Le Ghana en quête d’investissements marocains
Le pays, dont le PIB pèse la moitié de celui du Maroc, veut développer son économie et ses infrastructures grâce aux revenus pétroliers et gaziers.
Une délégation ghanéenne menée par la ministre des Affaires étrangères Hanna Tetteh, le ministre du Commerce et de l’Industrie Ekwow Spio-Garbrah et la ministre du Tourisme Elizabeth Ofosu-Agyare, est allée à la rencontre des patrons de la CGEM le 13 février à Casablanca.
Objectif : attirer les IDE marocains en faisant valoir les attraits et les besoins du pays.
Sortir du « tout énergie », diversifier l’économie
Ce pays a connu une croissance vertigineuse depuis 7 ans, quand la découverte de pétrole et gaz offshore a dopé son économie. Il connaît aujourd’hui les besoins d’une économie jeune, et dont la classe moyenne grandit vite.
Ce gros importateur (balance commerciale déficitaire de 11,5% du PIB) cherche aujourd’hui à substituer ces échanges, mais également diversifier ces sources de revenus, qui dépendent fortement de la manne pétrolière et gazière.
La délégation de ministres ghanéens est donc venue adresser sa demande devant une dizaine de représentants marocains d’entreprises.
Des opportunités pour le secteur privé se présentent dans des activités aussi diverses que :
-l’énergie,
-le tourisme,
-le transport et la logistique,
-l’agroalimentaire,
-la pharmacie,
-la bancassurance,
-la grande distribution.
Certains secteurs pour lesquels le Maroc a atteint une certaine maturité et pourrait envisager une expansion sur des marchés plus jeunes.
Le Ghana veut désormais profiter de son énergie pour ses propres besoins
Les ministres ont souligné l’importance du secteur énergétique. Le défi à court terme est de mettre en place une industrie de transformation et un réseau de transmission et de distribution performant.
Avec aujourd’hui une capacité installée de 2.800 MW, le Ghana veut l’étendre à 5.000 MW. Ce pays possède plusieurs grands barrages (pour une capacité de 1.200 MW), mais il souhaite se tourner aujourd’hui sur le cycle combiné, et ainsi profiter des importantes réserves de gaz.
Le Ghana vient d’ailleurs de signer la seconde convention d’investissement du Millenium challenge compact (MCC) avec les Etats-Unis pour un montant de 500 M$ pour restructurer le secteur de l’énergie, la transmission et la distribution de l’énergie, et la rendre plus effective.
De gros besoins en infrastructures
De nombreux travaux d’infrastructure doivent également être réalisés au Ghana, afin de répondre aux attentes de la classe moyenne toujours plus nombreuse : routes, logement, génie civil, éclairage. Ce pays qui s’ouvre est également en train de revoir sa logistique portuaire et aéroportuaire. Bolloré Africa Logistics assure aujourd’hui les travaux d’extension du port de Tema.
Les Marocains sont déjà là
Les entreprises marocaines sont de plus en plus nombreuses à assurer leur expansion en Afrique francophone. Pourtant le marché anglophone est resté pour le moment inexploré, car la barrière de la langue, et le poids des partenaires historiques pèsent lourdement. Pourtant certaines entreprises ont déjà un pied au Ghana :
-Ciment de l’Afrique,filiale de Ciment de l’Atlas (CIMAT), dont Anas Sefrioui est à la tête. Le cimentier vient d’investir 15 M d’euros au Ghana pour la construction d’une cimenterie.
-Saham Assuranceest aussi présent depuis 2010 après l’opération de rachat de Colina.
Au cours de la table ronde de la commission mixte maroco-ghanéenne, d’autres opérateurs ont manifesté leur intérêt :
-Platinum Powersqui opère dans l’énergie solaire et hydro-électrique,
-le groupe Kenzi Hotels,
-Maghreb Industries, présent dans l’industrie agroalimentaire.
La dette représente 52% du PIB, l’inflation est galopante
Le Ghana revêt de nombreux attraits pour les investisseurs marocains:
-une dynamique de croissance avec un taux à 4,7% en 2014,
-une population de 25,9 millions d’habitants,
-un PIB de 48,1 MM$,une adhésion à la Cedeao.
Des raisons qui encouragent l’intégration de ces deux économies.
Mais le Ghana s’est très fortement endetté depuis deux ans. Dopé par la rente pétrolière, le pays s’est engagé dans une réforme de la fonction publique et augmenté les salaires des fonctionnaires. La dette rapportée au PIB a grimpé en très peu de temps, pour atteindre 52% du PIB aujourd’hui.
En conséquence du double déficit budgétaire et commercial l’inflation y est galopante. La chute des cours du pétrole ont contribué à l’effondrement du solde commercial.
Les patrons marocains ont donc adressés leurs inquiétudes en ce sens. Les investisseurs sont réticents à venir investir dans un pays qui ne contrôle pas sa monnaie, et qui est encore trop peu ouvert.
Le Ghana veut surtout attirer le secteur privé
Or cette tournée engagée par les ministres est justement une épreuve d’ouverture. L’économie ghanéenne accueille à bras ouvert le secteur privé en vue d’accroître ses capacités intérieures, diversifier son économie, et ainsi rééquilibrer ses finances.
Les efforts de réforme ont déjà été engagés, en supprimant notamment les subventions énergétiques et en gelant les salaires. Le FMI et la Banque mondiale sont venus en aide l’année dernière au Ghana, en accordant des lignes de prêt conditionné, mais c’est bien du secteur privé dont a besoin le Ghana. C’est pourquoi le Ghana dit « akwaba » (bienvenue en twi) aux patrons marocains.
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