La BCIJ expose l'impressionnant arsenal saisi à Tanger
C'est la BCIJ qui poursuivra l'enquête sur la bande criminelle démantelée à Tanger. L'arsenal et le récit des faits ont été présentés à la presse.
>L’arsenal est impressionnant. Un confrère assis à côté de moi commente: “C’est digne d’un Etat, pas d’une bande“. Al Khayame, le patron du BCIJ, a un sourire: “Nous n’avons pas été surpris par l’ampleur de l’arsenal, mais je comprends que l’opinion le soit. Au Maroc, nous n’avons pas l’habitude de trouver ce genre d’objets“.
Il y a de tout. Tout ce qu’il faut pour réaliser les coups tordus, pour espionner, se cacher, écouter, falsifier…
Les armes. Un fusil mitrailleur FAB, de calibre 7.62 mm defense line SA VZ.58 de fabrication israélienne , avec 190 balles dans ses différents chargeurs. Un fusil à canon et à crosse sciés. Un fusil. Des grenades fumigènes pour brouiller la vision et/ou créer la panique. Une matraque électrique capable de délivrer 3.500 volts. Des matraques. Des épées, coutelas, poignards, flèches (si, si), menottes. Un détecteur de métaux.
Le transport. De nombreuses fausses plaques d’immatriculation. Un appareil pour falsifier les numéros de série sur les chassis des carrosseries. Des gyrophares. Du matériel pour fabriquer des clés de voitures, sur mesure. Des scies circulaires pour découper les blindages des fourgons ou des coffre-forts.
Les faux documents. Des permis de conduire et autres documents falsifiés, de faux passeports, des montres volées. De l’argent (l’équivalent de 350.000 DH). Egalement de nombreux masques de visage ainsi que des perruques.
La technologie. Un téléphone satellitaire. Des caméras sans fil. Un traqueur GPS (appareil que l’on peut planquer sur un véhicule pour le suive), un brouilleur de réseau GSM, un drone télécommandé armé d’une caméra, un appareil pour voler les codes des véhicules sophistiqués, de nombreux téléphones portables, du matériel pour écouter.
La marijuana. La bande cultivait elle-même sa marijuana pour sa consommation personnelle et peut-être (l’enquête le dira), pour la commercialisation, car, un atelier de séchage et conditionnement très bien équipé, a été découvert.
>Le récit des faits.
Quatre individus sont sous les verrous: deux belgo marocains (qui se sont connus en prison en Belgique) et deux Marocains de la région.
Le chef de la bande est un belgo-marocain qui a été condamné à plusieurs reprises en Belgique pour des délits et des crimes et qui s’est installé au Maroc en 2012. Le second belgo marocain est également un ancien délinquant qui par la suite a versé dans une pratique radicale de la religion, de sorte qu’une connexion terroriste n’est pas écartée. C’est pour cette raison que la BCIJ s’est vu confier le dossier pour approfondissement de l’enquête.
Dès le début, ce chef de bande a voulu continuer dans les activités criminelles.
La première affaire concerne le vol d’une Peugeot 206, grâce à des clés falsifiées.
Ensuite, le 31 mai 2013, ce fut le vol d’une Audi A5 dont le conducteur a été tué de sang froid, de deux balles. Le vol et le meurtre du conducteur ont été filmés par la caméra d’une banque et la vidéo a été projetée devant la presse. Le meurtrier avait le visage recouvert d’un masque genre masque de carnaval, et un jogging qui recouvrait entièrement son corps. Le jogging et le masque ont été par la suite brûlés, nous explique M. Khayame.
La Peugeot 206 a été désossée entièrement et revendue en pièces détachées. L’Audi A 5 a été maquillée et ses plaques changées, même son propriétaire ne l’aurait pas reconnue, nous assure-t-on.
Dans la nuit du 26 au 27 novembre 2013, les malfaiteurs sont de nouveau sur le pied de guerre. Ils planquent devant une boîte de nuit et suivent à sortie un jeune qui conduit une Mercedes AMG. Celui-ci se dirige vers une ruelle isolée et là, il se gare ; apparemment au pied de son immeuble.
La scène est filmée par une autre caméra de banque. On voit les malfaiteurs arriver dans une Polo de couleur sombre. Ils ralentissement à proximité de la Mercedes pour s’assurer que le conducteur est bien seul. Puis, se garent quelques mètres devant lui.
