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Ramadan impacte-t-il la croissance économique? Une étude américaine répond

Une étude économétrique montre trois effets du jeûne du Ramadan: sur la croissance économique,  sur le bien-être individuel et sur les priorités en matière de travail et de religiosité.

Ramadan impacte-t-il la croissance économique? Une étude américaine répond
Ariane Salem
Le 14 juin 2015 à 17h11 | Modifié 11 avril 2021 à 2h37

La religion affecte-t-elle la croissance économique? C’est la question à laquelle ont voulu sérieusement répondre deux chercheurs de science politique, Filipe R. Campante et David Yanagizawa-Drott, en s’attachant à l’effet du Ramadan sur la croissance et le bien-être. Les deux auteurs sont chercheurs à Harvard.

Cette étude a été publiée en décembre 2013. Il s’agit de la première du genre sur les effets économiques de la religion. Elle n’a pas été médiatisée au Maroc. C’est pourquoi, en raison de la proximité du mois sacré, Médias 24 en donne lecture.

Le jeûne implique un coût matériel…

L’article scientifique «Does religion affect economic growth and hapiness, Evidence from Ramadan»  paru dans la revue NBER, tire bénéfice du fait que la période de jeûne durant le Ramadan varie de façon idiosyncratique d’un pays à l’autre et d’une année à l’autre, en fonction de la latitude et des cycles lunaires, pour évaluer l’impact marginal d’une heure de jeun sur la croissance.  L’étude peut être téléchargée sur le même site.

L’objectif de l’étude n’est pas l’islam ni le Ramadan. Mais d’apporter une contribution à l’étude de l’effet des religions en général. Le Ramadan présente un intérêt: c’est la rotation régulière de ses dates, de sorte qu’une étude sur une longue période permet de neutraliser les autres effets tels que la saisonnalité.

En prenant les données annuelles de 32 pays musulmans - définis comme ceux où plus de 75% de la population est musulmane - depuis 1950, dont le Maroc, l’enquête arrive à des conclusions très intéressantes, qui éclairent une partie de notre quotidien :

1. Il existe une corrélation négative entre la durée du jeûne et la croissance économique. La production perd 0,6 à 0,9% par rapport à ce qu’elle aurait été, pour une durée qui passerait de 12 heures à 13 heures par exemple. A titre d’exemple, l’Afrique du Nord jeûnera cette année entre 14 et 16 heures.

2.  A la fin du Ramadan, la SWB ou sentiment subjectif de bien-être (en un mot la sensation de bonheur), est indéniablement en hausse.

3. Point le plus intéressant: la baisse de la croissance de la production n’est pas due à une baisse de la productivité, mais à un changement de l’ordre des priorités. Le travail est relégué après la religiosité. Tout se passe comme si les populations faisaient un choix, celui d’une longue parenthèse de spiritualité au cours de laquelle elles se ressourcent. Une sorte de retraite généralisée avec une plus spiritualité plus profonde et plus poussée.

L’enquête montre donc qu’une durée de jeûne quotidien a un effet significativement négatif sur la croissance économique de ces pays, qu’elle soit mesurée en taux de PIB ou PIB par habitant.

Leur modèle prédit que si la durée quotidienne du jeûne augmentait de 12 heures (la moyenne actuelle) à 13 heures, cela se traduirait par une baisse de croissance de 0,7 points de pourcentage. En guise de comparaison, un autre modèle (Barro et McCleary, 2003) évaluant l’effet de la visite à l’Eglise sur l’économie prédisait un coefficient de -1,1 points de pourcentage sur le taux de croissance.

Par quel canal la pratique musulmane du jeûne affecte-t-elle la croissance? D’abord parce que la pratique religieuse requiert un arbitrage de temps et ressources, non disponibles pour la production. Deuxièmement, le régime alimentaire peut directement affecter la productivité au travail. Troisième canal, la pratique peut affecter des décisions économiques relatives à l’offre de travail, aux choix de métiers, et aux comportements d’épargne. Typiquement certains métiers ne seront pas exercés au cours du Ramadan, comme la vente d’alcool. Certaines personnes préfèrent ne pas travailler durant le Ramadan, pour ne pas que le travail interfère avec la pratique. Cette dernière situation se rencontre surtout dans le cas de travailleurs autonomes.

…mais est facteur de bien-être

Les résultats de cette étude ne sont à vrai dire pas les premiers de ce type. De nombreuses enquêtes ont tenté de manière différente de démontrer l’effet négatif des aspects contraignants du Ramadan sur les conditions de vie matérielles.
L’originalité de cette étude est qu’elle interroge les possibles bénéfices non-pécuniaires de la pratique du Ramadan, liée à la plus grande interaction sociale ou à la plus grande spiritualité qui règnent au cours de cette période.

Le même modèle prédictif est ainsi appliqué pour mesurer l’effet sur le bien-être d’une heure supplémentaire de jeûne. Le bien-être est capturé par deux variables subjectives, celles de bonheur et de satisfaction dans la vie, issues d’enquête de satisfaction. L’effet d’une heure supplémentaire de jeûne est cette fois positif sur le bien-être et augmente de 4 points de pourcentage le bonheur individuel, d’après les prédictions du modèle. 

Bonheur et croissance sont des valeurs positivement corrélées l’une à l’autre. Si l’impact global du Ramadan est négatif sur la croissance, sa pratique pourrait avoir des effets positifs, à travers l’épanouissement spirituel et les interactions sociales des pratiquants.

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Ariane Salem
Le 14 juin 2015 à 17h11

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