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ECONOMIE

Plan Maroc Vert: un bilan d’étape sous le signe de l’optimisme

Avec une valeur ajoutée de l’agriculture qui a augmenté de 50% depuis 2008, le secteur agricole marocain progresse vite et devient un exemple à suivre pour le reste de l’Afrique.

Plan Maroc Vert: un bilan d’étape sous le signe de l’optimisme
Ariane Salem
Le 27 avril 2015 à 21h40 | Modifié 11 avril 2021 à 2h37

C’est avec beaucoup de chiffres qu’Aziz Akhannouch a ouvert les 8e Assises de l’agriculture de Meknès lundi 27 avril. Pour présenter le succès du Plan Maroc Vert (PMV), sept ans après son lancement, les indicateurs sont parlants: 50% de croissance de la valeur ajoutée agricole depuis 2008, croissance des exportations agricoles de 34%, gains de part de marché sur certains produits.

Le PMV doit maintenir son cap jusqu’en 2020. Le tour d’horizon de l’agriculture marocaine façon Akhannouch fait son effet.

Le président sénégalais Macky Sall, invité d’honneur de la cérémonie le concède, impressionné, que la présentation du ministre de l’Agriculture et la vidéo de présentation « ont tout dit, il n’y a rien à ajouter ».

Pourtant, il reste de nombreuses choses à dire sur la transition agricole à l’oeuvre en Afrique et les intervenants de la table ronde «l’agriculture de demain » en formulent certains défis. Pour répondre au double objectif de la sécurité alimentaire et de la préservation des ressources, l’agriculture inclusive et responsable doit être au centre du dispositif.

Le revenu des agriculteurs en hausse de 48% depuis 2008

5 ans avant l’échéance du plan, on peut dire que le bilan d’étape conforte la vision posée par le PMV.

La valeur ajoutée agricole a augmenté de 70 MMDH en 2008 à 105 MMDH en 2014 soit une croissance de 50% entre 2008 et 2014. La valeur ajoutée agricole progresse plus rapidement que celle du reste de l’économie, avec une croissance annuelle moyenne de 7,6% pour la VA agricole, contre 4,4% pour le reste de l’économie. Ces résultats signifient aussi que le revenu/tête a progressé de 48% dans le monde rural depuis 2008.

Fort de ces indicateurs de confiance, il y a tout lieu de prévoir que l’objectif de doublement de la valeur ajoutée agricole sera atteint en 2020.

Le début de l’année 2015 pose les jalons d’un optimisme retrouvé: après une contraction du PIB agricole en 2014, il progresse au 1er trimestre 2015 avec une hausse de 12,3%. La campagne céréalière devrait être abondante en 2015, avec une prévision de récolte de 110 millions de quintaux, contre 70 millions de quintaux prévus par la Loi de Finances 2015, un record dans la chronique céréalière du Royaume.

Les indicateurs extérieurs sont également favorables à la réalisation des objectifs du PMV. Les exportations agro-alimentaires ont augmenté de 34% depuis 2008. D’ici 2020, ces exportations doivent doubler par rapport au niveau de 2008.

Deuxième signe que le rythme des exportations est soutenu: au 1er trimestre 2015, les indicateurs préliminaires des échanges extérieurs indiquent une balance excédentaire sur le secteur agricole et agroalimentaire de 1,2 MMDH.

Ce décollage de la croissance et des exportations a été permis par une intensification des investissements dans l’économie agricole, en progression de 170% entre 2008 et 2014, et cela particulièrement en amont. La part des investissements destinés à l’amont de filière a permis de renforcer les systèmes de production contre l’aléa climatique. La rentabilité des plantations en surface irriguée a ainsi augmenté de 3.500 DH/ha. Ces plantations à forte valeur ajoutée ont augmenté de 37%.

La stratégie du PMV a ainsi hissé le royaume au rang de 3e exportateur agro-alimentaire de la région Mena et 4e exportateur du continent africain. Le Maroc est 1er exportateur de câpres, d’haricots verts et d’huile d’argan, 3e exportateur de conserves d’olives et 4e exportateur de tomates et clémentines. Pour le ministre de l’Agriculture, le virage de l’export vers les produits à haute valeur ajoutée, avec notamment l’agrume, est réussi. C’est oublier que les exportations d’oranges ont pris le virage inverse.

Le PMV connait aussi des réussites sur son deuxième pilier, consacré à une agriculture inclusive et solidaire. Ce sont 500.000 personnes qui ont bénéficié des accompagnements et des aides mis en oeuvre dans le cadre du 2e pilier. Les conditions alimentaires en milieu rural ont connu une progression nette. La part de la population souffrant de la faim a reculé de 4 points depuis 1990, et est en voie de disparaître puisqu’elle ne représente plus que 0,5%. La malnutrition demeure néanmoins une réalité qui touche un Marocain sur 20.

Maintien du cap jusqu’à 2020

Accélération et pérennisation seront les maîtres mots des 5 années qui nous séparent de l’échéance du PMV.

