img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
ECONOMIE

Selon Kosmos, l'exploration pétrolière n'est pas menacée au Maroc

EXCLUSIF. A quelques semaines du début des opérations de forage, Kosmos répond aux questions de Médias 24: licences, potentiel, perspectives...

Selon Kosmos, l'exploration pétrolière n'est pas menacée au Maroc
Khalid Tritki
Le 12 janvier 2015 à 10h45 | Modifié 12 janvier 2015 à 10h45

Interview avec Thomas Golembeski, directeur de communication de Kosmos.

-Où en est Kosmos au niveau du forage de Boujdour ?

-La plate-forme Atwood Achiever a débuté le forage du premier puits du bloc Al Khayr le 19 décembre dernier au large des côtes du Cap Boujdour. Les opérations de forage de ce premier puits devraient durer environ 90 jours.

-A combien se chiffrent les investissements consentis jusqu'à nos jours dans le projet Boujdour ?

-Comme il est courant dans l’industrie gazière et pétrolière, Kosmos ne communique pas les coûts de ses différents projets. Toutefois, nous pouvons dire que Kosmos, ainsi que ses partenaires à Agadir et dans les bassins de Laâyoune, ont, à ce jour, investi plus de 375 millions de dollars afin de soutenir l’exploration et les opérations de forages.

-Quelles sont les chances d'aboutir à une découverte pérenne ?

-Dans le bloc du Cap Boujdour, en plus du puits actuellement en cours de forage, nous avons récemment réalisé un sondage sismique 3D sur 5.100 km², ce qui nous a permis d’identifier de multiples prospects. La région a montré un potentiel géologique encourageant – c’est la raison pour laquelle nous avons décidé d’investir dans le forage d’un puits offshore.

-Qu'en est-il de vos opérations au large d'Agadir?

-Kosmos Energy opère dans trois blocs dans le bassin d’Agadir en offshore (Essaouira, Foum Assaka et Tarhazoute). L’opération que nous avons conduite début 2014 dans le bloc de Foum Assaka -le forage du puits FA-1-, a suggéré la présence d’un système pétrolier fonctionnel dans le bassin d’Agadir et a fourni des données sismiques essentielles pour l’analyse des systèmes pétroliers de Kosmos.

Nous avons également réalisé un sondage sismique 3D au large de Tarhazoute et Essaouira. Grâce à ces études, nous avons pu obtenir une analyse complète du sous-sol correspondant aux trois licences d’exploration adjacentes qui couvrent le cœur du bassin d’Agadir.

Avec ces informations, nous sommes en mesure de poursuivre, aux côtés de nos partenaires, le travail technique et les études qui nous permettront de mener à bien cette exploration gazière et pétrolière.

-Pouvez-vous avancer une estimation du coût du baril en cas de découverte à Boujdour et le potentiel de commercialisation?

-Al Khayr est un prospect à fort potentiel, pouvant aller jusqu’à un milliard de barils de pétrole. Toutefois, il nous est impossible de nous prononcer avec certitude sur l’existence de ces hydrocarbures avant la fin du processus d’exploration. En cas de succès, il faudra probablement sept ans ou plus pour que le pétrole puisse commencer à être produit.

Si du gaz ou du pétrole venaient à être découverts, il faudra alors effectuer le forage de plusieurs puits supplémentaires pour évaluer l’importance des réservoirs. Une fois cela fait, nous pourrons alors déterminer si ces réserves sont commercialisables au regard de l’économie du développement en eaux profondes.

-Quel est le niveau du coût sur la base duquel une découverte à Boujdour serait exploitable?

-Notre priorité est aujourd’hui de continuer le forage du puits Al Khayr, de façon sûre et non préjudiciable pour l’environnement. Nous ne commencerons à étudier un scénario d’exploitation que quand l’exploration se sera révélée être un succès.

