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Sciences. Amin Hajitou, le Marocain qui veut guérir les cancers

De la petite ville de Sefrou à l'Imperial College de Londres, Amin Hajitou, chercheur en microbiologie d'origine marocaine, qui a été décoré par le Roi Mohammed VI, est une grande figure du monde de la recherche contre le cancer.

Sciences. Amin Hajitou, le Marocain qui veut guérir les cancers
Nourelhouda Bekri
Le 8 septembre 2015 à 12h32 | Modifié 8 septembre 2015 à 12h32

Amin Hajitou, chercheur en microbiologie d'origine marocaine et auteur de plusieurs publications dans les plus grandes revues scientifiques, et auteur d'une découverte qui pourra bouleverser le monde de la médecine, a bien fait son chemin et se confie à nous concernant sa carrière et ses impressions lorsqu'il s'est vu décerner le prestigieux Wissam Alaouite.

Médias24: Pourriez-vous nous détailler votre parcours? Du lycée au centre du cancer de la Texas University?

Amin Hajitou: Après avoir eu mon baccalauréat en Sciences expérimentales à Sefrou, j’ai poursuivi mes études à l’université de Fès où j’ai obtenu une licence en biologie en 1990. Etant classé 3ème de ma promotion, j’ai décroché une bourse de mérite qui m’a permit d’aller en France pour me spécialiser en immunologie.

Au bout d’un an, je me suis rendu compte que cette spécialité ne m’intéressait pas, alors j'ai rejoint l’Université de Liège en Belgique pour faire un Master en biochimie en 1991, où j’ai commencé à travailler sur le cancer du sein et où j’ai majoré d’ailleurs, ce qui m’a donné accès à une bourse européenne supplémentaire pour persévérer dans la recherche.

C'est d'ailleurs ce qui m’a permis de conclure que le cancer du sein n’est pas causé par un virus. Ce sujet qui a fait l’objet de ma thèse, 2 ans plus tard. J’ai obtenu une bourse belge malgré ma nationalité marocaine pour faire un doctorat d’Etat, de 1992 à 1998. Période au cours de laquelle j’ai alterné entre mon poste d’assistant professeur et mes objectifs de recherche.

Au décès de mon père, j’ai quitté la Belgique pour les Etats-Unis. J’avais entendu parler du centre de recherche contre le cancer de la Texas University, qui est l’un des plus grands au monde, lors d’une conférence donnée en Belgique.

Je suis alors entré en contact avec les responsables du centre qui m’ont proposé d’intégrer leur équipe en avril 2002. Après la publication par mes soins de cette nouvelle technologie de lutte contre le cancer, j’ai été sollicité par plusieurs universités européennes pour finalement choisir Imperial College de Londres en 2007, dans laquelle je dirige mon propre laboratoire de recherche et j’enseigne également depuis 2013 au sein de la faculté de médecine.

-Vous avez découvert, quelques années plus tôt, une nouvelle méthode de traitement du cancer. Pourriez-vous nous la décrire? À quel stade en est cette découverte?

-En avril 2006, j’ai publié un article dans une revue scientifique (Cell) qui a changé beaucoup de choses dans le domaine de la recherche pour la lutte contre le cancer.

Cet article montre que pour la première fois, un traitement peut être transporté par un «véhicule» de manière spécifique par voie intraveineuse.

À cette époque, tout le monde parlait du ciblage du traitement cancéreux, mais j’ai été le premier auteur à parler de cette technologie et à prouver que c’était possible. À l’époque, on va dire que nous avions les missiles mais nous n’avions pas l’avion pour les acheminer.

Considérant que le cancer est une guerre, nous gagnions des batailles, mais pas encore la guerre (Contre le cancer, NDLR.). Au fil de mes recherches, j’ai découvert un virus qui cible les bactéries dans le corps, je l’ai pris et utilisé comme vecteur et nous y avons accroché une protéine toxique.

Une fois dans le corps, ce virus modifié s’achemine directement vers la cellule cancéreuse, libère ses protéines toxiques dans les tumeurs et les détruit sans toucher les cellules saines autour. L’institut national de la lutte contre le Cancer américain s’est intéressé à notre publication à l’époque, c’est ce qui nous a valu cette notoriété internationale.

