A Marrakech, l’OMC en quête d’un nouveau souffle
Alors que le multilatéralisme commercial est en perte de vitesse, l’Organisation mondiale du commerce revient à la ville qui l’a vue naître, à l’épreuve d’un renouveau.
L'Organisation mondiale du commerce (OMC) souffle son 20e anniversaire à Marrakech dans un contexte où planent beaucoup d'incertitudes.
Le multilatéralisme, au cœur de l’activité de l’OMC, est au plus mal. A la complexité des processus de décisions s’ajoute le régionalisme économique en plein essor qui a pour effet de miner encore plus le système commercial multilatéral, à l’origine conçu par les États-Unis comme un mécanisme au service de leur politique étrangère.
A l’approche de sa dixième conférence ministérielle qui aura lieu en décembre 2015 au Kenya, l'organisation, qui a son siège à Genève, a choisi la ville ocre pour faire campagne auprès du gotha africain et ainsi ranimer le cycle de Doha, dans l’impasse après une douzaine d’années de négociations infructueuses.
"L’Afrique n’a pas besoin d’assistance"
Cette conférence des ministres africains du commerce s’est ouverte ce mardi avec un discours du Chef du gouvernement marocain. Abdelilah Benkirane a laissé entendre que l’OMC n’a pas aidé les pays pauvres à se développer économiquement. «L’OMC devrait œuvrer pour un système multilatéral plus juste et aider les petites économies à intégrer l’économie mondiale (…), l’Afrique n’a pas besoin d’assistance, elle a besoin d’accompagnement. Elle doit être maitresse de son destin. Nous devons faire du multilatéralisme un système plus équitable», a-t-il souligné.
L’OMC fait campagne auprès de ses membres africains
«L’OMC compte 161 membres, soit 98 % du commerce mondial. Les économies mondiales sont aujourd’hui interconnectées. On ne peut pas imaginer le monde sans l’OMC», s’est enorgueilli Roberto Azevêdo, à la tête de l’institution depuis 2013.
Mais il a aussi reconnu que l’établissement qu’il dirige est dans l’impasse. Il faut dire que sous la direction de son prédécesseur, le Français Pascal Lamy, jamais un accord n'a pu être conclu. Trois mois après la nomination de Roberto Azevêdo à la tête de l’OMC, un accord a toutefois été signé lors de la conférence ministérielle de l’OMC, tenue en décembre 2013 à Bali, grâce à des compromis de dernière minute.
Cet accord portant sur la facilitation des échanges commerciaux avait été négocié pendant une douzaine d’années, avant que les États-membres ne s'entendent sur un texte final. Mais cet accord a minima est très loin des ambitions de l'OMC, à savoir une abolition globale des barrières douanières. Qui plus est, sur les 160 pays membres signataires, seuls quatre ont ratifié l’accord.
A l’approche de la 10e conférence ministérielle de l’OMC, qui aura lieu du 15 au 18 décembre 2015 à Nairobi, le directeur de l’OMC est clairement en campagne. A trois reprises, il a appelé les parlementaires des pays africains membres à ratifier l’accord sur la facilitation des échanges commerciaux pour ainsi «faire avancer des négociations bloquées depuis plusieurs années».
Il a aussi rappelé que d’ici à fin juillet, les pays membres doivent s'entendre sur un calendrier complet de négociations. D’ailleurs, en ce moment même se tient une conférence à huis clos entre le directeur de l’OMC et une vingtaine de ministres africains du commerce. Objectif: les convaincre de ratifier l’accord sur la facilitation des échanges commerciaux qu’il qualifie d’«accord pour l’Afrique».
Le multilatéralisme dans l’impasse
Le multilatéralisme incarné par l’OMC depuis 20 ans est aujourd’hui menacé de «court-circuitage» par un projet d'accord de libre-échange entre l'Union européenne et les Etats-Unis, en négociation depuis juillet 2013. Mais aussi par l'Accord sur le commerce des services, un projet de traité actuellement négocié par 23 parties membres de l’OMC, dont l'Union européenne, la Suisse et le Canada.
C’est donc au Kenya, pays récemment frappé par des attentats terroristes sanglants, que se tiendra la prochaine conférence ministérielle de l'OMC. Un échec lors des négociations pourrait sonner le glas du cycle de Doha.
Mais l’organisation ne s'emploie pas seulement à libéraliser le commerce. C'est aussi un lieu où se règlent les différends commerciaux entre les pays membres. En 20 ans, 500 conflits ont été résolus sous l'égide de l'OMC. Et c’est sûrement là le point fort de l’organisation multilatérale.
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