Les calèches de Marrakech dotées de puces électroniques
Devenues indissociables du secteur du tourisme de Marrakech, les calèches sont soumises à des mesures de contrôle quotidien. Permis de confiance pour les conducteurs, état des véhicules et des chevaux, elles disposent même de puces électroniques et de numéros de séries pour les chevaux.
La calèche de couleur vert olive s'est imposée, au fil des temps, comme "véritable patrimoine immatériel" et comme étant le moyen de transport le plus écologique et le plus original pour se promener et visiter la cité ocre.
Pour l'enseignant chercheur spécialiste du patrimoine, Mohamed Oujamaâ, le terme familier largement utilisé par les Marocains pour désigner ce moyen de transport trouve son origine dans le terme "cocher" (conducteur de la calèche).
L'introduction au Maroc de la calèche remonte au 19ème siècle, époque au cours de laquelle la communauté étrangère, principalement les marchands anglais installés au Maroc, a adopté la calèche comme moyen de transport. Par la suite, elle sera adoptée par les notables et de hauts représentants des autorités, précise-t-il.
"La calèche était non seulement un moyen de transport mais était aussi symbole de prestige social", note-t-il. Plus tard, la calèche a été adoptée par les classes populaires comme moyen de transport et servait aussi à acheminer les marchandises au fond des souks, notamment après les opérations d'aménagement des rues. Cette adoption s'est faite en fonction de critères locaux, et en adaptant la calèche aux spécificités des rues de Marrakech.
En effet, les largeurs européennes (1,80 à 2,00 mètres) ont été remplacées par d'autres (1,40 m à 1,50 m) en fonction de la dimension des rues de la cité ocre de l'époque, a-t-il expliqué.
Si la calèche a disparu des autres villes marocaines, remplacée par les nouveaux moyens de transport (autocars, bus et voitures entre autres), Marrakech a préservé ce moyen de transport dans le secteur du tourisme, la platitude de la cité ocre ayant dicté cette orientation, selon M. Oujamaâ.
Devenant aujourd'hui un passage obligé pour les visiteurs aussi bien marocains qu'étrangers, la calèche est une mémoire mobile d'une grande valeur ajoutée pour le secteur du tourisme et au service du rayonnement international de la ville.
Pour tenter de structurer ce secteur, les pouvoirs publics ont pris plusieurs mesures. Il s'agit tout d'abord de soumettre les calèches de Marrakech à un contrôle quotidien: permis de confiance pour les conducteurs, état des véhicules et des chevaux. Pour faciliter cette démarche, les calèches disposent de puces électroniques et de numéros de séries pour les chevaux.
Par ailleurs, la Société de protection des animaux et de la nature (SPANA) organise des concours récompensant les plus beaux attelages et montures.
Le secrétaire général de l'Association des professionnels des calèches, Hassan Lakhdar, a relevé pour sa part, que les calèches font actuellement face à une "concurrence déséquilibrée" avec les bus à impériale, qui s'accaparent près de 60% du marché des ballades touristiques à Marrakech. En effet, la société chargée de l'exploitation de ces bus à impériale propose des tarifs défiant toute concurrence, a-t-il fait observer.
A rappeler que le service "Marrakech Tour" est assuré par des autobus à deux étages décapotables et équipés d'un système audio qui permet de découvrir l'histoire et les particularités de chaque monument desservi dans plusieurs langues étrangères. Les circuits proposés desservent chacun une vingtaine d'arrêts sur un parcours traversant les principales attractions touristiques et monuments historiques de la ville.
M. Oujamaâ a, de son côté, relevé que la décision de lancer (depuis 2005), des circuits panoramiques en bus à impériale rouges, a été motivée par des considérations purement commerciales. Selon lui, ces bus ont dénaturé Marrakech, surchargé l'espace inutilement et n'ont pas eu de valeur ajoutée pour le tourisme.
M. Lakhdar, quant à lui, appelle à la prise de plusieurs mesures de nature à préserver la pérennité de ce patrimoine immatériel. Il s'agit d'abord de la subvention des foins des chevaux et de la structuration du secteur. Il est question ensuite d'assurer la couverture sociale aux cochers.
Le métier du cocher est appelé à évoluer pour être en mesure de s'adapter avec les grandes mutations du secteur du tourisme. En contact direct avec les clients, le cocher qui a un haut sens relationnel et une grande ouverture d'esprit, se trouve dans l'obligation de maitriser au moins deux langues étrangères et d'être formé au Code de la route, a relevé M. Oujamaâ.
(Avec MAP)
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