L’institut national de lutte contre le Cancer a sollicité ma découverte pour guérir des chiens cancéreux, essais qui ont fonctionné ce qui les a poussés à me proposer de passer en phase d’essais cliniques mais j’ai refusé parce que je voyais qu’il y avait moyen d’améliorer ce traitement.

En effet, avec mon équipe de l’Imperial College, nous avons découvert les obstacles à son amélioration, nous les avons surmontés et par conséquent renforcé l’efficacité du traitement.

L’étape actuelle est de demander les subventions pour passer aux essais cliniques dans 2ans environ, je dispose déjà d’une équipe de médecins oncologues et chirurgiens spécialistes dans les tumeurs du cerveau, mais j’ambitionne d’étendre cette méthode de traitement ciblée à tous les types de cancers.

-Vous dirigez actuellement une équipe de chercheurs à l'Imperial College de Londres, avez-vous d'autres projets en cours?

-Mais dans le cadre de mon projet, en plus du passage à la phase des essais cliniques, nous sommes avec mon équipe en train de développer un vaccin contre le cancer, toujours avec le même procédé, en activant et renforçant le système immunitaire naturel à l’aide des mêmes protéines qui détruisent la tumeur.

Ce vaccin anti-cancéreux aura pour vocation de prévenir le système immunitaire contre une attaque cancéreuse. Pour obtenir des subventions afin de parvenir à creuser cette voie, il m’a fallu beaucoup de temps. Il est difficile de faire accepter une idée qui semble relever de l’impossible.

J’ai également un autre projet en cours avec un vaccinologue thaïlandais sur un virus responsable d’un grand taux de mortalité chaque année dans le pays. Je suis en train de développer avec lui, à l’aide de nos savoir-faire respectifs, un vaccin qui pourrait en venir à bout de cette maladie à laquelle aucun traitement ne réussit jusqu’à lors.

-Quelles sont vos ambitions personnelles et professionnelles?

-J’ai été sollicité par les Laboratoires Pfizer pour un savoir-faire dans le domaine de la thérapie génique, concernant la méthode de production des gènes, qu’ils souhaitent étendre à d’autres maladies, auxquelles je participerais, mais pas dans le cadre de mes recherches puisque cela ne fait pas partie de mon domaine d’action.

Pour l’instant, la stabilité que représente mon poste actuel est très importante. J’ai déjà reçu plusieurs prix de la faculté de médecine ici pour mes enseignements, et je compte rester sur place jusqu’à la réussite des essais cliniques.

Mais je pense également ouvrir mon propre laboratoire pharmaceutique pour garder le contrôle sur ma découverte et pouvoir l’utiliser comme je l’entends. J’aimerais pouvoir l’importer au Maroc, mais je garde les pieds sur terre, parce que ce projet n’aboutira qu’après la réussite des essais cliniques.

- Pensiez-vous qu'une telle reconnaissance du Maroc, représentée par le Wissam Alaouite, vous soit décernée?

-C’était mon rêve d’être reconnu par mon pays d’origine.

Pendant plusieurs années, j’en ai rêvé, mais j’ai fini par oublier, étant plongé dans les sujets de mes recherches.

Puis un jour, un mMonsieur m’a parlé de ce rêve que je croyais oublié. Quelque temps après, il me rappelle en m’annonçant que j’allais recevoir ce fameux Wissam Alaouite à l’occasion de la Fête du Trône, le 31 juillet dernier. J

e me suis dit «Waw, ça m’arrive enfin», c’est un vœu qui a été exaucé, et qui pour moi est une motivation au quotidien depuis que je l’ai appris.

Lors de la cérémonie, j’ai expliqué mes projets et mes actions à Sa Majesté, qui m’a répondu de manière très authentique. Et j’espère que ces demandes de subventions aboutiront, car non seulement sauver des vies n’a pas de prix, mais faire honneur à son pays d’origine en étant à l’étranger représente pour moi un autre but tout aussi important.

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Nourelhouda Bekri
Le 8 septembre 2015 à 12h32

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