Fadel Sekkat, président de MS, défend les mesures antidumping et en réclame d’autres
Après la confirmation des mesures antidumping sur les importations de tôles d'acier laminées à chaud, de nombreux professionnels de la filière ont réagi défavorablement. Médias 24 a rencontré Fadel Sekkat, président de Maghreb Steel, pour recueillir ses réactions.
Selon Fadel Sekkat, la capacité installée de l’usine Maghreb Steel (MS) est de 1 million de tonnes pour une production actuelle de 400.000 tonnes. Cette production est actuellement destinée aux deux-tiers pour le marché marocain.
Les besoins de celui-ci représentent un volume de 600.000 tonnes avec une croissance de 8% par an, selon M. Sekkat. A ce rythme, à l’horizon 2017-2018, la capacité productive de MS suffira à peine à couvrir les besoins du Maroc. A noter que la profession donne d’autres chiffres. Selon des professionnels consultés par Médias 24, le marché actuel est de 400.000 tonnes dont 150.000 de produits non fabriqués par Maghreb Steel.
Sur les trois dernières années, MS a réalisé des pertes de 1,2 milliard de dirhams, nous annonce M. Sekkat. Pour la seule année 2013, les pertes de MS s’élèvent à 600 millions de dirhams, avec un Ebitda de 160 millions de DH, pour un chiffre d’affaires de 2,8 milliards de dirhams. Sur le premier trimestre 2014, la situation de MS est à peu près équilibrée au niveau de l’Ebitda (ou marge brute d’exploitation).
Nous publions ci après les réponses de M. Sekkat à nos questions. Nous leur laissons le soin de se faire leur propre opinion.
L’interview de Fadel Sekkat
M24. La décision du Ministère délégué chargé du Commerce Extérieur (MDCCE) a été mal accueillie par les autres industriels de la filière. Que vous inspirent ces réactions ?
Il s’agit d’une guéguerre entre industriels et importateurs. Les mesures anti-dumping mises en place ont été ciblées sur certains importateurs qui cherchent à nuire à MS, à tuer une industrie naissante. La sidérurgie est une industrie industrialisante et le Maroc ne peut pas faire sans. Beaucoup disent de MS que c’est un fleuron de l’industrie, on ne peut pas la sacrifier à l’intérêt de quelques importateurs. Quand une industrie nationale se trouve en difficulté, il faut la soutenir, c’est une obligation. Il faut que les importateurs cessent d’être opportunistes au détriment de l’industrie nationale.
M24. Par importateurs, vous entendez les industriels marocains qui importent de l’acier comme intrant de leur propre production ?
Oui.
M24. Vous insistez sur le caractère conjoncturel des difficultés rencontrées par Maghreb Steel du fait du dumping de ses concurrents. Qu’est-ce qui vous permet d’affirmer que ces difficultés ne sont que conjoncturelles ?
MS a connu un démarrage difficile essentiellement du fait de la crise en Europe qui a conduit les industriels européens et turcs notamment à pratiquer du dumping pour maintenir leurs industries.
Ce dont MS a besoin, c’est d’une mesure parapluie qui lui permette de patienter jusqu’à la fin de la crise et du dumping de ses concurrents. Le dumping est une stratégie commerciale transitoire qui a pour objectif de tuer la concurrence, mais elle ne peut pas être poursuivie à long terme.
De plus, l’industrie européenne est en pleine mutation : certains pans sont en train d’être abandonnés, la sidérurgie notamment, au profit d’autres. Le Maroc pourrait tirer avantage de cette situation pour capter cette production.
Le cabinet McKinsey a réalisé un état des lieux qui a conclu à la viabilité du projet et la validité de la technologie employée. Selon le business plan, MS entre en phase de stabilisation cette année et pourra être bénéficiaire dès 2015.
Dès 2017-2018, notre capacité productive sera tout juste suffisante pour répondre aux besoins du marché marocain et de nouveaux investissements pour accroître cette capacité seront nécessaires à l’horizon 2020.
Les investissements ont été faits sur la base de beaucoup d’expertise. Le problème a été le choc constitué par la crise financière en Europe, mais MS sort progressivement du tunnel.
M24. Selon des professionnels de la filière, l’énergie et le fer représentent plus des trois-quarts des coûts de production de MS. Compte tenu du coût de l’énergie au Maroc, comment MS peut-elle faire face à la concurrence ?
L’énergie au Maroc n’est pas plus chère qu’en Europe, en Chine ou en Turquie. Il n’y a donc pas de désavantage compétitif à produire de l’acier au Maroc.
Par ailleurs, les concurrents de MS les plus virulents aujourd’hui sont les Turcs (alors que le taux de taxe anti-dumping qui leur est appliqué et de 0%). Or, la Turquie est un des plus gros importateurs de ferraille du monde. Mais ils parviennent à être compétitifs grâce à des subventions de l’Etat.
M24. Toujours selon certains opérateurs de la filière, Maghreb Steel n’a ni l’outil, ni la maîtrise de l’outil pour garantir la qualité exigible de sa production actuellement. La qualité de l’acier produit aujourd’hui par MS est-elle satisfaisante ?
Sur le plan de la qualité, MS est certifié ISO 2001, ISO 14100 et CE, nous pouvons donc exporter vers l’Union Européenne. Nous disposons également de la dernière technologie allemande. Nous avons eu quelques petits problèmes au démarrage, mais maintenant tout est rentré dans l’ordre. Nous sommes fournisseurs de l’OCP. Nous avons encore quelques investissements à faire – qui sont actuellement à l’étude – pour répondre aux besoins spécifiques de Renault.
M24. Les mesures prises par le MDCCE concernent les tôles d’acier laminé à chaud, mais la hausse des importations dont MS se plaint concerne surtout le laminé à froid. Comment l’expliquez-vous ?
Les tôles d’acier laminé à froid font également l’objet d’un dumping, selon nous, même si elles ne font pas encore l’objet d’une protection. Nous avons déposé une requête auprès du MDCCE dans ce sens, une enquête est en cours et nous attendons la décision du Ministère.
M24. Que pensez-vous de l’alternative avancée par les professionnels de la filière, à savoir une participation de l’Etat pour éviter de faire payer au reste du secteur privé l’aide accordée à MS ?
L’Etat a déjà beaucoup de difficultés budgétaires, notamment avec la caisse de compensation. De plus, il doit à MS 300 millions de dirhams de remboursement de TVA qu’il ne parvient pas à payer, alors comment pourrait-il mettre la main à la poche?
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