Alors que le cours du pétrole est devenu un véritable enjeu pour toute l’industrie, nos différents projets d’exploration ne sont aujourd’hui pas menacés. Kosmos est dans une position financière solide et dispose d’importantes ressources en liquidités.

-En cas de découverte, à combien se chiffrent les investissements nécessaires pour une exploitation et combien doit verser le partenaire marocain?

-Les conditions financières de notre collaboration avec le gouvernement marocain sont publiées sur notre site. En effet, quand cela nous est légalement possible et est validé par les gouvernements avec lesquels nous travaillons, nous préférons que tous les accords pétroliers et les contrats de partage de la production soient directement accessibles au public. Tous ces accords ont été déposés auprès de la Securities Exchange Commission des Etats-Unis.

Il est important de souligner que ces explorations marquent le début d’un engagement de long terme, car si l’exploration s’avère fructueuse, il faudra attendre sept ans ou plus pour voir la production des premiers barils. En cas de succès offshore à Cap Boujdour dans la découverte d’hydrocarbures commercialisables, un projet de développement demandera probablement plusieurs milliards de dollars d’investissement. Comme spécifié dans notre accord ainsi que dans le code des hydrocarbures, l’Onhym devra contribuer à hauteur de 25% aux coûts de développement.  

-Quelles sont vos garanties qu'un forage et éventuellement une exploitation en cas de découverte n'auront pas d'impact négatif dans une région maritime connue pour ses stocks halieutiques ?

-Nous prenons toutes les mesures possibles pour s’assurer que nos opérations sont déployées de façon sûre et respectueuse l’environnement. Nous respectons profondément les régions où nous opérons, tant terrestres que maritimes, et nous nous efforçons d’empêcher ou de minimiser tout impact négatif sur l’environnement. En amont du forage offshore Cap Boujdour, nous avons travaillé avec l’Onhym, dans le respect des meilleures pratiques internationales, pour effectuer une évaluation de l’impact sur l’environnement et développer un plan d’atténuation des risques.

Plus récemment, nous avons finalisé une évaluation d’impact social dans la région du Sahara afin de présenter notre projet d’exploration aux différentes parties prenantes de Dakhla. Nous sommes également intervenus auprès des différentes communautés à Laâyoune et Boujdour. Durant ces projets, nous avons rencontré des élus locaux, des chefs d’entreprise et acteurs économiques, les représentants des principales tribus, ainsi que des représentants des associations de la société civile, de l’industrie du tourisme et de la communauté des pêcheurs. Durant ces rencontres, nous avons entendu les préoccupations relatives à la protection de l’environnement et aux possibles impacts sur la communauté des pêcheurs.

Pour continuer le dialogue, nous avons convenu d’organiser une série de réunions complémentaires pour répondre au mieux à ces préoccupations et construire une relation de confiance autour de notre approche de respect de l’environnement. Néanmoins, de manière générale, le retour de la population locale sur notre projet a été très largement positif, puisque celle-ci soutient tous les investissements étrangers qui pourraient  promouvoir le développement de l’économie locale.

-Avez-vous, en partenariat avec l’Onhym et le ministère de tutelle, préparé une approche pour communiquer et préparer l'opinion publique à une éventuelle découverte ?

-Kosmos travaille en collaboration étroite avec le gouvernement du Maroc et nous avons d’excellentes relations avec notre partenaire, l’Onhym. La présence de l’industrie pétrolière au Maroc étant assez récente, nous comprenons que peu de Marocains aient aujourd’hui une connaissance approfondie de ce secteur. Il est néanmoins essentiel de garder à l’esprit que toutes les entreprises qui opèrent aujourd’hui dans le royaume en sont aux tout premiers stades du processus d’exploration.

Le secteur pétrolier au Maroc en est à ses débuts. Si Kosmos, ou une autre compagnie, venait à découvrir du gaz et du pétrole, l’industrie devra être développée et tout le pays devra se préparer. En travaillant avec l’Onhym, mais aussi d’autres parties prenantes du gouvernement, la gouvernance internationale et des experts économiques, nous avons investi un temps conséquent pour contribuer au développement d’un cadre de travail pour un développement responsable des ressources.

