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Le repositionnement de Médi1 TV expliqué par Abbas Azzouzi

Médi1 TV change de peau, mais garde le fond. Sa nouvelle grille des programmes de 2016 s'axe sur les news et les débats.   

Le repositionnement de Médi1 TV expliqué par Abbas Azzouzi
Khalid Tritki
Le 30 novembre 2015 à 16h10 | Modifié 30 novembre 2015 à 16h10

Abbas Azzouzi, son PDG, livre son mode opératoire.

 

Médias 24: Quelles sont les origines objectives du nouveau positionnement de la chaîne?

Abbas Azzouzi: L’amorce de ce changement éditorial tire ses racines dans notre raison d’être. Nous avons construit une offre médiatique axée sur une forte dominante information.

Quand nous analysons notre audience, nous constatons, grâce à des études, que Medi1 TV est perçue comme un média crédible, professionnel qui s’inspire et respecte les standards internationaux. De même, la chaîne est considérée comme un fournisseur de clés de lecture d’actualité marocaine et maghrébine.

En outre, depuis les évènements du printemps arabe, plusieurs chaînes d’information qui avaient pignon sur rue ont perdu de leur superbe. Les téléspectateurs marocains, maghrébins et africains ne s’y trouvent plus. Cela est d’autant plus réel que, suite à l’analyse de l’offre éditoriale classique, nous constatons que l’Africain, de manière générale, est toujours présenté dans un tableau négatif.

Cela dénote de la perception qu’ont les médias internationaux de l’actualité africaine dans sa globalité. De là, découle le besoin d’un média qui porte un regard différent sur l’actualité africaine (marocaine et maghrébine comprises) émanant d’une chaîne marocaine et mettant à contribution les populations et les compétences concernées, notamment issue du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne.

-Est-il nécessaire de chambouler toute la programmation, voire de changer de vocation pour atteindre cet objectif?

-Contrairement à une idée ancrée, le champ audiovisuel marocain est libéralisé. Le Marocain a plus de 800 chaînes à sa disposition. L’offre axée sur la fiction est abondante et "gratuite". Il en va de même de l’offre sportive et de divertissement. Ces trois éléments constituent le fondement d’une chaîne généraliste.

En revanche, le créneau de l’information teintée d’une touche locale ou régionale fait défaut. D’où notre approche de concentrer nos efforts sur la production de l’information en deux formats: des news et journaux télévisés de 8h du matin à 18h du soir, et au delà, la chaîne adoptera un format magazine et débat.

L’ADN de la chaîne était historiquement axé sur l’information et il sera donc renforcé avec un élargissement du spectre de couverture et de traitement vers le Sud et le Nord.

Nous partons de la conviction que l’Afrique doit générer son contenu informationnel. Une raison assez stratégique pour que nous investissions dans des ouvertures de bureaux locaux en Tunisie, Cote d’Ivoire, Sénégal, Cameroun et au Gabon. Des journalistes locaux seront recrutés et formés pour couvrir ces pays et animer le flux de l’information.

Notre périmètre de couverture s’intéressera au Nord. Des bureaux seront aussi ouverts à Paris, Madrid et Milan pour suivre l’actualité de la communauté maghrébine et africaine.

-Avez-vous les moyens de ce déploiement?

-Nous y mettons les moyens et nous envisageons de recruter 60 journalistes pour alimenter les deux canaux, arabophone et francophone, que compte développer la chaîne.

-Est-ce que cela signifie que vous allez réduire la production externe?

-Oui, une chaîne d’information compte sur ses propres ressources pour produire son contenu. Cette règle sera respectée chez Médi1TV. Tout sera produit en interne sauf trois émissions pour des raisons de faisabilité, de compétences et de mentalités.

La première est dédiée à la culture. Son concept s’intéresse à la culture avec ses différentes composantes et origines. L’émission s’intéressera à toutes les cultures du bassin de transmission de la chaine: maghrébine, subsaharienne et communautaire notamment chez les Africains et maghrébins en Europe.

