Smig atteint 100% du PIB par tête alors qu’il n’est que d’environ 50% dans la moyenne des pays émergents, sans parler des charges sociales particulièrement élevées. Ceci explique que le secteur de l’industrie, exposé à la concurrence, ait vu s’amoindrir progressivement ses marges, quand les secteurs protégés tels que le BTP les ont au contraire vues augmenter. La réorientation de l’activité économique vers les secteurs non échangeables, protégés, a donc été encouragée.
Des pistes de réflexion pour inverser la tendance
Le pacte Emergence III 2014-2020 a pour objectif de remonter la part de la valeur ajoutée de l’industrie à 23% de la valeur ajoutée totale.
De l’avis de Youssef Saâdani, pour relever son taux de croissance, le Maroc a deux options :
- continuer à investir à marche forcée, mais les niveaux d’investissement à atteindre pour doubler le taux de croissance et réaliser le décollage économique sont tout simplement irréalistes;
- augmenter sa productivité, ce qui passe par une ré-industrialisation du pays qui passe par une restauration des marges bénéficiaires de l’industrie, obtenue soit par une dévaluation du taux de change soit par une baisse des coûts du travail.
Comme l’a souligné Karim El Aynaoui, directeur de l’OCP Policy Center, «on ne peut plus travailler aujourd’hui comme il y a 10 ou 15 ans. C’est vrai pour les entreprises, mais ça l’est également pour les pouvoirs publics. Le Maroc a besoin d’une coordination efficace de ces politiques économiques et une capacité de réaction rapide de l’ensemble de ses acteurs économiques».
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