Crise de la dette grecque: attention aux conséquences pour le Maroc
Le Maroc risque d’être impacté négativement en cas de faiblesse de l’euro et de difficultés économiques pour l’UE.
La manière avec laquelle le bras de fer entre Athènes et Bruxelles sera résolu au cours des prochains jours aura un impact sur l’économie marocaine.
Athènes pourrait faire défaut sur sa dette d’ici le 1er mars. Cela ne resterait pas sans conséquences sur le taux de l’euro et, partant, le commerce extérieur et le secteur du tourisme marocains.
Après l’échec de la réunion de l’Eurogroupe (19 des 28 pays-membres de l’UE) mercredi 11 février à Bruxelles, la réunion du Conseil européen du jeudi 12 février n’a pas apaisé les frictions entre les Grecs et leurs partenaires européens.
Il faudra attendre au moins deux dates, celle de ce lundi 16 février puis le dernier jour de ce mois-ci pour savoir si Athènes ne fera pas défaut sur sa dette et continuera d’être membre de la zone euro dans les prochains mois.
Toutes les options sont encore ouvertes
A ce stade, rien n’est décidé. Au lendemain de la réunion du Conseil européen du 12 février, Paris, Berlin ou encore le président de l’Eurogroupe le Néerlandais Jeroen Dijsselbloem ont noté que « la Grèce voulait coopérer ».
Athènes met en avant ses projets de réformes structurelles pour exiger que le remboursement de sa dette, 175% de son PIB ou plus de 370 MM d’euros, soit notamment indexé sur ses taux de croissance économique. Sept ans de crise économique et cinq de plans d’austérité ont réduit son PIB de 25% et mis le tiers de sa population adulte au chômage.
Cependant l’actuel gouvernement grec dirigé par Alexis Tsipras rejette le plan négocié par l’ancien premier ministre Antonis Samaras et qui comporte un remboursement de la part d’Athènes d’un montant de sept milliards d’euros à la fin de ce mois-ci.
Le commerce extérieur marocain risque d’être dramatiquement impacté par une détérioration de la situation économique grecque, les dégâts collatéraux devant être importants.
Les échanges entre le Maroc et la Grèce sont constitués de 20 M d’euros de ventes marocaines et de 116 M d’euros d’importations selon les chiffres de Maroc-Export pour 2013. Mais l’UE est le premier partenaire commercial et financier du Maroc.
Un euro à 10 DH ou moins
Un défaut de la Grèce provoquera une baisse de l’euro. Des banques américaines tablent déjà sur un euro égal à 1 $ voire à 0,90 $ pour 1 euro. Le taux est aujourd’hui de 1,15 $ pour 1 euro. A ce rythme, 1 euro à 10 DH n’est pas très loin.
Cette baisse de l’euro serait la conséquence du défaut grec, mais aussi des craintes qui seront suscitées sur les économies italienne et espagnole, 3ème et 4ème PIB de la zone euro avec des endettements publics supérieurs à 110% du PIB.
Un euro faible aura pour immédiates conséquences un renchérissement pour les Européens de leurs achats au Maroc : agroalimentaire, textile et confection, pièces automobiles. Les touristes européens perdront de leur pouvoir d’achat au Maroc.
En revanche, les importateurs marocains de produits et services européens verront leurs factures baisser.
La majorité du commerce extérieur marocain se fait avec l’UE tout comme la majorité des touristes qu’accueille le Maroc sont européens. Une baisse de l’euro et un nouveau ralentissement de l’économie européenne ne resterait pas sans conséquences négatives sur les transferts financiers d’Europe vers le Maroc.
De manière plus globale, quoique le prix du baril du baril de pétrole aide en ce moment à amortir les chocs économiques négatifs, un échec des négociations entre Athènes et ses partenaires européens affaiblira économiquement l’Europe à court terme.
Athènes plombe (surtout psychologiquement) la reprise européenne
Et ce au moment où les perspectives de croissance deviennent positives pour l’ensemble des pays-membres de l’UE, excepté la Grèce et ses 11 millions d’habitants.
Rien ce week-end ne permet d’entrevoir un « happy end » au bras de fer entre Athènes et Bruxelles, quoique les ressources de la diplomatie bruxelloise se révèlent parfois insoupçonnées.
Paris et Berlin qui détiennent chacun plus de 50 MM d’euros de créances sur Athènes restent fermes. Tout nouvel accord sur la dette grecque devra être voté par les parlements allemand, français, néerlandais ou finlandais. Les opinions publiques et contribuables de ces pays « ne veulent plus payer pour les autres ».
Les Finlandais votent en avril prochain. Les Français en mars. Partout, l’extrême-droite europhobe est à l’affut du moindre faux-pas politique.
Athènes enfin, sort des arguments de dettes de guerre allemandes pour améliorer ses marges de négociation. Pendant les négociations avec Bruxelles, elle envoie son ministre des Affaires étrangères à… Moscou.
A la veille de la réunion du 16 février, deux éléments sont quasi-certains :
1. Les pays de la zone euro ne sont pas disposés à faire des efforts financiers supplémentaires pour les Grecs.
2. Le système financier européen est mieux préparé qu’en 2012 ou 2013 à faire face avec un impact limité à un défaut grec ou à une sortie d’Athènes de la zone euro.
Le PIB grec de 240 MM d’euros est 10 à 15 fois moins important que celui de l’Allemagne, de la France, de l’Italie ou de la Grande-Bretagne. Il est largement inférieur également à celui des Pays-Bas ou du Danemark.
Du côté de la bourse d’Athènes enfin, aucun jour ne ressemble à un autre. Depuis la victoire des amis d’Alexis Tsipras, les gains ou les pertes quotidiennes atteignent -4 ou -7% certains jours, +8 ou +7% comme ce vendredi.
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