Lorsque le conducteur de la Mercedes descend pour rentrer tranquillement chez lui, un homme descend de la Polo et le rattrape en courant. Il lui tire une balle dans le genou, ramasse les clés et se dirige vers la Mercedes qu’il conduit. La Polo le suit, conduite par un complice. La caméra ne filme que des ombres, car, les plaques de la Polo sont fausses et le malfaiteur est masqué.
Le 24 février 2014, la bande passe aux affaires plus grosses. Elle attaque un fourgon blindé de transport de fonds, la fameuse attaque du quartier Branes à Tanger où le butin a été de 4,7 MDH, 50.000 euros et 400 dollars. Près de 5,3 MDH au total.
La bande file les fourgons blindés, relève les horaires et les habitudes et décide de passer à l’acte ce 24 février. Les armes utilisées, deux pistolets, seront jetés dans des bouches d’égouts et les vêtements utilisés ainsi que les masques brûlés. La scène est entièrement filmée par la caméra intérieure d’une agence Attijariwafa Bank devant laquelle se déroule le drame. La seule victime, l’un des deux convoyeurs, sera blessé sans gravité. La caméra de surveillance montre toute la scène, mais le meurtrier et son complice sont des ombres, là aussi, masquées et habillées de joggings sombres. Elle montrera aussi comment les badauds, dès le départ des malfaiteurs, investiront la scène du crime, compliquant la tâche ultérieure de la police.
Le 13 août 2015, c’est le braquage de trop. Une tentative de braquage plutôt puisqu’elle a échoué et conduit au démantèlement de la bande.
Devant une agence de la Société Générale, l’un des deux convoyeurs descend du fourgon les mains vides. Le chef de la bande descend une grenade fumigène à la main avec pour objectif de la jeter à l’intérieur du fourgon. Mais les vitres sont toutes fermées. Il sort son fusil mitrailleur et menace le conducteur mais celui-ci n’est pas impressionné, il démarre. Le malfaiteur tire en plein sur la vitre mais celle-ci, blindée, résiste malgré le calibre employé. C’est l’échec, les deux malfaiteurs s’enfuient dans une Dacia qui provient de la société de location qu’a créée entre temps le chef de la bande.
Après, “nous avons fait ce qu’il fallait et nous avons démantelé la bande“, dira Khayame. Il refusera de livrer les détails opérationnels de l’affaire. Nous apprendrons simplement que des descentes ont été opérées, y compris dans une ferme propriété du chef de gang. Et que les armes étaient cachées dans un beau fourgon peint aux couleurs du Maroc. Et que la bande a avoué et livré des détails.
>Connexion terroriste?
Il y a une “suspicion“ de connexion terroriste. Cette connexion est possible, mais pas certaine à ce stade de l’enquête. Le second belgo-marocain, qui fut délinquant et qui a “une pratique radicale de la religion“, a bien trempé dans les trafics d’armes en Europe et c’est lui qui a fait entrer cet arsenal au Maroc.
>Les questions, les enseignements.
L’enquête est en cours et M. Khayame a refusé de livrer davantage de détails.
On peut néanmoins tirer une première conclusion: c’est que travailler sous un commandement unique, comme le font la DST, la DGSN et le BCIJ aujourd’hui, donne plus d’efficacité.
Ce commandement unifié, depuis mi-mai 2015, est-il la seule raison de l’efficacité de la police marocaine alors que les enquêtes sur les trois crimes précédents n’ont pas donné de résultats?
Seconde question: autant d’armes, autant d’échecs dans les enquêtes précédentes, tout cela est-il possible sans complicités locales?
Autre remarque: l'importance des caméras de vidéo surveillance. Les trois premiers crimes ont été filmés par des caméras d'agences bancaires ou de commerces. Le quatrième par une personne présente sur les lieux.
Abdelhak Khayam a nié toute complicité à ce stade de l’enquête.
Dernière question: l’arsenal saisi n’est-il pas démesuré par rapport à la composition de la bande et à la taille des quatre affaires dans lesquelles elle a été impliquée? Oui, mais l’enquête en dira peut-être davantage à ce sujet.
Enfin, notons que la conférence de presse du BCIJ a confirmé les révélations publiées la veille par Médias 24.
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