Amazighité au Maroc: Meryem Demnati dénonce un bilan “catastrophique”
La militante estime que l’amazigh n’est pas suffisamment promu alors qu’il a le statut de langue officielle.
« Assgwas Ayunu 2965 », « Assgwas Amggaz » ou « Assugass Ambarki ». On a lu et entendu un peu partout récemment les vœux de bonne année amazighe Yennayer 2965. Moins de trois jours après les festivités qui se sont déroulées à Meknès pour fêter le Nouvel an amazigh, l’heure est au bilan de la situation de l’amazighité dans le royaume.
Un an amazigh s’est écroulé. Le temps est à présent de dresser le bilan de la situation de l’amazighité pour Meryem Demnati, membre du Bureau de l’Observatoire amazigh des droits et libertés (OADL). Absence de la langue dans les milieux officiels, les médias, l’enseignement, marginalisation économique et sociale. Le bilan est qualifié de « catastrophique » selon Mme Demnati.
« Our’fhimekh, maytennit » ?
Pour ceux qui ne comprennent pas l’amazigh, « Our’fhimekh, maytennit » veut dire « Je ne vous comprends pas, qu’est-ce que vous avez dit ? » Meryam Demnati relève l’un des problèmes récurrents que rencontre l’amazighophone dans son quotidien.
« Avec l’administration et les milieux officiels, un amazighophone renonce à sa langue et se trouve obligé de parler une langue qu’il ne maîtrise pas. Pire, il se trouve dans l’obligation de parler une autre langue même dans les tribunaux, espace conçu pour garantir la justice et l’équité pour les victimes de l’injustice, et non comme lieu de ségrégation entre les personnes qui sont en principe égales en droit et en citoyenneté » constate, amère, Mme Demnati.
La chaîne amazighe est une exception
Il faut reconnaître que la création de la chaîne Tamazight (8ème chaîne de la SNRT) est une progression importante de la langue dans les médias. Toutefois, pour la militante amazighe, cette chaîne n’arrive qu’à une petite partie de la population amazighe. « Les chaînes marocaines pour lesquelles nous nous acquittons de nos impôts ne proposent que de rares émissions amazighes à des heures impossibles, préférant diffuser des films indiens, moyen-orientaux ou occidentaux. Tamazight, la seule chaîne qui diffuse la plupart de ses programmes en langue amazigh, est dépourvue de crédits financiers suffisants et de transmission terrestre, ne permet pas au simple citoyen marocain de la capter. »
La place de la langue dans l’enseignement est au plus mal
Bien que la langue amazighe soit devenue officielle, elle marque, selon la militante de l’OADL, un recul considérable dans l’enseignement, tous degrés confondus. « Au lieu de progresser, la situation de la langue amazighe enregistre un recul considérable, alors même que la langue amazighe est devenue officielle. L’officialisation est dans les papiers, mais sur le terrain, il n’y a rien ». Pour Mme Demnati, la langue amazighe est le cadet des soucis du gouvernement, et plus spécialement du ministère de l’Education.
Exclusion et marginalisation
Mme Demnati ne mâche pas ses mots et se montre remonté contre le gouvernement quand il s’agit de la qualité de vie des Amazighs vivant dans les régions marquées par la dureté de la nature.
« Des régions entières à majorité amazighophone, marquées par la dureté de la nature, continuent de souffrir de la marginalisation économique et sociale depuis l’indépendance, et cela alors même qu’elles ont étés à l’avant-garde réelle de la lutte contre l’occupation étrangère ».
Elle ajoute que « ces régions sont victimes d’une politique d’exclusion et de marginalisation, d’une politique d’accaparement de leurs richesses et ressources au profit d’une élite corrompue. Elles sont alors livrées à elles-mêmes quand elles se retrouvent dans une situation dramatique telle que les dernières inondations. »
Selon Mme Demnati, le combat est encore long. Prochaine bataille à gagner : une loi organique qui devrait faciliter et garantir la mise en œuvre de l’officialisation de la langue amazighe et la création d’un Conseil national des langues et des cultures marocains.
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