Tanger: l’anarchie urbanistique ne connaît pas de répit dans la médina
Alors que le chantier surélevé de la place Amrah est à l’arrêt depuis plus de deux mois, de nouvelles constructions sur les terrasses s’élèvent rue de la Plage, dans la médina de Tanger. A côté, une demeure historique de plus d’un siècle a été rasée et les riverains craignent le pire en termes de construction.
Rien ne semble arrêter l’anarchie urbanistique dans la médina de Tanger. Ni les rondes des fonctionnaires de l’arrondissement ni les visites multipartites des commissions de la wilaya, de la commune, de l’Agence urbaine et du service des monuments historiques.
Place Amrah
Alors que la commune de Tanger avait décrété l’arrêt des travaux sur un chantier de la place Amrah qui fait partie du circuit historique et touristique de la vieille ville de Tanger le 8 avril dernier, les propriétaires américains disposaient de 15 jours selon l’arrêté communal pour se mettre en règle.
La “mise en règle“ a consisté pour l’instant en la destruction d’un mur latéral surélevé sur le balcon qui lui-même est plus large que ce qui est permis. Des fenêtres non autorisées dans le plan de travaux initial ont été bouchées. L’autorisation délivrée à l’automne 2013 l’était pour travaux et rénovation et ne consistait pas en une autorisation de construire sur un terrain nu.
Les images que nous publions montrent l’état du bâtiment avant et après les travaux. Elles ne montrent pas l’élargissement à l’arrière du bâtiment de la base de l’étage supérieure.

Médias 24 a pu apprendre que fin mai, les propriétaires du chantier de la place Amrah, les citoyens américains Frank de Biasio et Eugene Meyer avait commandé au topographe Jean Thibau la mesure des hauteurs jugées excessives par la commission multipartite commune-wilaya-Agence urbaine du mois d’avril dernier. Jean Thibau est le même topographe qui avait contribué à dresser les premiers plans de rénovation du bâtiment.
Les résidents de la place Amrah, après avoir envoyé courriers et pétitions aux administrations de la ville se sont à nouveau manifestés cette semaine en envoyant un nouveau dossier complet rappelant les infractions et l’état d’un chantier qui désormais fait tâche dans le paysage.
Contactés par Médias 24, les propriétaires américains du chantier litigieux ont répondu qu’ils étaient «les invités de la ville» et «attendaient la décision des autorités pour agir».
Villa Avellina, rue de la Plage
Quelques centaines mètres plus bas de la place Amrah et de la casbah de Tanger sur la rue de la Plage, des résidents ont signalé cette fin de semaine à Médias 24 le lancement de travaux de surélévation. Ce sont les deuxièmes en deux ans. Sacs de ciment sur la terrasse et nouvelles hauteurs attestent de l’anarchie urbanistique qui règne dans le quartier.
La rue de la Plage est une voie historique qui remonte du port vers la place du Grand Socco et la Mendoubia. Elle fait face au chantier du projet de réaménagement du port de plaisance de la ville.
Si d’un côté, on élève des hauteurs, le bas de la rue de la Plage a connu il y a deux ans la destruction d’une demeure historique. Les images que nous publions attestent de la richesse architecturale et patrimoniale du bâtiment.
Désormais, l’espace dégagé par la destruction de la villa Avellina qui date du milieu des années 1800 pourrait abriter une construction en hauteur qui menacerait harmonie architecturale de l’entrée sud de la médina et bloquerait la vue des bâtiments mitoyens. Pourtant juste à côté, la Villa Mimi Calpe rachetée récemment par des hôteliers français a été restaurée dans les règles de l’art et revalorisée dans ses attributs architecturaux et patrimoniaux.
Désordre
Passer d’un état d’anarchie urbanistique à une situation de valorisation du patrimoine architectural et touristique de la ville ne semble pourtant pas quelque chose de si difficile. Un patrimoine architectural a aujourd’hui plus de valeur que du cash à court terme ou un immeuble en plus dans la ville.
Une prise de conscience et appliquer les règles restent nécessaires. Les citoyens ne peuvent faire appliquer la loi à la place des autorités. D’ailleurs cela leur est interdit par … la loi. Mais c’est la crédibilité de leur autorité que les autorités locales mettent en jeu. Faut-il se dire que c’est dommage pour Tanger, sa médina, sa casbah et son riche patrimoine historique? Peut-être, au vu de ce qu’est déjà devenu le fameux café Matisse de Bab El Assa.
L’Observatoire de la protection de l’environnement et des monuments historiques de Tanger qui a publié son rapport 2014 début juin note que «depuis 2007, aucun effort n’a été fait pour le classement des monuments et sites archéologiques» de la ville.
En janvier 2013, commune de Tanger et Observatoire avaient convenu de «mettre en œuvre une stratégie unifiée entre la commune urbaine et la société civile pour la protection de l’environnement et du patrimoine» titre une dépêche de l’agence MAP.
Rue Bouarrakia, rue Carnot ou encore rue Ghandi, la chronique de l’urbanisme à Tanger a été marquée depuis plusieurs semaines par des chantiers menés hors autorisations au vu et au su de tous. Cela fait désordre.
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