Abderrahim Bouabid, une émotion intacte
Al Aoula a diffusé, lundi soir, un documentaire retraçant le parcours de Abderrahim Bouabid. Une occasion pour revenir sur la vie et l’œuvre de ce personnage emblématique, tour à tour résistant, homme d'Etat et militant.
De sa démarche politique, Fath Allah Oualalou dira: "Abderrahim Bouabid est une école, que j'appelais l'école Bouabidienne. Il est une référence pour le présent et pour l'avenir". C’est avec une forte émotion que les téléspectateurs auront regardé lundi soir sur Al Aoula un documentaire bien dense et vivant, au sujet de Abderrahim Bouabid, un homme qui continue à susciter le respect et l’admiration, bien après sa disparition. C’était dans le cadre de la série “Arrouad“, les pionniers, dont la première émission avait été auparavant consacrée à une autre grande figure historique, feu Ali Yata, secrétaire général du PCM, PLS et PPS, fondateur du Parti communiste marocain.
Abderrahim Bouabid entretiendra des liens parfois amicaux, parfois conflictuels, avec Hassan II.
Les premiers contacts entre les deux hommes remontent à l'époque où ce dernier était Prince Héritier. M'hamed Boucetta rapporte qu'en 1949, date à laquelle Abderrahim Bouabid a été nommé directeur de publication de l'hebdomadaire Attahrir, Hassan II lui a dit "j'attends toujours avec impatience la parution de l'hebdomadaire pour lire l'édito de Bouabid".
En 1960, le Prince Héritier lui proposera, suite à la démission du gouvernement Abdellah Ben Brahim, d'occuper le poste de ministre des affaires étrangères dans le nouveau gouvernement. "Bouabid a refusé, et a dit à Hassan II qu'il était membre d'un parti politique, et ne pouvait donc pas agir pour lui même".
En 1963, des cadres de l'UNFP, dont Bouabid faisait partie des instances dirigeantes, sont arrêtés. En 1965, le Roi convoque une délégation de l'UNFP à Ifrane.
"Lors de cette rencontre, Abderrahim n'a pas demandé la libération des militants UNFPistes. Trois jours après la rencontre, un envoyé du Roi vient à sa rencontre pour l'informer que les prisonniers seront graciés, et qu'il devra être aux cotés d'un représentant de Hassan II pour les accueillir à leur sortie de prison. Abderrahim a demandé: "qui est cet envoyé ?". Slaoui lui a répondu: "le général Oufkir". Abderrahim Bouabid a refusé, et a dépêché quelqu'un pour le remplacer".
Durant cette rencontre, le Roi lui a aussi proposé la création d'un gouvernement intégrant les partis issus du mouvement national. Bouabid a décliné.
El Yazghi revient sur cet épisode: "Abderrahim considérait que ce serait une bonne chose, et que ça allait améliorer la situation du Maroc. (...) Mais il n'était pas convaincu que la participation de l'UNFP à ce gouvernement sera positive".
En 1981, Abderrahim Bouabid est arrêté, suite à sa critique du l'acception de Hassan II du référendum d'autodétermination au Sahara. Relâché en 1982, Hassan II demande à le rencontrer à Marrakech. Ils se sont donné une longue accolade. Abdelouahed Radi, qui était présent, se remémore: "leur rencontre a été similaire à celle de deux amis qui ne se sont pas vus depuis longtemps".
L'un des artisans de l'indépendance.
En 1954, Abderrahim Bouabid est nommé porte-parole de l'Istiqlal, et partira en France pour négocier la décolonisation du Maroc, lors de la rencontre d'Aix-les-Bains. M'hamed Boucetta, qui l'a accompagné, se souvient: "Quand on est partis chez le président français Edgar Faure, Bouabid a tellement insisté sur le retour de Mohamed V que Faure nous a dit: "Je ne vous croyais pas idolâtres"".
Un passé de jeune résistant.
A 16 ans, Abderrahim Bouabid intégre parti national, qui deviendra après le parti de l'Istiqlal. Mohamed El Yazidi, adjoint du premier secrétaire général de l'Istiqlal Ahmed Balafrej, l’enrôlera à Ettaïfa, l'une des premières cellules nationalistes de résistance, en 1943. En 1944, il sera le plus jeune signataire du manifeste de l'indépendance. Pendant le protectorat, il connaitra la prison à deux reprises. La première fois, pour avoir organisé des manifestations à Salé, en 1944. Après sa libération, il sera accueilli par Eirik Labonne, le résident général du protectorat français au Maroc. Abdelouahed Radi raconte que Labonne a dit à Bouabid: "nous allons essayer de mettre en place une nouvelle politique au Maroc, et je veux que vous me disiez ce que vous voulez faire, maintenant que vous êtes sorti de prison". Abderrahim Bouabid lui a répondu: "Je veux poursuivre mes études. Je veux donc un passeport. C'est ma seule requête'". Parti en France, Abderrahim Bouabid a travaillé pour élargir les bases du parti de l'Istiqlal, et a convaincu les étudiants marocains de rejoindre le mouvement. En 1952, il sera incarcéré pour avoir initié une grève générale, en protestation contre l'assassinat du syndicaliste tunisien Farhat Hached. Il comparaitra devant le tribunal militaire.
Une histoire de scissions.
Bouabid & la question du Sahara.
L'engagement de Abderrahim Bouabid pour le Sahara a fait de lui l'un des plus farouches défenseurs de ce dossier. "Quand Hassan II nous a informés de la tenue de la marche verte, Bouabid était très enthousiaste. Le Roi nous a demandé d'accompagner les commissions qui iront défendre l'affaire du Sahara à l'ONU et auprès du mouvement des pays non-alignés. Le rôle de Abderrahim a été très important", témoigne M'hamed Boucetta.
Il sera, d'ailleurs, incarcéré en 1981 avec Mohamed Lahbabi et El Yazghi, pour avoir refusé la tenue du référendum d’autodétermination. Pour Bouabid, la question du Sahara est "une question nationale déterminante et sacro-sainte", qui ne peut impliquer aucune concession.
Après l'indépendance, Bouabid homme d'Etat.
Bouabid a été nommé ministre de l'économie à deux reprises. En 1956, dans le gouvernement Bekkay, et en 1958 dans le gouvernement Abdellah Ibrahim. Fath Allah Oualaou parle des accomplissements de Bouabid en tant que ministre de l'économie: "Il a mis en place des outils de souveraineté, tel que la norme douanière marocaine, le dirham marocain et la banque centrale", sortant ainsi le Maroc de la zone franc en 1960. "Il a aussi créé des outils de développement, qui sont la Banque marocaine pour le commerce extérieur (BMCE), et la Banque nationale pour le développement économique du Maroc".
Les cadres français toujours en poste au Maroc, notamment à l'Office chérifien des phosphates (OCP) afficheront une farouche résistance vis-à-vis de Bouabid. "Ceci l'a poussé à licencier le directeur général de l'OCP et son secrétaire, tous deux français. Il m'a demandé si je connaissais des personnes pouvant piloter l'office, je lui ai donc suggéré de prendre Karim Lamrani", raconte Mohamed Lahbabi, qui était son directeur de cabinet à l'époque.
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