Des métallurgistes à Fadel Sekkat : “c’est un nouveau pas vers la désindustrialisation”
L’interview de Fadel Sekkat, président de Maghreb Steel, publiée le 14 mai sur notre portail, a soulevé une certaine ire de la part des métallurgistes qui n’ont pas accepté d’être traités "d’importateurs opportunistes". Quelques-uns d’entre eux nous ont contactés. Compte-rendu.
Mis en cause par Fadel Sekkat, des métallurgistes souhaitent répondre à son interview publiée le 14 mai dans nos colonnes.
Selon Fadel Sekkat, la capacité installée de l’usine Maghreb Steel (MS) est de 1 million de tonnes pour une production actuelle de 400.000 tonnes. Cette production est actuellement destinée aux deux-tiers pour le marché marocain.
Les besoins de celui-ci représentent un volume de 600.000 tonnes avec une croissance de 8% par an, selon M. Sekkat. A ce rythme, à l’horizon 2017-2018, la capacité productive de MS suffira à peine à couvrir les besoins du Maroc.
Commentaire de nos interlocuteurs métallurgistes : Le marché marocain actuel fait 400.000 T, tous produits confondus. 250.000 T sont fournies par Maghreb Steel qui ne peut couvrir la totalité des besoins en raison du fait que les 150.000 T restantes sont constituées de produits très diversifiés, dans des séries trop petites.
M. Sekkat table sur une croissance 8% par an. Ce n’est pas réaliste. Le marché subit au contraire une décroissance depuis deux ans.
Fadel Sekkat : Il s’agit d’une guéguerre entre industriels et importateurs. Les mesures anti-dumping mises en place ont été ciblées sur certains importateurs qui cherchent à nuire à MS, à tuer une industrie naissante. La sidérurgie est une industrie industrialisante et le Maroc ne peut pas faire sans. Beaucoup disent de MS que c’est un fleuron de l’industrie, on ne peut pas la sacrifier à l’intérêt de quelques importateurs.
Quand une industrie nationale se trouve en difficulté, il faut la soutenir, c’est une obligation. Il faut que les importateurs cessent d’être opportunistes au détriment de l’industrie nationale.
Commentaire : Nous sommes choqués par le choix du vocabulaire et des adjectifs utilisés.
Il ne s’agit pas d’une guéguerre, c’est un problème important, essentiel.
Toute une filière est mise en danger et M. Sekkat accuse des industriels qui représentent plusieurs dizaines de milliers d’emplois, d’être “quelques importateurs opportunistes qui cherchent à tuer une industrie naissante“.
Tout industriel cherche l’intrant le moins cher, le plus compétitif. C’est légitime et c’est la règle du jeu.
M. Sekkat prétend que s’il n’y a pas de protection, Maghreb Steel serait “sacrifié à l’intérêt de quelques importateurs“.
Pour sauver son investissement, il préfère sacrifier la totalité d’une filière, toute l’industrie des IMM.
Les IMM (industries métallurgiques et mécaniques), c’est un CA de 43 milliards de DH dont 7,3 Milliards à l’export et 47.100 emplois.
Il y a un cours international et une baisse des prix, c’est logique.
M. Sekkat affirme que “la sidérurgie est une industrie industrialisante“: c’est faux ! c’est un slogan d’il y a deux siècles, c’est l’acier qui est industrialisant, pas la sidérurgie.
Ce n’est pas Maghreb Steel que le Maroc doit soutenir, c’est la création d’emplois. On ne peut menacer des dizaines de milliers d’emplois pour en sauver quelques centaines.
Les tôles d’acier laminé à froid font également l’objet d’un dumping, selon nous, même si elles ne font pas encore l’objet d’une protection. Nous avons déposé une requête auprès du MDCCE dans ce sens, une enquête est en cours, et nous attendons la décision du Ministère.
Si l’on va jusqu’aux produits froids, alors il faut protéger jusqu’au produit fini.
Au final, M. Sekkat cherche à ce qu’il soit fait un amalgame entre l’importateur qui revend un produit en l’état et prend une marge, et l’industriel qui importent la tôle afin qu’elle soit transformée dans des usines.
M. Sekkat semble oublier que ceux qu’il traite d’opportunistes sont censés être ses clients, qu’il doit plutôt essayer de ménager et de comprendre leurs difficultés, car s’ils sont défaillants, les ventes de MS en pâtiraient tout autant.
Pour schématiser, à l’intention de ceux qui ne connaissent pas la filière : les produits de Maghreb Steel ne sont pas indispensables à l’industrie marocaine, car elle peut les importer, et moins chers, M. Sekkat le reconnaît.
Les dispositifs et les mesures de sauvegarde anti-dumping ont un intérêt lorsqu’il s’agit de protéger une industrie naissante, bénéficiant d’avantages tels qu’en quelques années elle peut devenir compétitive.
Il y a un conflit d’intérêt entre M. Sekkat et le reste de la filière. Ce que produit Maghreb Steel est une matière première. Le renchérissement de cette matière première, par les mesures de sauvegarde, se répercute sur toute la filière dont les produits deviendront plus chers. Donc, le consommateur final marocain paiera des produits plus chers. Sur le marché intérieur, ces derniers seront moins compétitifs par rapport aux produits importés. Et seront moins compétitifs à l’export aussi. Au final, la protection de Maghreb Steel renforce la désindustrialisation du Maroc.
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