Le Millenium Challenge expliqué par ses coordinateurs
Le nouveau programme d’aide américain pour le développement du Maroc va se focaliser sur l’éducation, la formation, la bonne gouvernance et le foncier.
Les services du chef du gouvernement, qui se chargent de la préparation du compact II du Millenium Challenge, établissent pour Médias 24 un bilan du précédent compact, et livrent des détails sur l'état d'avancement de la préparation du second compact.
Quels sont les objectifs que le Maroc a rempli dans le cadre du premier compact, et ceux qu'il devra atteindre pour le second compact ?
Le Maroc avait bénéficié d’un premier programme d’aide (compact I) accordé par la Millenium Challenge Corporation entre 2008 et 2013, avec un budget de 697,5 M$, qui en fait l’un des plus grands compacts accordés par cette institution.
Ce programme avait ciblé des secteurs où la pauvreté est la plus répandue et où en même temps, il y a un réel potentiel de croissance, à savoir, l’agriculture, l’artisanat et la pêche artisanale.
Le programme a apporté un appui substantiel au Plan Maroc Vert avec d’une part la plantation de 75.000 ha d’oliviers permettant aux petits agriculteurs d’améliorer et de stabiliser la productivité de leur terre, et d’autre part, la réhabilitation de l’infrastructure d’irrigation sur 53.400 ha de la petite et moyenne hydraulique en zones de montagne et des oasis, ayant permis d’améliorer les rendements des cultures.
En outre, en construisant et en équipant 20 unités de trituration des olives et 7 unités de valorisation des dattes, le programme a permis aux petits agriculteurs de capter plus de valeur ajoutée.
Le programme a mis à la disposition des pêcheurs une infrastructure et une organisation leur permettant de débarquer et commercialiser le poisson dans des conditions d’hygiène appropriées et à des prix plus rémunérateurs tout en réduisant les charges inhérentes à leur activité. A titre d’exemple, le revenu des marins s’est amélioré de 54% à Tifnit (30 km au sud d’Agadir) et de 73% à Tan Tan. En plus, un réseau de 5 marchés de gros de poisson a été construit, permettant d’améliorer l’accès du consommateur à un poisson de qualité dans les villes et régions de Rabat, Marrakech, Meknès, Taza et Beni Mellal. Trois aires marines protégées sont mises en place pour la première fois au Maroc.
En plus, le programme a créé une synergie entre le secteur du tourisme, le secteur de l’artisanat et les ressources culturelles, historiques et architecturales des villes de Fès et Marrakech, grâce à la restauration de 4 fondouks datant du XIVe et XVe siècle à Fès, la création ou réhabilitation de 11 circuits touristiques à Fès et Marrakech, la création d’un label national de l’artisanat et l’organisation d’événements de promotion des produits marocains de l’artisanat à l’échelle nationale et internationale.
D'un autre coté, plus de 69.000 personnes, dont 68% sont des femmes, ont bénéficié d’une activité d’alphabétisation fonctionnelle dans les secteurs de l’agriculture, de l’artisanat et de la pêche artisanale. Le programme a également apporté un appui à l’INDH et au programme Moukawalati à travers la formation et l’assistance technique à 400 TPE et 200 activités génératrices de revenus (AGR). Les AGR ont vu leur survie améliorée de 5 points de pourcentage et leur profit amélioré de 78%. La mortalité des TPE a, quant à elle, été réduite de 30%. Enfin, le programme a permis de lancer les jalons pour la réforme du secteur de la micro-finance permettant aux associations de microcrédit de changer de statut afin de diversifier leurs produits. Le secteur a pu se maintenir malgré la crise qui a sévi depuis 2008 et s’est modernisé et renforcé.
Au total, ce sont plus de 2,2 millions de personnes dont le niveau de vie a été impacté par les différents projets financés.
Le développement du Compact II commence, conformément aux nouvelles directives de la MCC, par la réalisation d’une étude visant l’identification des contraintes à la croissance. Les projets à financer sont conçus et développés de manière justement à atténuer les contraintes identifiées. La réalisation de cette étude constitue, en soi, un acquis important du processus de développement du Compact dans la mesure où elle a enrichi la réflexion sur la problématique du développement au Maroc et les priorités en matière d’amélioration du climat des affaires.
