CHU et santé publique: l'accablant constat du Pr Khamlichi
Dans son nouvel ouvrage, le professeur Abdeslam Khamilichi tire la sonnette d’alarme sur l’offre de soins et la recherche médicale dans les CHU, en proposant une réforme de fond.
Si l’on devait résumer le livre «CHU en détresse, Formation médicale en danger» de ce médecin, qui a voué 44 ans de sa vie comme praticien-enseignant au CHU de Rabat, c’est un diagnostic accablant de la situation de la médecine publique au Maroc.
Tous les Marocains connaissent l’état de leur hôpitaux universitaires, mais c’est la première fois qu’un illustre membre du corps médical monte au créneau en s’insurgeant contre la situation actuelle.
Présenté le mercredi 17 juin dernier à la Bibliothèque nationale de Rabat devant 400 professionnels de la santé et personnalités politiques, cet ouvrage n’est pas qu’un réquisitoire, car il propose aussi des solutions pour sauver aujourd’hui la médecine de demain.
Joint par Médias 24, le professeur Khamlichi déclare avoir voulu créer un électrochoc pour améliorer l’état des CHU, qui sont les piliers du système de santé et la locomotive nationale du progrès médical.
«Il me fallait décrire les choses de l’intérieur, pour provoquer un débat salutaire avec les décideurs politiques et les professionnels. L’avenir de la santé ne passera pas par de simples replâtrages. Il faut engager une réforme en profondeur».
Interrogé sur une éventuelle réaction du ministre de la Santé, le professeur se dit persuadé que Houcine Louardi appuiera ses écrits et sa démarche, car tout le monde connaît les éléments exposés.
«Le problème ne se situe pas au niveau du ministre, mais il est beaucoup plus large. À l’instar du plan Maroc Vert, le Maroc a besoin du lancement d’un grand chantier pour rehausser la qualité des soins médicaux, qui est un droit constitutionnel. Ce qui me fait mal, c’est qu’il y a trente ans, le CHU de Rabat était une référence régionale et même continentale».
Aujourd’hui, le constat est terrible avec «des appareils d’endoscopie en panne pendant plusieurs semaines, un scanner qui ne marche pas depuis dix jours, un programme opératoire reporté, à cause d’une panne de climatisation ou d’un manque de produits anesthésiques».
Le professeur constate sur le terrain que les CHU peinent à remplir leurs missions:
-de soins auprès des patients. Les soins primaires (consultation générale) et secondaires (spécialisés) prédominent désormais sur les tertiaires (chirurgie…)
-de formation, aussi bien sur le plan qualitatif que quantitatif
-de recherche: régression du Maroc au niveau des publications scientifiques, 6e place d’Afrique en 2009, contre 3e en2003.
-état des locaux, qualité de l’accueil.
Après avoir pointé du doigt les défaillances, il liste les causes de la détresse des CHU:
-Une application anarchique du temps plein aménagé (TPA) qui en 10 ans a fait exploser la capacité litière des cliniques de 396%, alors que celle des CHU a baissé de 23%, avec un taux d’occupation inférieur à 70%.
-L’insuffisance des moyens financiers et humains octroyés aux CHU
-Absence de normes hospitalières et de système d’évaluation des personnels
-L’inadéquation du mode de gouvernance aux évolutions de la médecine universitaire.
-L’instauration de réformes sans mesure d’accompagnement (instauration du résidanat, suppression implicite de l’internat, réforme des enseignants chercheurs, réduisant la production scientifique au profit de l’ancienneté, dichotomie entre hôpitaux et universités avec des CHU qui sont devenus des CH (centre hospitalier).
Pour y remédier, le docteur Khamlichi propose que le financement des CHU ne soit plus du simple ressort de l’État, car la médecine coûte très cher et que le Maroc n’est pas un pays riche.
«Pour combler durablement et efficacement l’insuffisance alarmante de moyens, il faut appliquer le temps plein aménagé (TPA) à l’intérieur des hôpitaux universitaires, ce qui permettra de multiplier leurs recettes par dix».
Le changement radical passera par la multiplication des partenariats public-privé à but non lucratif. Tous ensemble (autorités de tutelle et corps médical) devont solliciter l’appui financier d’ONG et de fondations ayant fait leurs preuves dans le secteur de la santé pour équiper et construire des pavillons efficients, en instaurant une médecine privée à l’intérieur des CHU».
Même si nos tentatives de joindre le ministre de la Santé sont restées vaines, gageons que le livre du professeur Khamlichi aura pour effet de provoquer un débat national.
"CHU en détresse:Formation médicale en danger" est un livre édité par la maison d'éditions "La croisée des chemins" qui est disponible au prix de 85 DH.
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