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ECONOMIE

Le Maroc se lance dans l’évaluation de son capital immatériel

Le Souverain a commandé une étude au CESE concernant cette nouvelle méthode d’appréhender la richesse d’une nation. Le CESE a réuni ses commissions permanentes et a créé un comité spécial pour coiffer cette étude qui sera réalisée avec le soutien de Bank Al Maghrib.

Le Maroc se lance dans l’évaluation de son capital immatériel
Mélanie Xuereb et Jamal Amiar
Le 4 août 2014 à 13h54 | Modifié 4 août 2014 à 13h54

Le capital immatériel, c’est quoi?

Le capital immatériel d’une nation regroupe plusieurs catégories d’actifs :

- Le capital humain, qui comprend les connaissances, les compétences et le savoir-faire de la main d’œuvre ;

-Le capital structurel, qui comprend notamment l’organisation, l’innovation ou encore la qualité des infrastructures (télécom, énergie, transports, etc.) ;

- Le capital relationnel, qui comprend les relations entre les différents acteurs économiques au sein de la société.

- Le capital culturel et historique, qui regroupe les richesses architecturales, religieuses et culturelles ;

- Le capital naturel, qui regroupe la qualité du climat, de l’air, des ressources naturelles nécessaires, telles que l’eau, ou l’implantation géographique ;

-Le capital de marque, qui relève de la notoriété, de la réputation d’un pays ;

- Les institutions, l’Etat de droit...

Le calcul du capital immatériel vise donc à valoriser tous les facteurs de production de richesse, et notamment ceux qui ne sont pas capturés par les méthodes comptables traditionnelles.

Avec la dématérialisation des économies et la forte poussée des nouvelles technologies, les actifs intellectuels, tels que le capital humain et la recherche et développement (R&D), sont devenus des facteurs stratégiques de création de valeur par les entreprises.

Ces actifs revêtent une importance capitale pour l’innovation, les gains de productivité et donc in fine la compétitivité des entreprises.

Comment l’appréhender?

Malgré les progrès récents pour prendre en compte la valeur des actifs immatériels dans la comptabilité nationale, elle n’est intégrée que de façon incomplète. En effet, s’il est relativement simple d’évaluer les dépenses de R&D, il est beaucoup plus difficile de valoriser le capital structurel ou relationnel des entreprises.

L’importance prise par le capital immatériel relève des mutations que connaissent les économies et il est primordial pour les pouvoirs publics de pouvoir le mesurer pour mieux accompagner les économies dans ces mutations.

Le capital immatériel, une nouvelle façon de mesurer la richesse des nations

Cette nouvelle notion correspond à la volonté de mesurer autrement la richesse des nations face aux carences évidentes des méthodes traditionnelles utilisant le PIB. Elle correspond à une transition du quantitatif vers le qualitatif.

Selon la récente étude publiée par l’OCDE, d’ici 50 ans, les principaux moteurs de la croissance mondiale seront l’innovation et l’investissement dans les compétences. Etablir un diagnostic de l’état du capital immatériel du Maroc a donc tout son sens, pour permettre dès aujourd’hui  au pays de mettre en œuvre les conditions nécessaires à la croissance de demain.

Le CESE mobilisé pour répondre aux orientations royales

Suite au discours du Trône, le CESE a décidé lors de sa réunion du vendredi 1er août de mobiliser l’ensemble de ses commissions permanentes pour évaluer le capital immatériel du Maroc et faire des recommandations. Ces commissions seront encadrées par un comité scientifique chargé du suivi de l’étude.

Nizar Baraka et le Conseil économique, social et environnemental ont huit mois pour remettre leur rapport. Celui-ci devra fournir un nouvel instrument de mesure, «un nouveau thermomètre» selon certains commentateurs, qui prenne en compte la valeur du capital humain marocain, la qualité des institutions politiques de l’Etat et l’Etat de droit et dans le côté matériel, intégrer la valeur des actifs possédés par les Marocains à l’étranger et une plus juste estimation des flux économiques gris tels que le commerce avec les enclaves de Sebta et de Mélillia ou les revenus issus de la culture du cannabis dans le Rif marocain.

Une croissance estimée à 4,7% par an pour le Maroc entre 2000 et 2013

Selon la Banque mondiale (BM), la richesse globale [matérielle et immatérielle] par habitant au Maroc était de 22.965 dollars en 2000. Contenue dans un rapport intitulé «Where is the Wealth of Nations?» («Où se trouve la richesse des nations?») publié en 2006,  l’information prend en compte la valeur du capital du humain et tente de valoriser les institutions ou la «qualité institutionnelle» d’un pays, Etat de droit compris.

Selon une dépêche de l’agence Standard Newswire, un service américain de diffusion de communiqués de presse, «la part du capital immatériel du Maroc dépasse les 75% du total». Selon les méthodes classiques de calcul du produit intérieur brut, le revenu par habitant au Maroc en 2013 se situe autour de 3.000 dollars/habitant avec un PIB de 100 milliards de dollars et une population de 34 millions d’habitants.

En tenant compte des chiffres du rapport de la BM de 2006 incluant le capital immatériel, les comparaisons régionales sont plutôt flatteuses pour le Maroc, mais sont à très vite relativiser lorsqu’il s’agit de se lancer dans des comparaisons plus larges.

Ainsi si le chiffre du Maroc pour l’année 2000 est de 22.965 dollars et de 18.491 dollars pour l’Algérie, la Tunisie comptabilise 36.537 dollars et la Jordanie 31.546 dollars. Sur le plan régional Israël est à 294.723 dollars,  la Turquie à 47.859 dollars et l’Iran à 24.023 dollars.

Enfin si l’on regarde du côté de quelques chiffres en Europe de l’Ouest, le Portugal est à plus de 220.000 dollars, la Norvège à 473.000 dollars et la Belgique à 451.000 dollars.

En 2005, le PIB marocain global, y compris immatériel, était selon la même source de 31.677 dollars/habitant.

Depuis l’année 2000, il y a eu les attentats du 11 Septembre, une guerre en Afghanistan et deux guerres en Irak, des printemps arabes, un important boom immobilier et une grave crise financière, sans compter l’important transfert de ressources opéré vers les pays émergents au cours de la dernière décennie.

 Selon les estimations de la Banque mondiale, le capital immatériel du Maroc a augmenté de près de 82% entre 2000 et 2013, une augmentation annuelle de 4,7% par an, rapport Standard Newswire. Sa part dans la richesse nationale est passée de 72,8% en 2000 à 75,7% en 2013, une période caractérisée par d'importantes réformes au Maroc et un investissement dynamique, qui n'a pas manqué de consolider la part du capital produit de la richesse nationale, poursuit la même source.

Le rapport de la Banque mondiale intitulé «Où est la richesse des nations" a déduit que dans les pays développés, le capital immatériel est comprise entre 66 et 80% de la richesse du pays. Le capital immatériel du Maroc représente 78% de la richesse totale, alors que l'Algérie voisine de par exemple, était 18%.

Ainsi, le poids du capital immatériel dans la richesse globale du Maroc est proche de celle des pays développés, souligne Standard Newswire. Ceci permet de conclure que le capital intellectuel du Maroc est maintenant la base de la création de richesses et que les politiques publiques devraient donc cibler les composantes du capital intellectuel pour soutenir un cercle vertueux de développement économique et social.

Nul doute qu’au lendemain du discours royal et au vu de l’ancienneté de l’étude de la BM, le rapport du CESE sera très attendu.

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Mélanie Xuereb et Jamal Amiar
Le 4 août 2014 à 13h54

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