Les objectifs du plan sont maintenus et seront articulés autour de 5 critères fondamentaux:

- La performance,

- Une agriculture humaine et inclusive,

- La compétitivité internationale,

- Une agriculture durable et protectrice de l’environnement,

- Et la mise en place d’une agriculture garante d’une plus grande disponibilité alimentaire des produits de qualité.

Sur le 1er pilier, cette stratégie est déployée en multipliant par 2 à l’horizon 2020 les investissements destinés à l’aval. De grands chantiers sur la réforme des marchés sont en cours annonce M. Akhannouch.

Pour répondre aux défis de la commercialisation, il faut ouvrir les filières de distribution de gros au secteur privé, et lever le monopole des communautés locales.

Par ailleurs, la rationalisation du périmètre irriguée doit être poursuivie et atteindre une rentabilité de plus de 4.000 DH/hectare.

Le ministre a insisté sur l’extension du périmètre irrigable: des zones excédentaires existent et peuvent alimenter les zones déficitaires. De plus, tout le périmètre irrigable n’est pas installé en irrigation, faisant sans doute référence aux terres collectives.

Sur le 2e pilier, le ministère de l’Agriculture prévoit un doublement des revenus des projets initiés dans le cadre de l’agriculture solidaire et la création de 10.000 nouvelles coopératives agricoles.

De nombreux défis attendent la transition agricole africaine

Et ce sont les intervenants étrangers, sénégalais, et tchadiens, qui les rappellent.

Au coeur du défi: l’articulation de la problématique sécurité alimentaire et préservation des ressources rares annonce Macky Sall en discours d’inauguration.

Pour le président sénégalais, le modèle marocain a réussi cette synthèse et demeure exemplaire pour le reste de l’Afrique.

Pour les divers intervenants politiques africains, le développement du continent ne se fera pas sans sécurité alimentaire et doit passer par une consolidation du pilier agricole. La ministre de l’Agriculture tchadienne le dit en proverbe: « Un sac vide ne peut se tenir debout; et un ventre vide n’a pas d’oreille ».

Si l’agriculture occupe 65% de la population africaine, elle ne suffit pas à nourrir ses habitants. C’est également le cas du Maroc - où un peu moins de 40% de la population active est occupée à l’agriculture - qui dépend toujours des échanges extérieurs pour ses besoins vivriers.

Révolution mentale pour l’agriculture africaine

Le défi de la transition agricole en Afrique doit avant tout passer par un changement radical de mentalités, énonce le président sénégalais, invité d’honneur du salon. « L’agriculture souffre de préjugés préjudiciables et est traité comme une affaire de pauvres ». Pourtant « de la fourche à la fourchette, l’agriculture est source de richesses, créatrice d’emploi, nourrit le producteur et le consommateur, et contribue à la croissance nationale ».

La ministre tchadienne de l’agriculture Rosine Amane Baïwong Djibergui surenchérit: la filière agricole ne doit pas être choisie par défaut. Plus de ressources humaines doivent être employées et formées pour répondre aux défis agricoles futurs.

La coopération Sud-Sud doit occuper une place centrale dans la transition agricole africaine, particulièrement sur la recherche scientifique et technique. « Pour absorber les nouvelles techniques, améliorer la qualité des produits, rentabiliser les ressources notamment hydrauliques, et rationaliser la production dans le temps et l’espace », énumère le ministre de l’Agriculture sénégalais Papa Abdoulaye Seck.

Le développement basé sur l’agriculture familiale

Mais la coopération Sud-Sud ne répond pas seule à tous les défis du continent, ceux d’une agriculture inclusive, rentable et soucieuse de préserver les équilibres environnementaux.

La ministre de l’Agriculture tchadienne a mieux que tous dit les mots qui caractérisent la transition agricole africaine.

L’agriculture du futur, si nous la voulons inclusive et durable, doit se faire autour de l’agriculture familiale. « Ce sont ces exploitations agricoles qui sont le plus à même de dégager des excédents» si elles bénéficient d’une bonne écoute du gouvernement. Ces agricultures familiales doivent devenir de véritables entreprises, pour passer du stade de l’auto-consommation à la production et la valorisation d’excédents.

Cela passe notamment par la réforme foncière. « Dans certains pays, la terre est réservée aux hommes. Même ministre, je n’ai pas accès à la terre natale dans mon village. Nous devons briser ces tabous, pour permettre à ces groupes vulnérables d’avoir accès à la terre. Les bonnes semences et produits phyto-sanitaires viendront après. »

La question de la biodiversité doit également être adressée. Si nous permettons le développement d’OGM, comment assurer la pérennité des terres et la qualité des produits que nous consommons? Quant à l’eau, si l’agriculture demeure dépendante de la pluie, comment pouvons-nous nous projeter sur l’agriculture du futur? La part des terres irriguées doit évidemment progresser sans pour autant créer une agriculture à double vitesse, où l’agriculture familiale demeure exclue des grands chantiers.

 

 

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Ariane Salem
Le 27 avril 2015 à 21h40

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