La seconde émission qui sera coproduite à l’extérieur de la chaîne décline un concept à succès dans les pays du nord. Il s’agit d’une plateau débat axé sur l’actualité mais d’une manière décalée et incisive. C’est un format que nous ne maîtrisons pas et que, pour une question de mentalité, nous n’avons pas l’habitude d’animer. Ce qui nous oriente vers une co-production avec un partenaire externe à la chaîne.

La dernière émission sera produite en France. Il s’agit d’une émission débat qui s’intéresse à l’actualité mais d’un point de vue de la communauté africaine et maghrébine d’Europe. Aussi bien les experts, les chroniqueurs que les invités seront choisis dans cette communauté pour analyser et décrypter l’actualité locale, régionale ou internationale à partir du regard des Africains d’Europe.

-Vous avez déjà révélé qu’une grande composante de l’offre sera destinée aux jeunes. Toutefois, la chaîne n’a jamais été perçue comme s’adressant aux jeunes. Comment opérer ce revirement?

-Effectivement, notre cible classique est composée d’hommes et de femmes de la classe moyenne âgés de 35 à 55 ans. L’objectif de la nouvelle grille des programmes est d’attirer la cible jeune âgée de 25 à 35 ans. Nous comptons nous y prendre de deux manières complémentaires.

Médi1TV a développé un "capital digital". La communauté de la chaîne compte 3,5 millions de personnes sur Facebook et plus de 750.000 followers sur Twitter. De même, notre site web est très sollicité avec un taux de partage de contenu très élevé. Nous comptons exploiter ce gisement pour intéresser la cible jeune.

Nous lançons ainsi une émission dont la thématique naîtra sur le web. C’est la communauté digitale qui décidera du choix de la thématique. L’émission sera animée par des personnes qui viennent d’Internet et sera relayée et commentée sur Internet. Elle comprend des rubriques assez décalées par rapport à ce qui se fait au Maroc avec un focus sur le développement de l’excellence.

La deuxième composante à ne pas négliger réside dans les formats adoptés par la chaîne. La manière habituelle de présenter le JT par exemple, n’est plus de mise. D’autres concepts entrent en jeu pour répondre à des habitudes de consommation en mutation.

-Qu’en est-il de la rentabilité de la chaîne?

-Nous sommes en période d’investissement avec des ambitions à moyen et long termes. Il faut être réaliste. Le marché publicitaire au Maroc ne génère que 950 millions de DH par ans pour la télévision. C’est un chiffre réel qui correspond aux factures payées et encaissées par les chaînes du pôle public et Médi1TV.

La faiblesse de la demande publicitaire au Maroc nous oblige à nous ouvrir sur l’Afrique qui a un grand potentiel et sur l’Europe qui constitue un gros gisement publicitaire. Dans les pays du Nord, notre positionnement de niche nous permettra de grignoter une petite part du budget publicitaire.

Toutefois, le plus important est de se positionner avec une vision d’avenir. La tendance mondiale tend vers Internet. Les plus gros producteurs des œuvres de fiction se mettront sur internet pour la simple raison que grâce à la toile, leur cible de vente s’élargira. Des producteurs comme Netflix ou HBO préféreront, à l’avenir, vendre sur internet au lieu de passer par des médias classiques. Cela leur rapportera beaucoup plus.

Pour le sport, nous assistons actuellement à une guerre sanglante pour l’acquisition des droits de diffusion. A ce rythme, les acteurs du marché se réduiront à une minorité puissante qu’il serait hasardeux et suicidaire de concurrencer. 

En revanche, dans l’industrie de l’information, tout reste possible car chaque population ou chaque ensemble de populations qui partagent un ou plusieurs points communs, a besoin d’une approche exclusive. Seuls les médias locaux ou régionaux peuvent offrir ce service d’information. Médi1 TV s’y prépare pour jouer un rôle de choix dans cette compétition mondiale à partir de son approche locale, maghrébine et africaine.

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Khalid Tritki
Le 30 novembre 2015 à 16h10

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