Choubani remet sous les projecteurs la persistance de la polygamie au Maroc
Alors qu’elle était en train de disparaître à bas bruit dans les limbes de l’évolution sociale, la polygamie est de retour par la grande porte, celle de deux ministres. Nous sommes bien au Maroc, en 2015. Qui l’eût cru?
Si l’on veut prendre les choses sur le ton de la dérision, nous dirions qu’il s’agit d’une comédie en trois actes.
Acte I, en avril 2014, le ministre Habib Choubani expulse avec une grande violence verbale, une journaliste de l’enceinte du parlement, pour tenue “non décente“.
Acte II, début avril 2015. Hamid Chabat s’en prend à Habib Choubani, amoureux de sa collègue ministre Soumia Benkhaldoun et condamne cette idylle discrète. De nombreuses voix s’élèvent pour soutenir Choubani au nom du respect de la vie privée.
Acte III : Habib Choubani se fait accompagner de sa première épouse pour aller demander la main de Soumia Benkhaldoun. Polygamie assumée, humiliation de la première épouse, la frontière de la vie privée semble dépassée. Choubani remet sous les projecteurs une réalité oubliée, la polygamie, ce qui suscite une image négative du Maroc. Il est venu nous rappeler que la Moudawana de 2003 a rendu la polygamie très difficile mais ne l’a pas interdite et que cette pratique, sous certaines conditions, est légale.
Une affaire reprise à l’étranger
Au lendemain de la révélation de cette info par le journal Akhbar Al Yaoum, le site Tuniscope a titré «Un ministre marocain se fait accompagner par sa femme actuelle pour demander la main de la ministre de l’enseignement supérieur». Al Arabiya a fait de même «un ministre se fait accompagner par sa femme pour épouser une ministre au Maroc». Ces supports n’ont pas manqué de revenir sur l’affaire depuis l’attaque de Hamid Chabat, exposant ainsi un côté peu glorieux de la vie politique marocaine.
Ces médias qui ont repris l’affaire n’ont pas manqué de pointer du doigt la polygamie ou l’humiliation de la première épouse. La polygamie est une pratique qui a été présentée comme normale, banalisée par le fait même que la femme du ministre l’accompagne dans cette démarche.
Depuis le début des années 2000, le taux des mariages polygames n’à cessé de diminuer au Maroc. Il est passé d’environ 0,8% au début des années 2000 à 0,3% en 2012, de l’ensemble des mariages enregistrés, selon les derniers chiffres du HCP présenté en octobre 2013.
Même s’il semble en voie de disparition au Maroc, il n’est pas si rare dans les rangs du PJD.
Une pratique banalisée et normalisée
En plus de Choubani qui s’apprête à le devenir, on compte plusieurs polygames au sein du gouvernement mais aussi au sein des députés du PJD.
Yasmina Badou a exprimé à goud.ma son opposition au fait que Soumia Benkhaldoun accepte la polygamie. Pour elle, «c’est une honte pour la femme marocaine». Pour ancrer sa réponse dans un référentiel religieux, l’ancienne ministre de la santé a fait appel à Allal El Fassi qui a souligné selon elle, qu’«afin de sauver la société et respecter la femme et défendre l’islam, il faut interdire la polygamie».
Mais il y a un autre point relatif à la loi. Latifa Bouhsini, une féministe de renom, nous confie: «tant que la loi permet la polygamie, personne n’a le droit de reprocher à un ministre ou à un simple Marocain le fait de jouir d’un droit que lui reconnaît la loi». Elle juge les concernés «cohérents et conséquents avec eux-mêmes».
Mais si elle a des reproches à faire, elle les adresse à la ministre «qu’il faut interroger sur son absence d’empathie envers la première épouse qui se sentira, quoi qu’on en dise, offensée».
Une position qui oblige Soumia Benkhaldoun «à accepter le principe que son nouvel époux voudra jouir une troisième fois, une quatrième fois de ce droit. Ce principe doit être assimilé, accepté, voire revendiqué par la ministre concernée qui est par ailleurs la présidente de la commission de la parité en sein du PJD».
Elle regrette que Soumia Benkhaldoun «bénéficie amplement des acquis du combat pour l’égalité hommes femmes dans la vie politique. C’est ce qui lui a d’ailleurs permis d’occuper des postes politiques» et de «vider le principe de l’égalité de sa substance et de le réduire à la dimension quantitative ».
Au final, la démarche du ministre n’est pas anodine. Parce qu’il est Marocain, et qu’il a exercé un droit, il vient nous rappeler que la polygamie, quoiqu’encadrée, reste légale.
Parce qu’il est ministre, sa démarche banalise la polygamie et la “vend“. Elle a un caractère “normatif“, une dimension de normativité sociale qui tranche totalement avec l’évolution récente du Maroc. La Moudawana de 2003 a ringardisé la polygamie. Elle a jeté la désapprobation sociale et officielle dessus. Choubani la réhabilite.
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