Les exportateurs marocains inquiets après l’effondrement du rouble
La filière des fruits et légumes va subir les conséquences de la crise qui frappe la Russie, l’un des ses principaux clients.
Une économie russe qui tourne au ralenti, c'est forcément une mauvaise nouvelle pour les exportateurs marocains. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la Russie fait face à une grave crise monétaire.
En effet, depuis le début de l’année, le rouble a perdu quelque 60% de sa valeur. Durant ces 3 derniers jours, cette spirale a connu une forte accélération. Ainsi, après un lundi marqué par une chute de 9,5%, sans précédent depuis la crise financière de 1998, et malgré des mesures radicales adoptées le lendemain, le rouble a encore chuté mardi face au dollar.
Cette crise devrait peser sur les dépenses des ménages russes, sachant que les conséquences de l'affaiblissement du rouble sur ces derniers sont déjà palpables. Selon l’AFP, la hausse des prix approche déjà 10% sur un an et promet de s'envoler encore.
Dès lors, les exportateurs marocains vont devoir composer avec cette équation commerciale. Pour rappel, le Maroc est le deuxième partenaire commercial de la Russie en Afrique après l’Egypte, avec un volume d’échanges commerciaux bilatéraux qui dépasse actuellement les 2 milliards de dollars. Les agrumes et les primeurs sont les deux produits marocains les plus exportés vers la Russie, suivis des produits halieutiques. Avec 50 à 55% du volume exporté, la Russie est même devenue le premier client du Maroc. C’est dire l’importance de ce marché.
Dans les fruits et légumes, l'inquiétude est palpable
Les entreprises marocaines verront-elles cette année leurs exportations reculer ? Pour Hassan Sentissi, président de l'Association marocaine des exportateurs (Asmex), ce sont principalement les biens à haute valeur ajoutée qui sont concernés, notamment l’industrie du luxe. «Or, le Maroc ne sera pas impacté car il n’exporte pas de produits de luxe vers la Russie, mais des produits alimentaires incontournables. Les agrumes marocains sont rentrés dans leurs mœurs. Le poisson aussi. Malgré la crise, je crois qu’ils vont continuer de consommer ce type de produits. Je crois aussi que c’est une crise passagère et que le Maroc continuera d’exporter vers la Russie», estime-t-il, très volontariste.
Pour Omar Mounir, vice-président de la Fédération interprofessionnelle des fruits et légumes (Fifel), «les exportateurs de fruits connaîtront sûrement des difficultés étant donné que les transactions sont effectuées le plus souvent en dollar», dit-il, avant d’évoquer un manque de visibilité chez les professionnels: «Il faut aussi savoir que les prix ne sont pas arrêtés. Par conséquent, chaque exportateur gère lui-même la situation avec son partenaire russe. Les exportateurs marocains discutent aussi entre eux. Mais pour le moment, on manque de visibilité».
Contacté par Médias 24, un des principaux exportateurs d’agrumes au Maroc se montre plus catégorique. Selon lui, l’effondrement du rouble poussera les acheteurs russes à tenter de faire baisser les prix des produits marocains. «Les partenaires russes proposeront des prix bas, voire inférieurs au prix de revient. Deuxième risque, les producteurs auront du mal à se faire payer en raison de la crise. Enfin, si on augmente les prix, nos produits ne trouveront pas preneurs».
Une nouvelle campagne atypique
Pour mémoire, la campagne précédente d’agrumes a été pour le moins atypique, caractérisée par une hausse de la production et de nombreux dysfonctionnements dans la commercialisation. Elle portait également une inquiétude née d’une mesure prise par l'Union Européenne (UE), relative aux conditions d’entrée des fruits et légumes. La campagne suivante s’annonçait prometteuse pour les exportateurs marocains qui pensaient pouvoir profiter de l’embargo russe sur de nombreux produits alimentaires en provenance de l’UE, des Etats-Unis, de l'Australie, du Canada et de la Norvège.
Toutefois, les dégâts liés aux inondations et à l’effondrement du rouble ont remis en question les objectifs des exportateurs marocains. Ironie du sort, c’est vers l’UE que les volumes expédiés de primeurs ont le plus progressé.
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