Retour à la mine d'Imiter, investissements sociaux et dialogue de sourds
A l’invitation de la Société métallurgique d’Imiter* (SMI), Médias 24 a rendu visite à la mine d’argent située au sud-ouest de Tinghir. Une région désertique où le chômage règne en maître, secouée par un conflit social et environnemental qui dure depuis l’été 2011.
Imider, commune de 8.000 habitants située au sud-ouest de Tinghir, est depuis trois ans le théâtre d’un interminable conflit social.
D’un côté, les habitants réclament plus de travail, un accès digne aux services d’éducation, de santé et de transport, et le désenclavement de leur région.
De l’autre, la Société métallurgique d’Imiter (SMI), filiale de Managem, la holding minière de la SNI et pour qui le mouvement social n’a plus lieu d’exister au vu des réalisations qu’elle a apportées sur le plan du développement humain.
Au dialogue de sourds, entretenu par les deux parties qui, trois ans plus tard, n’ont pas trouvé d’accord, s'ajoute l’approche sécuritaire des autorités locales qui en remettent une couche.
Il y a deux mois, Médias 24 avait rendu compte de sa visite aux habitants d’Imider en lutte dans un reportage. Nous y décrivions la misère et la vulnérabilité visibles dans lesquelles vivent les familles du bourg.
Aujourd’hui, nous revenons avec ce récit d’une journée passée à l’intérieur de la mine et avec ses responsables qui nous ont fait part de leur vision du conflit.
Pour Managem, il y a de l’eau pour tout le monde
Pour les responsables de la mine, la raréfaction des ressources hydrauliques de la région, et qui a conduit aux coupures dans la fourniture d’eau aux ménages, est due à la baisse qui a caractérisé la pluviométrie il y a quelques années.
Selon Farid El Hamdaoui, responsable de l’exploitation de la mine, SMI a fait des efforts pour réduire sa consommation, améliorer le réseau des Khettaras, mais travaille également pour mettre en place des petits barrages collinaires, qui retiendront l'eau de pluie. "Notre taux de recyclage est actuellement de 62%”.
El Hamdaoui a d’ailleurs affirmé que la mine a obtenu les autorisations pour creuser des puits supplémentaires afin d’accompagner l’extension de production, qui nécessite désormais 50% d’eau supplémentaires. “Nous avons actuellement 5 puits dont deux à l’arrêt situés à la commune d’Imider,” affirme-t-il.
Par ailleurs, un rapport intitulé A propos de l’évolution physio-géographique aux confins de la mine d’Imiter, commandé par la SMI au cabinet ISIS Technology, affirme que ” les techniques de traitement numérique attestent une nette amélioration dans le temps exprimée par l’extension des zones agricoles”.
Investissements dans le social
La masse salariale annuelle de la SMI pèse 150MDH, cadres et ouvriers mineurs compris.
Plus de 60% des ouvriers proviennent de la région allant jusqu’à Errachidia, précise El Hamdaoui. Pour lui, c’est la première forme de redistribution des richesses, en plus de la création d’opportunités pour les sociétés nées dans le tissu local et opérant dans la sous-traitance.
Par ailleurs, la société s’implique dans les initiatives sociales et environnementales de la région. Ainsi, en plus de l’emploi, El Hamdaoui estime l’intervention de la SMI dans les affaires sociales à quelque 10 MDH d’engagements annuels. Ainsi, la SMI a contribué à la réhabilitation de l’ancienne Kasbah d’Imider, qu’elle souhaite transformée en un centre d’artisanat. Elle a également réparé les circuits de Khettaras, “ ce qui a permis de multiplier les espaces verts “ explique El Hamdaoui, citant l’étude d’ISIS.
La SMI s’est associée à un tissu associatif, en plus du Laboratoire public d’essais et d’études (LPEE) afin de poursuivre son plan d’investissements sociaux, élaboré il y a plus d’un an avec quelques associations de la région.
Dialogue de sourds
Comme nous l’avions décrit dans le reportage précédent, malgré la fait que certains centres sociaux, au village de Ouaklim notamment, soient ouverts et fonctionnent, ceux d’Imider se heurtent à un boycott collectif et ne fonctionnent que très peu, voire pas du tout pour certains. Car les jeunes et les femmes considèrent que leur lutte se poursuit.
Pour eux, la revendication des ressources hydrauliques ne se limite pas à un bon accès à l’eau potable, mais il s’agit surtout de ne pas épuiser les nappes phréatiques.
Du côté de la SMI, cette demande à caractère environnemental n’est qu’un prétexte pour maintenir la lutte, et que tout ce que veulent les jeunes d’Imider, c’est qu’ils soient “employés dans la mine”, sans questionner leurs compétences, ni prendre en considération les besoins de l’exploitation.
“Mais nous restons ouverts pour tout projet proposé par les jeunes, et portant sur des activités génératrices de revenus. Nous soutiendrons ce genre d’initiatives” déclare Farid El Hamdaoui.
A cette impasse, s’ajoute le rôle des autorités, qui n’arrangent en rien les choses. Les dernières condamnations à trois ans de prison pour trois jeunes du bourg, portant le nombre des activistes ayant subi la répression à une quarantaine, dissipe toute possibilité de pacification et de concertation entre les principaux concernés.
De plus, l’octroi d’agréments d’exploitation de carrières par les autorités à des notables de la région n’a fait qu’ajouter de l’huile dans le feu. De toutes ces problématiques, visiblement solvables, l’enjeu sécuritaire des autorités semble le moins discutable.
Brahim Udawd, un jeune chômeur du bourg, le résume clairement : “ tout accord satisfaisant toutes les parties serait considéré par les autorités comme une victoire, ce qui risque de contaminer les régions voisines, comme autour de Bouazzar, encore plus peuplée de monde qu’Imider, et qui connaît aussi un mouvement social naissant”.
* Ce nom est contesté par la population de la région appelée "Imider" ainsi que par les activistes du mouvement amazigh. Mais c'est le nom de l'entreprise qui exploite la mine d'argent qui s'y trouve : Société métallurgique d'Imiter
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