En 2013 et 2014, nous avons organisé une série de groupes de travail pour l’Onhym ainsi que d’autres parties prenantes gouvernementales durant lesquels différents experts internationaux sont intervenus pour mener des séances de travail sur les meilleures pratiques en matière de gestion des ressources en hydrocarbures, mais aussi sur les sujets relatifs la transparence, l’engagement et la consultation des parties prenantes, l’évaluation de l’impact social et la distribution des revenus.

Kosmos, comme d’autre partenaire du gouvernement, veillera à poursuivre à l’avenir ce travail avec l’Onhym et les médias marocains afin de s'assurer que le public reste informé des développements des projets en cours.

-Vous avez des antennes dans la région du sud, quels sont les échos qui remontent du terrain à propos de vos activités dans la région?

-Kosmos a découvert, au travers de notre évaluation volontaire de l’impact social et d’autres discussions avec les populations locales, que les habitants sont très intéressés par la manière avec laquelle nous pouvons soutenir le développement économique.

Nous avons entendu de nombreuses préoccupations (au sujet des opportunités économiques, de l’emploi local, de la protection de l’environnement et des bénéfices du développement) et nous avons organisé une série de réunions de suivi pour poursuivre le dialogue. Néanmoins, de manière générale, le retour de la population locale a été extrêmement positif, puisque celle-ci soutient les investissements étrangers qui visent à promouvoir l’économie locale.

Le dialogue est continu, et depuis que nous avons réalisé cette évaluation, nous avons recruté un cadre (qui parle couramment français, arabe et hassani) qui vit à Dakhla et est devenu notre lien privilégié sur place avec les populations locales. De nombreux membres de notre équipe de management vont régulièrement sur place. Notre PDG s’est personnellement rendu dans la région trois fois l’an dernier.

-Vous vous activez dans une région politiquement sensible, cela a-t-il nécessité une approche de négociation ou de communication particulière?

-Si Kosmos venait à découvrir des hydrocarbures commercialisables, nous procéderons alors au développement dans le respect de la loi internationale et conformément aux meilleures pratiques en la matière. Depuis le début de notre engagement offshore au Sahara, nous avons investi un temps considérable et déployé de nombreuses ressources pour mieux comprendre la complexité de la situation sur place.

Nous sommes confiants que, si l’exploration est fructueuse, un développement responsable des ressources dans le Sahara pourra créer des bénéfices sociaux importants et sur le long terme pour la population locale.

A ce stade, nos activités sont exclusivement concentrées sur l’exploration. Comme nous avons préparé le forage, nous avons mené à titre volontaire une évaluation de l’impact social sur la région afin de présenter notre projet d’exploration aux parties prenantes locales de Dakhla, Laâyoune et Boujdour. Durant la partie pratique sur le terrain en septembre, nous avons rencontré les élus locaux, des chefs d’entreprise, les représentants des tribus, mais aussi des représentants des associations de la société civile, de l’industrie du tourisme et de la communauté des pêcheurs.

-Qu'est-ce que vous envisagez de faire (ou déjà fait) pour éviter un remake de votre expérience en Afrique, notamment la tension populaire et son corollaire politique suite à votre découverte au Ghana?

-Nous resterons concentrés sur les succès de long terme que la découverte d’hydrocarbures  pourrait apporter. Si Kosmos ou une autre entreprise découvre une quantité significative de pétrole offshore dans la région du Sahara, cela pourrait être synonyme de bénéfices pour le territoire et sa population locale. Nos expériences au Ghana peuvent largement en témoigner.

