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Fifa. D’où vient l’argent? Où va-t-il?

De 2011 à 2014, la Fifa a engrangé pas moins de 5,71 MM$, provenant essentiellement des droits de retransmission. Fédérations et événements sportifs sont les principaux bénéficiaires de la manne de la Fifa.

Fifa. D’où vient l’argent? Où va-t-il?
Jamal Amiar
Le 2 juin 2015 à 17h02 | Modifié 11 avril 2021 à 2h37

De 2011 au Mondial du Brésil 2014, la Fifa a engrangé 5,71 MM$ de revenus et en a dépensé 5,38 dont plus de 4,8 MM$ grâce au seul Mondial 2014. Ces chiffres figurent dans le rapport d’activité présenté à Zürich le 29 mai dernier.

Les recettes de la Fédération internationale de football association Fifa, proviennent largement des droits télévisés, 4,826 MM$ au total. Cette somme inclut les seuls droits de télévision pour le mondial du Brésil. Elle aide à comprendre l’importance et les enjeux qui entourent le choix d’un pays hôte pour le mondial.

Coupe du monde 2014: 4,82 MM$ pour la Fifa

Les autres événements comme les mondialitos du Maroc de 2013 et 2014 ou la copa America ont rapporté 311 M$ à la Fifa sur la même période. Les autres sources de revenus ont rapporté 581 M$.

Pour les dépenses, le mondial du Brésil a absorbé 2,31MM$ sur un total de 5,38 MM$ de décaissements.  La seule coupe du monde du Brésil a contribué aux recettes pour 4,8 MM$ dont 2,4 MM$ de droits TV et 1,6 MM$ de sponsoring et droits de marketing. Six sponsors principaux ont chacun payé 30 M$ par an pendant quatre ans. La billetterie du mondial 2014 a rapporté 517 M$.

Les dépenses  se sont montées à 2,2 MM$  soit un bénéfice net de 2,6 MM$ pour la Fifa.  Sur les droits de télévision, la Fifa récupère plus de la moitié des recettes.

Ensuite les fédérations et confédérations ont touché 598 M$ en quatre ans. Il faut savoir que la Fifa verse 250.000 $ à chacune des 209 fédérations membres chaque année, quelque soit la taille du pays ou le nombre de licenciés dans le pays.

Pour d’autres évènements, la Fifa a déboursé 505 M$. Les programmes de la Fifa, construire un stade ici, organiser un stage d’entraîneurs là ou un centre d’entraînement ont coûté 454 M$ entre 2011 et 2014. Là aussi, peu importe la taille de la fédération ou du pays et ceci explique l’attachement des fédérations africains asiatiques ou centro-américaines à Blatter et à son système.

Ainsi, les Iles Caymans, qui comptent 58.000 habitants, mais dont le président de la fédération Jeff Webb est aussi vice-président de la Fifa, ont reçu plus de 2,2 M$ depuis 2002 pour construire deux stades. Un seul est actuellement en chantier révèle une enquête du New York Times publiée lundi 1er juin.

M. Webb est inculpé par la justice américaine.

Côté dépenses toujours, de 2011 à 2014, 397 M$ ont été dépensés pour les salaires et les retraites et 131 M$ pour les congrès et les séminaires. Ainsi, après Zürich la semaine dernière, deux grandes réunions sont prévues en 2015 au Mexique et en Malaisie.

La Fifa compte 222 membres dont 209 membres avec droit de vote répartis en six confédérations, UEFA (Europe), CAF (Afrique), Concacaf (Am. du nord, Am. centrale et Caraïbes, Conmebol (Am. latine), AFC (Asie) et OFC (Océanie). L’UEFA compte 54 membres, la CAF 56, la Concacaf 41, la Conmebol 10, l’AFC 47 et l’OFC 14.

La Fifa dispose de 1,5 MM$ de réserves au 31 décembre 2014

Avec ces chiffres de la période 2011-2014, les réserves de la Fifa ont atteint les 1,5 M$ à fin 2014. Ce chiffre était de 300 M$ en 2005 et de 1 MM$ en 2009.

Ce n’est pas sans raison que les critiques du système Blatter tentent de mobiliser les sponsors et de provoquer un boycott des mondiaux de 2018 et 2022. Bruxelles a lancé une enquête sur les accusations de corruption concernant le mondial 2018 de Russie.

 La presse anglaise et la fédération de football à Londres, les Danois ou encore le mouvement New Fifa Now sont dans cette stratégie de boycott. Certains membres de l’UEFA pensent de même. Une réunion du comité exécutif sous la présidence de Michel Platini est prévue ce samedi 6 juin à Berlin en marge du match FC Barcelone-Juventus de Turin.

Néanmoins, plusieurs experts de l’économie du sport pensent qu’il sera difficile aux sponsors de rester éloignés de la coupe du monde et autres événements similaires. « Blatter a réussi à ramener les masses et les consommateurs vers les stades, lieux qui cristallisent la passion » souligne un membre de la Fifa.

Sean Meehan de l’IMD Business School de Lausanne avertit : « Attendez-vous à ce que les sponsors fassent du bruit et demandent des réformes, mais ne vous attendez pas à ce qu’ils abandonnent des sports qui les servent si bien », parlant du foot et des jeux Olympiques.

De fait, que représentent 30 M$ de dépenses de sponsoring par an pendant quatre ans pour Visa, Nike, Hyundaï ou Coca Cola ? Peu d’argent et beaucoup de visibilité.

Villes et Etats d’endettent pour la gloire

Politiquement, le foot séduit. «Hormis la guerre, rien n’excite plus les esprits politiques que les rivalités sportives entre nations » note Simon Jenkins du Guardian de Londres. « Les pays, les villes, dictatures ou démocraties s’endettent pour un mois de gloire. Au final, la Fifa ou le CIO rentrent à Zürich et à Lausanne, les dettes restent à Montréal, Sydney, Athènes, Pékin ou Londres. Ceux qui viendront après emprunteront pour rembourser et vite se mettront à songer à peaufiner un nouveau dossier de candidature », souligne Andrew Zimbalist dans Circus Maximus, un ouvrage sur l’économie des coupes du monde et des jeux Olympiques.

Pour The Economist, le verdict est sans appel : « Just say no » titrait-il en février dernier dans un article qui faisait le bilan des JO depuis Montréal 1976. « Abriter des jeux Olympiques ou une coupe du monde est mauvais pour la santé de la cité ». Mais pas pour celle de la Fifa, du CIO ou des sponsors.

Paradis fiscaux, banques US, suisses et israéliennes

Enfin, du côté des circuits financiers utilisés par la Fifa pour ses transactions de tous ordres, ceux-ci ressemblent à un immense jeu de Monopoly planétaire. L’acte d’accusation américain révélé le 27 mai dernier cite Bank of America, Citibank ou JP Morgan. Du côté de Londres, HSBC et Barclays sont citées. L’israélienne Hapoalim aussi. En Suisse, UBS et Julius Baer sont concernés.

Toutes ces banques, américaines ou étrangères sont susceptibles de poursuites américaines pour d’éventuelles complicités dans des faits de corruption et de blanchiment.

La géographie de ces faits va de Zürich aux Bahamas, de Londres à New York, Qatar, Panama, Caïmans et Trinidad et Tobago.

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Jamal Amiar
Le 2 juin 2015 à 17h02

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