Le “peut mieux faire” éternel du FMI au Maroc
Souvent considéré comme élève modèle des instances monétaires mondiales, le Maroc ne réussit pas toujours à réaliser la croissance dont se targuent les pays émergents.
A défaut, c'est sa relative résilience face aux grands chocs mondiaux qui fait sa particularité. Mais dans l'ensemble, si le Maroc fait plutôt bien le ménage dans ses affaires budgétaires, il échoue régulièrement à emménager dans une maison plus grande.
Le dernier rapport du FMI résume admirablement bien ce constat: les politiques appliquées par le gouvernement dès 2012 ont allégé le poids du budget et permis d'améliorer la position extérieure du Maroc, mais le pays souffre toujours d'une croissance peu satisfaisante, et la demande extérieure adressée au Maroc bien reste bien en deça de ce qu'un pays émergent génère avec succès.
>La croissance tout d'abord: depuis 2012, le FMI aura corrigé ses prévisions en moyenne de trois-quarts d'un point de croissance sur presque 8 ans, soit 6 milliards de dirhams chaque année en biens et services qui n'ont pas été produits et ne le seront probablement pas dans le futur proche.
Dans un contexte d'inflation historiquement basse, ce manque à gagner en activité économique est lourd de sens: quelque chose cloche dans l'économie marocaine dont les performances n'arrivent pas à concrétiser les prévisions qu'elle génère.
>Malgré cela, le FMI est optimistequant à la situation macroéconomique au Maroc, et les indicateurs lui donnent raison: 2012 a été une très mauvaise année pour les finances publiques, dont le déficit en pourcentage du PIB s'est sensiblement détérioré, de 4.4% en 2010, à plus de 6% dès 2011, puis 2012.
71% de la dégradation du déficit est dûe à la charge de compensation qui a doublé entre 2010 et 2011, alors qu'elle était supposée augmenter de moitié moins.
Cette difficulté budgétaire a été le catalyseur des réformes introduites par le gouvernement Benkirane, des réformes approuvées par le FMI d'abord parce qu'elles entraient en ligne avec les conditions de la ligne de crédit de précaution ouverte à l'été 2012, et ensuite parce qu'elle libère de la marge budgétaire pour le futur. Les autorités marocaines auront certainement été aidées par le déclin soutenu des prix mondiaux des matières premières durant l'année passée.
>Et c'est là que les bonnes intentions de l'institution internationale s'arrêtent: Les prédictions du FMI quant à l'amélioration de la situation budgétaire au Maroc se basent essentiellement sur une réduction continue des dépenses, étant donné que la pression fiscale est déjà à son maximum.
Si un autre choc négatif venait à frapper le Maroc, toute volonté de stabilisation du déficit budgétaire sera contrainte par le fait qu'on ne peut agir que sur les dépenses.
Paradoxalement, cela veut dire que le gouvernement actuel, et les gouvernements futurs dans les années immédiates ne peuvent jouer sur une relance en réduisant les impôts, étant donné la difficulté actuelle à geler, encore plus réduire, les dépenses de l'Etat.
Seule petite victoire, le Fonds salue les efforts du Maroc en matière de transparence et d'intégrité, mais ceux-ci semblent se concentrer sur l'accès à l'information plus qu'autre chose.
>Cette consolidation budgétaire, encore une fois, n'est pas là pour générer les conditions d'une croissance dans le futur proche, et encore moins la croissance inclusive que le FMI appelle de ses vœux. Cela explique probablement les réévaluations successives à la baisse des perspectives de croissance du Maroc: en 2012, le FMI (et très certainement les autorités marocaines aussi) tablait sur une croissance à long terme tendant vers les 6%.
Aujourd'hui, 5% de croissance apparaissent très optimistes, et il est plus que probable que le Maroc réalisera des performances plus proches de 4 à 4,5% dans les années à venir.
Pas de réduction d’impôts à l'horizon, une pression à la hausse sur les dépenses (excluant la compensation) et une position extérieure nette toujours préoccupante, les autorités marocaines n'ont pas réellement les moyens pour concrétiser plusieurs plans économiques, dont ceux énoncés par les ministres des Finances et de l'industrie sur la relance de l'industrie manufacturière au Maroc.
Ce déclin dans la croissance ciblée doit être mis en lien avec la faiblesse des exportations du Maroc à être un moteur significatif pour créer de la richesse: chaque point apporté par la consommation domestique réduit la contribution des exportations nettes d'un tiers de point de croissance du PIB.

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