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Reportage à Beni Mkada. “Ici tu es à Kandahar”

REPORTAGE. Direction Hay Sidi Driss, Bir Chifa et El Mers, à Beni Mkada, pas loin de Marjane Tanger-Médina et de l’hôtel Ahlen.  Je me dis que le fonctionnaire de l’Intérieur qui compare la périphérie de Tanger à Kandahar exagère un peu. Petite plongée dans un quartier où l’on fabrique des criminels et des extrémistes.  

Reportage à Beni Mkada. “Ici tu es à Kandahar”
Jamal Amiar
Le 17 septembre 2014 à 16h38 | Modifié 17 septembre 2014 à 16h38

A El Mers, à un jet de pierre de l’aéroport de Tanger, comme à Kandahar et à Kétama, dès midi, beaucoup de jeunes sont aux terrasses des cafés. Il y a plus de pipes de kif et de joints qui circulent que de journaux ouverts. Comme dans tous les quartiers des périphéries de nos villes, les marchandises sont disposées à même le sol: ici des melons, là des légumes ou des barils de semoule de couscous.

Comme à Kandahar, les femmes sont couvertes de la tête aux pieds. Parfois on peut voir leurs visages. Comme à Kandahar surtout, la chronique des faits divers à El Mers a été secouée, dans la nuit du 22 au 23 août, par une agression commise par une vingtaine de membres d’une "brigade de la vertu" contre un jeune du quartier qui revenait d’un mariage. Ces "brigadiers" qui font "loi et justice" dans certains quartiers voulaient punir Mohamed El Berdaï parce qu’il avait bu deux bières au mariage.

Loin, très loin des lumières de la métropole

Sidi Driss ou Bir Chifa ne sont pas Kandahar. Dans les bureaux, les cafés ou certaines rédactions de presse, on aime l’exagération. Parfois, c’est pour forcer le trait.

L’Afghanistan est un pays enclavé, sans façade maritime. Ici, des hauteurs de Bir Chifa qui auraient avec d’autres décideurs et d’autres planificateurs urbains pu devenir un autre quartier California, un autre quartier La Montagne, on peut avoir vue sur la mer, sur les tours de la baie de Tanger, cap Malabata, les lumières des restaurants et des hôtels le soir.

A l’arrondissement du quartier, lorsque l’on demande des indications pour se rendre au quartier d’El Mers, on apprend au terme de plusieurs échanges, qu’il y a plusieurs Mers: El Mers 1, El Mers 2, le lotissement El Mers et Mers Achanad. Des zones encore floues.

La croissance urbaine et démographique du quartier y est si importante depuis quelques années que les fonctionnaires du quartier ne semblent pas tous connaître le territoire couvert par leur administration ni la population qui y vit. Plaques de rues et numéros y sont une denrée rare. Les bâtiments aux normes aussi. Ni une pelouse, un parc de jeux pour nos enfants-avenir et nos enfants-capital.

Le flou règne et il bénéficie à deux groupes en particulier. Les trafiquants et extrémistes religieux d’un côté, et de l’autre côté ceux qui font leur beurre sur le découpage de terres collectives sans passer par l’Agence urbaine. Il faut quelques témoins, un peu de culot, un minimum de respect de la loi du silence et une politique du fait accompli. Quelques fonctionnaires, quelques élus et quelques promoteurs immobiliers s’en accommodent très bien.

"Une fabrique de criminels et d’extrémistes"

Le conseiller communal de Bir Chifa Aziz Samadi (PJD) ne cache pas sa colère devant le paysage de bombes à retardement qui se déploie sous ses yeux. Il n’y a ni dispensaires, ni parcs, ni espaces verts, ni équipements sportifs ou culturels, ni d’écoles en nombre suffisant. Aziz Samadi cite le cas d’une école primaire du quartier qui devait être prête pour la rentrée … 2010-2011.

En cette rentrée 2014-2015, les gamines et les gamins d’El Mers 2 du quartier font encore 3 à 4 kilomètres à pied pour rejoindre leur école à Bir Chifa. Des parents ont renoncé à y envoyer leurs filles.

Tout le reste est à l’avenant. "Un terrain des domaines de l’Etat destiné à l’aménagement d’un parc est en train d’être vendu à Al Omrane," déplore le militant associatif Abdelouhaed El Berdaï qui s’étonne: "Mais Al Omrane, c’est l’Etat aussi, n’est-ce pas?" Les jeunes grandissent entre terrains vagues, constructions de mauvaise qualité et détritus à chaque coin de rue. "Ceci n’est pas un espace pour vivre", assène le jeune conseiller communal du PJD.

Faut-il rouvrir les mosquées ?

Sur l’extrémisme religieux, Samadi estime que certains membres de ces mouvances remplissent le vide laissé par l’Etat: "Ils jugent et sanctionnent ; décident du bien et du mal. Je ne suis pas surpris. Aujourd’hui, on accepte moins les importantes inégalités sociales ; les jeunes du quartier traînent dans la rue, leurs parents ne sont pas là et ils sont approchés par les extrémistes. C’est une erreur de fermer les mosquées en dehors des heures de prière. Cet espace doit servir à encadrer et à éduquer les enfants du quartier".

Illustration de la vitesse à laquelle la zone a poussé, Aziz Samadi m’explique qu’"aux dernières élections en 2009, Sidi Driss et El Mers étaient composés de quelques maisons; il n’y avait pas assez d’habitants pour présenter un candidat aux élections. Ici, c’était la périphérie de Bir Chifa".

Des solutions? "Oui. Il faut arrêter le maquillage des quartiers, établir un vrai service de secours social et investir pour répondre aux besoins primaires des habitants. Ici se recrutent beaucoup des jeunes qui vont combattre en Syrie et en Irak".

Au final, ce n’est pas vraiment Kandahar, mais une sacrée bombe à retardement.

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Jamal Amiar
Le 17 septembre 2014 à 16h38

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