Incertitudes autour du futur chantier naval de Casablanca
Une visite royale à Casablanca est attendue pour ce début de semaine. Le Roi fera certainement un point sur les importants chantiers en cours, dont l’ambitieux projet Wessal lancé en avril 2014 et qui nécessite un transfert du port de pêche et du chantier naval.
Or, ce dernier projet, le chantier naval, pose de grosses interrogations sur son avenir, sa viabilité et sa conception.
Contacté par Médias 24, le PDG de Chantiers et Ateliers du Maroc, Chafiq Essakalli, et actuel exploitant du chantier naval, exprime une profonde inquiétude: “Tel qu’il a été conçu, tel qu’il est envisagé par l’ANP (Agence nationale des ports), le chantier naval ne pourra pas être exploité de manière compétitive. Non seulement, il n’y aura pas de création d’emplois, mais même les 500 emplois existants risquent d’être perdus“.
Les choix faits, la priorisation de la cale sèche par rapport à l’élévateur, la taille de la cale sèche, l’implantation des équipements les uns par rapport aux autres, “ne permettent pas une exploitation rentable du futur chantier naval et ne sont pas dans l’intérêt de la flotte nationale“. Bigre!
Voyons les explications. Celles qui suivent nous ont été fournies par Chantiers et Ateliers du Maroc. L’ANP n’a pas répondu et n’a d’ailleurs jamais répondu à nos sollicitations.
Pour bien comprendre la problématique, lisez ce qui suit :
La réparation d’un navire nécessite de pouvoir réparer autant les parties du navire qui sont immergées que celles émergées.
Ainsi, les bateaux peuvent être réparés à flot en étant amarrés au quai de réparation (pour les parties émergées) ou à sec (pour les parties immergées) en étant isolés dans une cale sèche ou un dock flottant ou bien stationnés sur un terre-plein.
La réparation à flot, induit le branchement d’un certain nombre d’appareillages, de câbles et d’outils permettant d’opérer les réparations sur le bateau en état de flottaison.
Ainsi plusieurs bateaux peuvent être amarrés sur le même quai, souvent en file indienne, et subir chacun les réparations requises.
A l’inverse, la réparation à sec peut se faire principalement de deux manières :
· En cale sèche : nécessitant une voie libre pour y accéder et des moyens d’assèchement pour que le bateau se retrouve dans un espace totalement sec.
La cale sèche présente une limite de capacité d’accueil car sa dimension est fixe et son dispositif d’assèchement unique, valable pour tout le bassin. Une fois le ou les bateaux mis à sec, il est impossible d’y accueillir un navire supplémentaire ou de libérer un bateau avant l’autre.
· Avec un élévateur à bateaux qui permet de sortir les navires de l'eau grâce à une plateforme élévatrice pour ensuite les diriger vers les espaces de maintenance. Ce moyen, le plus moderne, permet d’intervenir sur plusieurs navires simultanément et indépendamment l’un de l’autre.
> projet très attendu par la profession
Le chantier naval du port de Casablanca attend son transfert depuis plus d’une décennie non seulement car ses capacités ont atteints leurs limites depuis longtemps (cale sèche saturée et liste d’attente pour accéder au chantier naval) mais également en raison de spécificités considérées aujourd’hui comme une nuisance pour les riverains.
Le déclenchement du projet Wessal a enfin accéléré ce projet et le transfert du port de pêche et de son chantier naval sont désormais non seulement actés mais planifiés à un horizon de 24 mois.
A cet effet, l’Agence Nationale des Ports a lancé un appel d’offres pour la construction des infrastructures de base du chantier naval.
Problématique de la configuration du nouveau chantier naval
L’activité d’un Chantier Naval et ses performances sont intimement liée aux infrastructures spécifiques dont ils disposent dans le Port, outre les terrains pour construire les ateliers et disposer des terre-pleins suffisants pour entreposage et montage de sous-ensembles de navires.
Ainsi sont impérativement requis :
· les moyens d’assèchement adaptés (cales sèches, élévateurs, docks flottants,…) aux navires que l’on souhaite réparer, transformer ou construire.
ET
· les quais de réparation et d’armement destinés à ces mêmes navires.
Dans sa nouvelle configuration, l’ANP a arrêté les infrastructures suivantes :
Dans une première phase (marché en cours de signature),
· une cale sèche de 240 m
· Un portique à sangles de 450t
· 340 ml de quais de réparation
Dans une deuxième phase,
· un élévateur à bateaux d’une capacité de 5000 t (navires jusqu’à 140m)
· éventuellement 240ml de quais de réparation.
Or dans cette configuration, la cale sèche (phase 1) et l’élévateur à bateaux (phase 2) se situent dans le prolongement des quais de réparation qui deviennent alors voie d’accès pour la cale sèche ou l’élévateur.
Ce schéma d’implantation induit qu’aucun mouvement d’entrée ou de sortie des navires ne sera possible sans avoir au préalable libéré les quais qui accueillent la majeure partie du temps plusieurs embarcations auxquelles sont affectées des équipes dédiées et qui sont raccordées à un certain nombre d’appareillages et de câblages pour effectuer les réparations requises.
Ainsi, dans le cas où un navire doit accéder à la cale sèche ou en sortir, cela induit :
· Le débranchement de l’ensemble de ces appareillages pour tous les bateaux en cours de réparation sur les quais ;
·La mise au chômage technique pour le temps d’indisponibilité des bateaux (sortie de la zone pour libérer le passage et retour) des équipes affectées.
Or les navires en réparation amarrés aux quais étant donc pas déplaçables ou difficilement déplaçables au regard de ce qui précède, ces quais de réparation deviennent alors inexploitables. Il est avéré qu’un chantier naval sans quais de réparation ou d’armement ne peut pas être viable de même que dans un environnement où le délai de réparation et d’immobilisation des bateaux est un facteur clé de la compétitivité, les bateaux en réparation subiront automatiquement les délais requis pour évacuer la voie d’accès et le surcoût lié à l’immobilisation de la main d’œuvre.
>Le chantier naval, gisement d’emplois
Selon une étude de l’OCDE, les chantiers de réparation navale sont par nature, une activité de main-d’œuvre qui ne se prête pas à l’automatisation. C’est là un avantage immédiat pour les économies en développement qui disposent d’une main-d’œuvre abondante à faible coût.
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