Reportage. Drame de Bourgogne, une semaine après
Une dizaine de jours après le drame, Médias 24 se rend sur les lieux. Témoignages, bribes de conversations, accusations et badauds toujours présents. Les familles concernées disent qu’elles n’ont pas été dédommagées.
Au matin du lundi 21 juillet, le lieu du drame est encerclé de barrières de sécurité, de manière à empêcher les curieux d’accéder aux décombres. Une foule d’une cinquantaine de badauds était tout de même regroupée tout autour des barrières. Une fourgonnette de police, deux camions de la protection civile et une ambulance sont garés à proximité des bâtiments effondrés.
A l’heure où nous arrivons sur les lieux, une dizaine d’ouvriers de l’entreprise de construction ASTC-Maroc procèdent à l’installation de poutres en bois et de charpentes métalliques à l’extérieur des immeubles avoisinants, et ce dans le but de les stabiliser.
En effet, le choc des effondrements des trois immeubles a affaibli les fondations des bâtiments voisins et a augmenté le risque de chute. C’est donc par mesure de sécurité que le processus de recherche des corps a connu un retard et que les habitants de ces immeubles ont reçu l’ordre d’évacuer leurs demeures de toute urgence.
D’après les personnes interrogées sur place, certains survivants des effondrements ainsi que les habitants des immeubles avoisinants ont été relogés temporairement à Sidi Moumen, alors que d’autres ont été envoyés au quartier Lahjajma à proximité du terrain Idéal.
Si la grande partie des gravats a été dégagée, de gros tas de débris sont toujours là. A l’heure où nous quittions les lieux, les ouvriers avaient commencé à dégager des décombres ce qui reste des affaires des victimes et de leurs meubles. Ces derniers sont disposés dans un petit espace en plein air, afin que les rescapés puissent récupérer leurs biens.
D’autres victimes sous les décombres
Parmi les habitants du quartier avec lesquels nous nous sommes entretenus, certains affirment qu’un corps a été sorti des décombres lundi à 10h, tandis que d’autres démentent cette information. Mais tous s’accordent à dire que l’odeur ambiante prouve que des cadavres se trouvent toujours sous les décombres.
C’est l’occasion pour eux d’exprimer leur ras-le-bol quant au travail effectué par les autorités locales lors de la nuit du jeudi à vendredi. "Ce sont nos propres enfants qui ont sorti les victimes des décombres, pas les agents de la protection civile. Malgré nos nombreux appels à l’aide, ces derniers ne sont arrivés sur les lieux de l’effondrement qu’une heure après le drame. Ce sont les jeunes hommes du quartier qui sont les vrais héros, et nous avons tenu à le préciser au Roi lorsqu’il nous a rendus visite", nous confie une habitante du quartier.
Dix jours après l’effondrement, le rassemblement des habitants du quartier sur place montre que ces derniers prennent le sort de leur quartier à cœur. "La catastrophe qu’ont vécue nos voisins prouve que cela n’arrive pas qu’aux autres. Nous avons peur pour nos vies", nous raconte un autre habitant. Tout un chacun suit de près l’état d’avancement de l’enquête et personne n’hésite à exprimer son avis quant aux dessous de l’affaire.
Ainsi, tous les témoins sur place blâment un fils du propriétaire du premier immeuble à s’être effondré. D’après un voisin, tout a commencé lorsque ce jeune homme a décidé d’agrandir son garage, opération qui a nécessité la destruction d’une poutre. "Il n’a même pas pris la peine de faire appel à un vrai architecte. Il a simplement payé un tâcheron, trouvé le jour même au souk de Bourgogne", précise notre interlocuteur.
Selon les habitants, les autorités locales sont aussi à blâmer. "Beaucoup de modifications s’opèrent ici sans suivre la procédure administrative. Rares sont les rénovations qui sont en règle avec la loi. C’est aux autorités de guetter les modifications, chose qui ne se fait jamais ici", s’insurge-t-on à l’unisson. L’état initial des infrastructures a également contribué à la chute des immeubles. Pour beaucoup, les immeubles du quartier qui datent pour la plupart des années 60 ne doivent pas dépasser un étage.
Parmi la foule, se trouvait la propriétaire d’un salon de coiffure situé au rez-de-chaussée de l’un des trois immeubles effondrés. "Malgré tout ce qui a été avancé, aucun dédommagement ne nous a été donné. Et même lorsque nous nous adressons aux autorités locales, elles nous renvoient chez nous sous prétexte qu’on nous rappellera au moment venu pour une réunion spéciale avec les familles des victimes. Cette situation est scandaleuse. Je ne fais que réclamer mon droit, je prends en charge une famille de 5 personnes. Il faut qu’on nous trouvent une solution le plus vite possible", raconte-t-elle à Médias 24.
Même si les effondrements du 11 juillet ont suscité un émoi considérable chez les habitants, ces derniers avancent tous que cet évènement tragique a eu le mérite de les conduire vers une prise de conscience collective quant aux constructions et rénovations illégales qui sont légion dans leur quartier.
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