Le réquisitoire de Adil Douiri contre la politique économique du gouvernement
L’Alliance des économistes istiqlaliens expose sa recette pour redresser l’économie et profiter d’une extraordinaire fenêtre d’opportunité nationale et internationale.
La publication des (mauvais) chiffres du chômage coïncidait avec la conférence de presse annuelle de l’Alliance des économistes istiqlaliens sur la situation économique. Adil Douiri, le président de l’Alliance, a rebondi sur ces chiffres pour dresser un constat arithmétiquement accablant. Cela se passait samedi à Casablanca.
Toujours aussi didactique, usant de mots simples qui “parlent“ à l’opinion, Adil Douiri a tenté une démonstration en quelques points :
1-A quoi sert l’économie? A créer des emplois. C’est le seul indicateur de réussite ou d’échec. La création d’emplois ne peut se faire que par la croissance du PIB.
2-Gouvernement Jettou (2002-2007) a créé 190.000 emplois par an.
Gouvernement Abbas Fassi 2007-2011 a créé 135.000 emplois par an.
Gouvernement Benkirane de 2011 à 2014 a créé 9.000 emplois par an. Ce dernier gouvernement a inversé la courbe du chômage.
3. Les moteurs de la croissance allumés par le gouvernement Jettou caractérisé par son volontarisme: infrastructure et grands travaux; logement social; métiers mondiaux du Maroc (tourisme, offshoring, automobile)
4. Sous le gouvernement Abbas El Fassi, est intervenue la plus violente crise économique mondiale en 2008-2010, qui a provoqué l’arrête du moteur métiers mondiaux du Maroc (allusion à la mauvaise performance de Vision touristique 2010?). Il y a eu stabilisation du logement social, accélérationd du moteur infrastructures grandes travaux et allumage selon Adil Douiri d’un nouveau moteur, la consommation des ménages (dépenses de compensation, création d’emplois dans ls secteur public, baisse des impôts, hausses salariales).
5. Le gouvernement Benkirane a coupé les quatre moteurs, accuse Douiri. Selon lui, fort ralentissement de l’infrastructure et des grands travaux (baisse des dépenses réelles et retard de paiement), freinage net du logement social (pas de pilotage), freinage brutal de la consommation des ménages (hausse des impôts, durcissement du crédit)tandis que les métiers mondiaux du Maroc ont des performances inégales malgré une bonne conjoncture extérieure.
6. Le gouvernement a un objectif purement comptable. Il croit qu’une bonne politique économique consiste à réduire le déficit budgétaire. Il a découragé l’investissement et la consommation.
7. Le Ciel vient au secours du Maroc:
-dons du Golfe qui selon M. Douiri masquent une partie du déficit budgétaire
-le cours du pétrole s’effondre, du jamais vu avec un effet mécanique positif de 0.5 à 1 point de PIB au Maroc
-décisions fortes de la Banque centrale européenne pour forcer la reprise économique en Europe et donc impact sur la demande pour les exportations marocaines dont le tourisme.
Grâce à ces dons, la croissance va se rapprocher de 4%, le déficit du compte courant de la balance des paiements va être réduit de 3 à 4 points et le déficit budgétaire continuera à se réduire.
8. Le gouvernement doit “se réveiller“ pour saisir cette fenêtre d’opportunité. Il doit rallumer les moteurs de croissance pour stopper la hausse du chômage “qu’il a provoquée“ depuis 2012.
Il propose de supprimer les impôts sur l’investissement et notamment de rétablir l’exonération de TVA sur l’investissement productif.
Remettre l’entreprise en situation d’investir en accélération les remboursements des arriérés de TVA et de paiement publics.
En réaffectant une partie de l’investissement public à raison de 3 milliards de DH vers l’achèvement de projets exportateurs Plans Azur, Emergence, Maroc Vert, Halieutis.
Entamer par petites étapes une baisse de l’IR et ne pas reconduire l’impôt exceptionnek sur le revenu instauré en 2012.
Assurer un véritable pilotage économique au niveau gouvernemental, soit par le chef du gouvernement, soit nommer un ministre “directeur général“ pour coordonner l’action économique.
Voilà pour la démonstration.
Il appartiendra à l’opinion, aux acteurs économiques et à la classe politique de juger de la pertinence de ces propositions.
Adil Douiri évite dans son exposé au moins deux points:
-l’Istiqlal n’a quitté le gouvernement qu’en juin 2013. Quid de sa responsabilité dans le creusement du déficit budgétaire, de la hausse des dépenses de compensation et de l’inversion de la courbe du chômage?
-le modèle de développement du début des années 2000 ne s’est il pas essoufflé? N’est-ce pas cet essoufflement qui impose un nouveau modèle? N’est ce pas ce modèle, basé sur la consommation, qui a aggravé les déficits jumeaux?
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