L’appel à la grève générale prend une tournure politique
L’appel à la grève générale lancée par le front syndical UMT-CDT-FDT pour la journée du 29 octobre prochain fait de plus en plus d’émules. Rejoint par d’autres acteurs syndicaux, politiques et même par des ONG, le débrayage social se transforme en grève politique contre la personne du chef du gouvernement.
Depuis ce week-end, de nouveaux participants surprise s’annoncent à la grève générale de 24 heures prévue pour la journée du mercredi 29 octobre.
Le parti d’opposition PAM, l’UGTM et même le bras syndical d’Al Adl Wal Ihssane ont annoncé ce week-end rejoindre le mouvement contestataire.
Un Collectif des organisations des droits de l’homme, rassemblant les 20 plus importantes ONG de droits de l’homme au Maroc, a décidé lui aussi de soutenir les centrales syndicales.
Echaudé par les précédents appels à la grève qui n’avaient pas rameuté les foules, le front syndical UMT-CDT-FDT ont effectué un forcing pour attirer le maximum de participants "même ceux avec qui on ne partage pas du tout les mêmes valeurs pour assurer un grand retentissement à cette grève", selon des déclarations recueillies par Médias 24.
Interrogé sur l’organisation d’alliances contre-nature et inédites pour peser sur le succès de ce débrayage, un interlocuteur anonyme du front syndical nous répond sans complexe "à la guerre comme à la guerre".
Pour ne pas rééditer les "flops" de ses précédents appels à la grève, le front syndical a besoin de l’appoint numérique des Adlistes même s’ils ne partagent pas les mêmes valeurs sociales ou politiques. Rappelons qu’Al Adl avait montré une certaine capacité de mobilisation lors des manifestations du mouvement du 20 février.
Notre interlocuteur anonyme s’enorgueillit du fait que même une partie de l’UNMT, bras syndical du PJD, respectera les termes de l’appel à la grève. Sollicité par notre rédaction, Mohamed Yatim patron de ce syndicat a préféré botter en touche en nous demandant de le rappeler.
Ce qui devait être au départ un «classique» appel à la grève se transforme sur le papier en un mouvement politique et social avec la personne de Abdelillah Benkirane en ligne de mire.
Personne parmi nos interlocuteurs ne semble douter de la réussite de cet appel à la grève car tous se rejoignent dans leur rejet de la personne de Benkirane accusé "de faire cavalier seul depuis 3 ans".
Les trois centrales syndicales à l’origine de cet appel ont affirmé n’avoir pas d’autre choix que de le maintenir car le gouvernement est "incapable de répondre au ras-le-bol de tous les Marocains“.
Le secrétaire national de l’UMT, Mohamed El Ouafi nous déclare que "la rupture du dialogue social initiée par Abdelilah Benkirane est la principale cause de cette grève et que la réforme contestée des retraites n’est que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase".
Il dénonce pêle-mêle des décisions gouvernementales "iniques" comme les augmentations du prix des transports et des produits alimentaires consécutives à la disparition programmée de la caisse de compensation. Il met en avant la détérioration du pouvoir d’achat des Marocains suite à la hausse des prix des carburants, de l’eau et de l’électricité.
Il met en garde le chef du gouvernement en assurant que cette décision d’appel à la grève générale a été longuement mûrie et que si elle est préventive, il ne faut pas qu’elle soit prise à la légère car elle pourrait paralyser le Maroc.
Ali Lotfi, secrétaire général du syndicat ODT nous assure que faute d’être entendu, ses initiateurs sont prêts à appeler à d’autres grèves générales nationales ponctuelles.
Tout en se dédouanant à l’avance de toute responsabilité, il n’hésite pas pour mieux se faire comprendre à rappeler l’issue des grèves générales de 1990, 1984 et 1981 qui avaient dégénéré en émeutes populaires.
Contacté par notre rédaction, Kafi Cherrat patron de l’UGTM très optimiste, assure que sans réponse de Abdelilah Benkirane, la contestation ne s’arrêtera pas en si bon chemin car désormais elle regroupe l’ensemble des Marocains à travers un front social inédit.
Chargé par le chef du gouvernement de négocier avec les syndicats pour les faire renoncer à leur appel, Nabil Benabdellah ministre de l’urbanisme nous confirme d’un ton laconique que "la grève aura bien lieu et que le dialogue social suivra".
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