Reportage. Baisser du rideau sur Bouya Omar
De grandes tentes accueillant les occupants de Bouya Omar et leurs proches, une trentaine d'ambulances garées à l'extérieur, un important déploiement de gendarmes et de membres des forces auxiliaires et, naturellement, des médecins, des infirmiers partout.
Pour l'opération Karama, lancée lundi 15 juin par le ministre de la Santé, le village de Bouya Omar a pris des airs de campement militaire.
"Mais réglez vite mon cas. Moi aussi je fais partie des détenus!" s'empourpre un homme, voix juvénile mais visage prématurément vieilli. "Rejoignez votre place monsieur, votre tour va bientôt arriver", lui répond une infirmière. Faible protestation du patient, qui ressasse "mais, moi aussi je fais partie des détenus".
Des détenus. Ainsi le ministre de la santé Houssein El Ouardi a décrit les locataires de Bouya Omar. Et la formule semble avoir non seulement rencontré du succès auprès de l'opinion publique, mais aussi auprès des concernés.
"Il s'agit effectivement de détenus, vu les conditions inhumaines dans lesquels ils ont été gardés par les tortionnaires de Bouya Omar", renchérit Hicham El Oudghiri, délégué du ministère de la Santé à la province de Kelaat Sraghna.
"Un grand nombre d'entre eux souffrait de maladies et d'infections dues aux mauvais traitements qui leur ont été infligés. Ils sont soignés ici avant d'être transportés aux hôpitaux psychiatriques qui les accueilleront", explique-t-il.

Les soins médicaux offerts aux ex-occupants de Bouya Omar ne sont qu'un maillon dans une un circuit bien rodé.
Premièrement, un dossier comportant les noms, les prénoms et les lieux de résidence des patients est établi, et leurs familles contactées. Puis des soins hygiéniques leur sont prodigués: une douche ainsi que des coiffeurs sont mis à la disposition des patients, qui se voient offrir un survêtement, des sandales et une couverture chacun.
Viennent ensuite les soins généralistes: les médecins dépêchés leur prodiguent les soins nécessaires et prescrivent les médicaments. Après cette étape, les patients sont redirigés vers des psychiatres, qui établissent un diagnostic et leur prescrivent, eux aussi, des médicaments. Enfin, les dossiers des patients sont scannés et conservés, et une ambulance appelée pour les transporter, ainsi que leurs proches, à l'hôpital psychiatrique qui les accueillera, généralement l'hôpital le plus proche de leur lieu de résidence. Pendant tout le processus, chaque patient est accompagné par une infirmière.

Un circuit dont le bon fonctionnement nécessite non seulement d'importantes ressources humaines (7 psychiatres et 60 à 70 infirmiers sont présents chaque jour), mais aussi médicamenteuses: deux arsenaux de médicaments sont stockés dans le centre d'accueil des patients.
"Le premier est pour les soins généralistes, le second pour les soins psychiatriques. Ce dernier comporte des médicaments de dernière génération", nous explique Hicham El Oudghiri, qui précise que pendant les premières 24 heures de l'opération, quelques 374 dossiers ont été traités.

A Bouya Omar aussi, on compatit avec les 'détenus'.
Une cinquantaine de mètres plus loin, le mausolée de Bouya Omar accueille toujours des visiteurs. Un vieil homme se présente à nous comme étant l'un des chorfas qui s'occupent du lieu. Surprise: il se dit "ravi de voir l'opération Karama débuter. Ces pauvres gens étaient traités comme des bêtes dans les maisons avoisinantes: enchainés, battus et affamés.
Mais il est triste de constater que le nom du mausolée a été associé à ces pratiques, alors qu'elles avaient lieu dans les maisons avoisinantes", et de s'emporter contre "ces monstres qui faisaient de la souffrance humaine leur gagne-pain. Lorsqu'ils ont su que Bouya Omar, c'était fini, certains d'entre eux ont essayé de transporter les malades mentaux dont ils avaient la charge à El Attaouia (un village située à une dizaine de kilomètres de Bouya Omar NDLR), mais ils ont été arrêtés par les gendarmes". Selon lui, "il y en a qui se faisaient jusqu'à 50.000 DH par mois grâce à ce business. Il faut qu'ils soient déférés devant la justice, pour tout le mal qu'ils ont fait".
à lire aussi
Article : Échanges extérieurs : hausse des importations des biens d’équipement de 10,2 MMDH à fin mars 2026 par rapport à 2025
À fin mars 2026, les échanges extérieurs du Maroc ont été marqués par une hausse des importations de biens d’équipement de 10,2 milliards de DH par rapport à fin mars 2025, tandis que les exportations du secteur automobile ont progressé de 12,1%. Détails.
Article : IDE : les recettes reculent de 13,1% par rapport à fin mars 2025
DATA. À fin mars 2026, les recettes IDE se sont établies à 12,12 MMDH, en baisse de 13,1% par rapport à fin mars 2025.
Article : Mondial 2026 : Youssef Amrani visite les stades où jouera le Maroc
L’ambassadeur du Maroc aux États-Unis, Youssef Amrani, a effectué une tournée diplomatique en Géorgie et dans le Massachusetts. Entre préparatifs de la Coupe du monde de football 2026 et renforcement des alliances économiques, cette visite marque une nouvelle étape dans la "diplomatie de proximité" entre Rabat et les grandes métropoles américaines.
Article : Sahara marocain : l’Allemagne réaffirme son soutien à l’initiative d’autonomie et la juge “sérieuse et crédible”
À l’issue du dialogue stratégique Maroc-Allemagne tenu à Rabat, Berlin a réaffirmé son soutien à l’Initiative marocaine d’autonomie, jugée "sérieuse et crédible" pour le règlement du dossier du Sahara, estimant qu’une "véritable autonomie sous souveraineté marocaine" constitue l’option la plus réaliste, tout en annonçant son engagement à agir en cohérence sur les plans diplomatique et économique.
Article : Hydrogène vert : l'écart entre ambition et exécution des projets en débat à Fès
À l'Université Euromed de Fès, le cluster marocain de l'hydrogène vert (Green H2) a réuni experts, industriels et académiques autour des enjeux et défis de la filière, avec un focus sur ses deux produits stratégiques que sont le méthanol et l'ammoniac verts.
Article : Recettes voyages : hausse de 23,5% à fin mars 2026
Les recettes voyages ont atteint 31 MMDH à fin mars 2026, en hausse de 23,5% sur un an, selon les données provisoires de l’Office des changes.