Au Ghana, où Kosmos a fait la découverte du champ pétrolier Jubilee en 2007, les revenus pétroliers représentent aujourd’hui 10% du PIB du Ghana. La découverte a conduit à la diversification de la base industrielle du pays, ainsi qu’à des milliards de dollars d’investissements étrangers et à beaucoup d’opportunités pour les entreprises locales de participer à la chaîne d’approvisionnement de l’industrie. Kosmos, à elle seule, a investi 3 milliards de dollars depuis son entrée au Ghana et prévoit d’investir 2,5 milliards de dollars supplémentaires au cours des cinq prochaines années.

L’impact économique cumulé de la découverte du champ pétrolier Jubilee est beaucoup plus grand quand il est associé aux investissements faits par les autres entreprises partenaires.

Comme nous l’avons dit, ceci n’est que le début d’un engagement de long terme et si l’exploration se révèle être un succès, il est fort probable qu’il faille attendre jusqu’à 7 ans pour voir la production des premiers barils. Toutefois, si sur le long terme, nous réussissons à offrir au Sahara les mêmes bénéfices que nous sommes parvenus à offrir au Ghana, alors nous aurons réussi notre mission. 

À découvrir

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Khalid Tritki
Le 12 janvier 2015 à 10h45

à lire aussi

Échanges extérieurs : hausse des importations des biens d’équipement de 10,2 MMDH à fin mars 2026 par rapport à 2025
ECONOMIE

Article : Échanges extérieurs : hausse des importations des biens d’équipement de 10,2 MMDH à fin mars 2026 par rapport à 2025

À fin mars 2026, les échanges extérieurs du Maroc ont été marqués par une hausse des importations de biens d’équipement de 10,2 milliards de DH par rapport à fin mars 2025, tandis que les exportations du secteur automobile ont progressé de 12,1%. Détails.

IDE : les recettes reculent de 13,1% par rapport à fin mars 2025
ECONOMIE

Article : IDE : les recettes reculent de 13,1% par rapport à fin mars 2025

DATA. À fin mars 2026, les recettes IDE se sont établies à 12,12 MMDH, en baisse de 13,1% par rapport à fin mars 2025.

Mondial 2026 : Youssef Amrani visite les stades où jouera le Maroc
Quoi de neuf

Article : Mondial 2026 : Youssef Amrani visite les stades où jouera le Maroc

L’ambassadeur du Maroc aux États-Unis, Youssef Amrani, a effectué une tournée diplomatique en Géorgie et dans le Massachusetts. Entre préparatifs de la Coupe du monde de football 2026 et renforcement des alliances économiques, cette visite marque une nouvelle étape dans la "diplomatie de proximité" entre Rabat et les grandes métropoles américaines.

Sahara marocain : l’Allemagne réaffirme son soutien à l’initiative d’autonomie et la juge “sérieuse et crédible”
DIPLOMATIE

Article : Sahara marocain : l’Allemagne réaffirme son soutien à l’initiative d’autonomie et la juge “sérieuse et crédible”

À l’issue du dialogue stratégique Maroc-Allemagne tenu à Rabat, Berlin a réaffirmé son soutien à l’Initiative marocaine d’autonomie, jugée "sérieuse et crédible" pour le règlement du dossier du Sahara, estimant qu’une "véritable autonomie sous souveraineté marocaine" constitue l’option la plus réaliste, tout en annonçant son engagement à agir en cohérence sur les plans diplomatique et économique.

Hydrogène vert : l'écart entre ambition et exécution des projets en débat à Fès
Energie

Article : Hydrogène vert : l'écart entre ambition et exécution des projets en débat à Fès

À l'Université Euromed de Fès, le cluster marocain de l'hydrogène vert (Green H2) a réuni experts, industriels et académiques autour des enjeux et défis de la filière, avec un focus sur ses deux produits stratégiques que sont le méthanol et l'ammoniac verts.

Recettes voyages : hausse de 23,5% à fin mars 2026
ECONOMIE

Article : Recettes voyages : hausse de 23,5% à fin mars 2026

Les recettes voyages ont atteint 31 MMDH à fin mars 2026, en hausse de 23,5% sur un an, selon les données provisoires de l’Office des changes.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité