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Avortement. Le débat national est lancé

Le département de Louardi a donné, ce mercredi, le coup d'envoi du débat national sur l'avortement médicalement assisté. Faut-il dépénaliser? Sous quelles conditions? Médias 24 vous livre les différentes positions exprimées lors de cette rencontre.

Avortement. Le débat national est lancé
Amine Belghazi
Le 11 mars 2015 à 17h11 | Modifié 11 mars 2015 à 17h11

Si le ministre de la Santé, le Pr Louardi a exprimé sa volonté de dépénaliser le recours à l'avortement dans le cas d'une grossesse provoquée par un viol, un rapport incestueux ou lorsque la mère est célibataire, comme mentionné dans son allocution d'ouverture du débat, d'autres départements ministériels adoptent une approche plus restrictive. 

Le ministère de la Santé se base, essentiellement, sur les orientations de la constitution marocaine qui garantit à la fois le droit à la vie, tout en consacrant le droit à l'accès aux soins.

Le maintien de l'interdiction de l'avortement, et les lourdes peines qui le sanctionnent (1 à 5 ans de prison) conduit de nombreuses femmes sujettes à une grossesse non désirée de recourir à des pratiques qui mettent leurs vies en danger.

Des méthodes archaïques qui vont, selon les propos du ministre de la Santé, de "l'utilisation d'objets tranchants non stérilisés, aux herbes toxiques, jusqu'aux médicaments non appropriés, ce qui aboutit à des complications telles que l'infection, l'hémorragie sévère ou l'insuffisance respiratoire ou hépatique, entraînant le décès de la personnes dans d'atroces douleurs."

Il est important de noter qu'à ce stade, 65% des pays ont levé toutes les limites par rapport à l'avortement. Parmi ces pays, figurent un nombre important de pays musulmans dont la Tunisie, la Turquie, le Kazakhstan ou encore l'Azerbaïdjan. Et la seule différence entre les législations des pays concerne le nombre de semaines où l'avortement est toléré.

Au Maroc, l'avortement n'est toléré que dans le cas où la grossesse entraîne des risques réels sur la santé ou la vie de la mère. Et à Louardi de faire une lecture plus large de la notion de santé maternelle, en y intégrant la santé physique et morale.

Mais pour l'heure, et devant une absence de cadre légal qui permet de recourir à la pratique de l'avortement assisté, le ministère développe trois axes d'intervention, basés sur le renforcement de la prévention des grossesses non désirées, d'une part, et la facilitation de l'accès des femmes victimes d'avortement clandestin aux prestations de santé reproductive, sans craintes e poursuites, et finalement, la discussion du cadre légal et réglementaire en vue de le réviser.

Présente également aux travaux du débat, la militante et présidente de l'association Solidarité féminine, Aicha Ech-Chenna a longtemps travaillé sur la problématique des femmes célibataires. Elle a livré un avis sans détour: "il est temps pour la société marocaine d'accepter l'ensemble des libertés, dont la liberté sexuelle, pour sortir les femmes célibataires de la stigmatisation. C'est cette condamnation de la société qui pousse de nombreuses femmes enceintes à recourir à l'avortement clandestin, ou à abandonner leurs enfants. Aujourd'hui, 24 enfants sont abandonnés par jour, et 13,4% des enfants sont conçus hors mariage."

Cependant, même si le droit à l'avortement médicalement assisté doit être garanti, Aicha Ech-Chenna préconise de n'y avoir recours qu'après avoir réalisé un diagnostic psychologique complet de la candidate à l'avortement.

Le secrétaire général du CNDH, Mohamed Sebbar, préconise de protéger les femmes contre les règles traditionnelles rétrogrades, en ajoutant que "l'interdiction de l'avortement ne peut absolument pas réduire le nombre de cas, en revanche, elle ne fera qu'augmenter les dangers sur la santé des mères," a-t-il déclaré, avant d'ajouter: "quotidiennement, ce sont entre 600 et 1.000 avortement qui sont pratiqués clandestinement au Maroc."

La représentante du ministère de la Justice relevant de la direction des affaires pénales et de la grâce, Amina Oufroukhi expose une vision plus restrictive, et une approche judiciaire à la question.

Car, si elle place la question de la dépénalisation de l'avortement entre le droit à la santé reproductive d'une part et le droit à la vie, elle penche avantageusement en faveur du foetus. D'ailleurs, elle n'hésite pas à empiéter sur le champ religieux pour donner du crédit à sa thèse: "au niveau de la loi musulmane, l'orientation est sans équivoque, elle est pour la protection du droit à la vie, et contre l'atteinte à la vie" et d'ajouter, sur un autre registre: "c'est également le cas des traités internationaux qui garantissent le droit de vie aux individus."

Une position proche de celle défendue par le président du conseil des Oulémas d'Oujda, Mustapha Benhamza. Ce dernier donne une explication du verset coranique "(les femmes) Qui n'invoquent pas d'autre dieu avec Allah et ne tuent pas la vie qu'Allah a rendue sacrée, sauf à bon droit; qui ne commettent pas de fornication - car quiconque fait cela encourra une punition" (sourate 25, verset 68). Ici, selon M. Benhamza, tuer est employé dans le sens d'avorter. Il est donc, pour lui, interdit religieusement de mettre fin à une grossesse. 

Toutefois,  le Alim ajoute qu'il faudrait définir avec précision certaines notions: "Que désigne-t-on par malformation?  jusqu'où s'étend-elle?" se demande-t-il.

Selon le alem, la question de savoir à quel âge l'âme est insufflée dans l'enfant est secondaire. "Tant qu'il y a la vie, tant que le foetus est un ensemble de cellules vivantes dans le ventre de sa mère, il est interdit pour nous d'y mettre fin. Mais, dans le cas où on apprend que les cellules ne sont plus vivantes, il devient possible de l'extraire," estime M. Benhamza.

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Amine Belghazi
Le 11 mars 2015 à 17h11

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