Le Maroc et la France veulent réorienter leur coopération économique
Mohamed Boussaid et Michel Sapin se mobilisent pour les PME, le climat et le développement de l’Afrique.
« Le sourire n’a jamais disparu, (…), il n’y a pas que les chiffres qui comptent, l’amour aussi. » Voici quelques unes des belles paroles qu’on a pu entendre à l’occasion de la rencontre entre les deux ministres des Finances marocain et français lundi 13 avril à Rabat.
Après les deux Chefs de gouvernement français et marocain, c’est donc au tour des ministres des Finances de signaler que les relations franco-marocaines n’ont jamais été aussi fortes qu’à présent.
L’année de « parenthèse » semble être passée, et pour aller de l’avant, les ministres ont discuté d’une « réorientation » de la coopération.
Cette stratégie commune concerne l’appui aux PME, le financement de la lutte contre le réchauffement climatique et la coopération en Afrique, avec au coeur des préoccupations, l’emploi et l’équilibre financier.
A l’occasion de cette rencontre, deux conventions qui se rapportent aux garanties financières au profit des PME, ont été signées.
Le développement de la PME, axe prioritaire de la coopération
L’appui aux PME constitue le premier axe de la réorientation de la stratégie financière franco-marocaine.
Les ministres des Finances reconnaissent le rôle des PME qui sont créatrices de valeur et qui contribuent à l’ouverture commerciale. Pour ces deux pays, l’appui aux PME constitue ainsi une richesse en termes « d’emplois, d’activités de bien-être supplémentaires » a rappelé le ministre français des Finances.
La première met à disposition une ligne de garantie au sein du fonds de garantie français d’un montant de 26 M d’euros aux PME marocaines pour les projets d’acquisition de matériel français. La seconde vise le transfert de sommes disponibles allouées par la partie française au sein du fonds de garantie de la restructuration financière vers le fonds de garantie PME pour un montant de 18 M d’euros.
Ces deux conventions ont pour ambition de stimuler les flux d’affaire entre les PME des deux pays et de permettre à plus de PME d’accéder à des financements. Elles seront complétées lors de la réunion de haut niveau à Paris le 28 mai par la signature d’un protocole financier pour une ligne de crédit en faveur des PME d’un montant de 25 M d’euros.
Coopération et complémentarité en Afrique
Le deuxième aspect du renforcement et de la réorientation des relations franco-marocaines concerne l’Afrique. Les deux ministres reconnaissent la complémentarité de leurs relations d’affaire en Afrique, et souhaitent les mettre aux services du développement du continent et participer aux opportunités de croissance. Le ministre français a parlé d’une coopération « d’une toute autre nature qu’auparavant ».
Si la présence française et marocaine en Afrique de l’Ouest sont en concurrence sur le marché bancaire notamment, Michel Sapin a rappelé qu’il était bon de maintenir un peu de compétition pour tirer le meilleur de chacun.
Lutter contre le réchauffement climatique
Le troisième axe de discussion des deux ministres a concerné l’environnement et la lutte contre le réchauffement climatique. Le ministre français était présent au Maroc également pour préparer la COP21 - la conférence des Nations Unies sur le climat - qui se tiendra à Paris en fin d’année.
Michel Sapin a affirmé qu’il fallait être très précis sur la question du financement dans la lutte contre le réchauffement planétaire, sans pour autant apporter d’éléments de précision sur les aspects de ce financement.
Les deux ministres ont également discuté des pistes ouvertes par la nouvelle économie verte, également créatrice de valeurs et d’emplois.
La France garde son rang de premier partenaire commercial
La France reste le premier partenaire commercial et financier du Maroc Les relations tumultueuses entre les deux pays sur les volets politique et judiciaire semblent à peine avoir égratigné la position française de partenaire commercial numéro 1.
La France est restée le 1er partenaire commercial du Maroc, ex-aequo avec l’Espagne en 2014. Les échanges commerciaux ont totalisé un volume de 92 MMDH, 51 MM à l’import et 41 MM à l’export. Sur la période 2009-2013, les IDE françaises ont atteint un volume annuel moyen de 15 MMDH soit 43% des IDE reçues par le Maroc.
Le financement français des projets dits structurants au Maroc atteste de la relation privilégiée qu’entretiennent les deux pays. Le Maroc reste le premier bénéficiaire des financements de l’Agence française de développement (AFD), avec une exposition (encours+reste à verser) de 2,4 MM d’euros. Une partie majeure de ces financements concerne le prêt accordé à l’ONCF pour le financement de la LGV entre Kénitra et Tanger.
Quel impact sur la relation économique ?
Quel est l’impact économique de la « parenthèse» entre les deux pays? Michel Sapin n’a pas nié qu’il y’ait pu y avoir des conséquences économiques négatives de la suspension des relations judiciaires, sans établir dans quelles proportions. La brouille a contribué notamment à repousser des discussions sur la coopération future. M. Boussaid a quant à lui souligné que la reprise des affaires s’est opéré en très peu de temps.
En réalité, les canaux diplomatiques ont été maintenus au cours de cette période, ont répété les deux ministres, en prenant pour exemple certains dossiers, la contribution libératoire et la lutte contre le financement du terrorisme. La proximité entre la France et le Maroc est grande, et la communauté marocaine en France représentent la plus grande diaspora marocaine à l’étranger. La France est ainsi de loin le premier pays d’origine des fonds déclarés au cours de la campagne d’amnistie des changes a révélé M. Boussaid.
L’Office des changes marocain agi en collaboration avec les banques françaises, en exigeant que les sommes transférées proviennent des banques étrangères, pour garantir l’origine des fonds. Les deux pays oeuvrent pour un échange systématique d’informations dans la lutte contre la fraude fiscale et plus particulièrement contre le financement du terrorisme. Les deux pays, qui font tous les deux faces à un important déficit budgétaire, partagent des intérêts communs à la fois sur le volet financier et sécuritaire.
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