Elle a identifié la faiblesse du capital humain et les risques microéconomiques: accès au foncier, lourdeur du système judiciaire, pression fiscale et droit du travail comme étant les contraintes majeures à l’investissement au Maroc. Cette étude a été complétée par une analyse sociale et de genre et une analyse des opportunités pour le secteur privé.
L’objectif à ce stade est de développer des projets de qualité qui puissent apporter des réponses appropriées aux problématiques identifiées, et ce en partenariat et avec la participation effective de toutes les parties prenantes, dans le cadre d’un processus qui accorde une place de choix à la consultation et la participation.
Quels sont les critères d'éligibilité à la Millenium Challenge Corporation ?
Pour sélectionner les pays éligibles, le conseil d’administration de la MCC se base sur un tableau de bord dit Sorecard composé de 20 indicateurs produits par différentes institutions internationales indépendantes dont notamment la banque mondiale, le PNUD et certaines ONG à vocation internationale. Ces indicateurs concernent les volets suivants :
- La bonne gouvernance : libertés civiles, droits politiques, État de droit, contrôle de la corruption,
- Le droit à l’information, efficacité de l’action gouvernementale.
- La promotion de l'économie de marché : taux d'inflation, accès aux crédits, droits et accès au foncier, démarrage d'entreprise, l’intégration du genre dans l’économie, la politique fiscale, etc.
- L’investissement dans le capital humain : pourcentage du PIB consacré aux dépenses publiques de santé et d'éducation publique primaire, taux d'achèvement du premier cycle d'étude pour les jeunes filles, taux d'immunité, la protection des ressources naturelles, etc.
L’éligibilité d’un pays est conditionnée par l’obtention d’au moins 10 indicateurs, dont obligatoirement ceux relatifs à la lutte contre la corruption et aux droits politiques, en réalisant une valeur supérieure à la médiane enregistrée par les pays appartenant à la même catégorie en termes de revenus et de niveau économique.
Sur la base du tableau de bord du Maroc relatif à l’année 2015, publié en novembre dernier, le conseil d’administration de la MCC tenu le 10 décembre 2014, a confirmé le maintien de l’éligibilité du Maroc à continuer le développement de son deuxième compact.
Quels sont les départements ministériels impliqués dans le compact, et les différentes actions entreprises par ces départements dans ce sens ?
Compte tenu de la dimension transverse du compact, et de l’effort de coordination nécessaire pour le développer, une équipe de travail chargée du développement du deuxième compact a été mise en place au niveau du Chef du gouvernement.
Cette équipe travaille en étroite collaboration avec l’ensemble des départements ministériels, les représentants du secteur privé et de la société civile qui sont concernés par les projets en cours de développement. Les projets sont proposés par les départements ministériels concernés.
Actuellement, le gouvernement et la MCC se concentrent sur le développement de deux grands projets :
-le premier a trait à l’amélioration de la qualité du capital humain,
-le second est lié à l’amélioration de la gouvernance et de la productivité du foncier.
A l’issue du processus de préparation, les fonds alloués au deuxième compact seraient ainsi destinés :
-d’une part, à financer des investissements dans les secteurs de l’éducation et de la formation visant à améliorer l’employabilité des jeunes et dans le secteur du foncier,
-et d’autre part, à appuyer des réformes liées à la gouvernance dans ces deux secteurs.
Comment se poursuivra le programme et qui le chapeautera après la dissolution de l'Agence de partenariat pour le progrès ?
L’Agence du partenariat pour le progrès avait une durée de vie de 5 ans et a été donc dissoute au terme du compact conformément au dahir du 26 février 2008 portant sur sa création et à la décision de son conseil d’administration (dit Conseil d’orientation stratégique) tenu le 4 février 2013. Le dispositif organisationnel pour l’implémentation du compact II n’est pas encore arrêté. Il fera l’objet de négociations entre le gouvernement du Maroc et la MCC le moment venu et tiendra compte de la nature des projets qui seront retenus.
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