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Troubles d'attention chez l'enfant: pourquoi Ritaline n'est pas commercialisé au Maroc

Selon une association de psychiatres, de nombreux jeunes ont des troubles de l'attention. Ils veulent que les médicaments "phares" soient commercialisés au Maroc.

Troubles d'attention chez l'enfant: pourquoi Ritaline n'est pas commercialisé au Maroc
Emilie Arnault
Le 14 janvier 2016 à 12h36 | Modifié 11 avril 2021 à 2h37

L’Association marocaine de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent organise le 16 janvier à Rabat, au centre de conférences de la fondation Mohammed VI des œuvres sociales pour l’éducation-formation une journée d’étude autour du trouble déficit d’attention hyperactivité (TDA-H), apprend-on dans un communiqué du 13 janvier.

Selon l’association, dans les pays industrialisés, ce trouble dont les causes exactes ne sont pas déterminées, est le premier motif de consultation en pédopsychiatrie; il touche en France entre 3,5 et 5,6% des enfants.

Au Maroc, il n’y a aucune statistique sur le TDA-H, mais d’après l’organisme, de plus en plus d’enfants en souffrent, ce qui a un impact négatif sur leur comportement au niveau de l’apprentissage et de l’adaptation sociale. Sont affectées, pour les experts, soit l’attention, soit le contrôle, soit les deux.

Symptômes

Les difficultés d’attention reprises dans la communication ratissent large: une tendance à "zapper" d’une activité à l’autre, une distraction de tous les instants, une incapacité à appliquer les consignes et à organiser son travail et ses activités, une propension à perdre sans cesse ses objets personnels, mais aussi son temps dans des tâches quotidiennes banales, une inclination à la créativité, à l’imagination et un intérêt dans des choses que les autres n’aperçoivent pas.

Par ailleurs, est considéré comme impulsif un enfant qui "réagit au quart de tour", "agit avant de réfléchir", "interrompt des conversations, répond avant les autres, attend difficilement son tour, prend des risques irréfléchis, perçoit mal le danger, ne contrôle pas ses émotions, peut devenir agressif quand il est contrarié". Quant à l’hyperactivité, elle touche un enfant qui est "perpétuellement en mouvement", "incapable de rester tranquillement assis, tapote, chipote, balance ses jambes en classe", "escalade tout". 

Pour les psychiatres, ces perturbations peuvent mener à des échecs répétés, qui engendrent chez l’enfant une mauvaise estime de soi, renforcée par les réactions négatives de l’entourage. Les spécialistes recommandent un suivi psychologique et neuropsychologique, accompagné "éventuellement" d’un traitement médicamenteux.

Actuellement, le nerf de la guerre, aux yeux des membres de l’association, réside dans cette dernière composante de traitement. Il se trouve dans la non commercialisation du méthylphénidate (principe actif du Ritaline) au Maroc. "Les commissions médicales du ministère ne nous ont pas encore donné les raisons de cette décision", explique le docteur Fatine Fifane à Médias 24.

On craint le détournement de l'utilisation

"On nous a expliqué qu’essentiellement il y avait un risque de mésusage non négligeable. Toutefois, d’autres médicaments comportent des risques similaires et sont quand même commercialisés dans le royaume… De plus, c’est la première molécule prescrite dans le monde dans le traitement de ce trouble." En France, le nombre de boîtes (de médicaments comprenant cette base) vendues en mars 2008 avait augmenté de 70% à fin mars 2013 (passant de 283.000 à 476.900). 

En conséquence de cette non commercialisation, d’après l’Ampea, certains parents sont contraints d’aller se procurer ces produits en Espagne ou en France. "Nous avons émis une proposition au ministère: que la prescription remplisse certaines conditions."

"Par exemple, la première prescription serait ainsi faite par des spécialistes (psychiatres, pédopsychiatres, neurologues) en CHU, comme c’est le cas en Espagne ou en France. Nous devrions obtenir des informations lors de la conférence du 16. Un représentant ministériel du département d’épidémiologie viendra faire le point sur les avancées dans le domaine."

Reste que le méthylphénidate, proche de l’amphétamine et inscrit en France sur la liste des stupéfiants, comporte effectivement, d’après l’Association nationale (française) de sécurité du médicament et des produits de santé, de tels risques d’abus et d’usage détourné qu’il est soumis depuis 2006 à un suivi de pharmacovigilance et d’addictovigilance.

Cette attention particulière est justifiée, d’après des spécialistes canadiens également, qui insistent qu’aux Etats-Unis où le médicament est surnommé Kiddy coke ("la cocaïne des enfants") et où un marché noir a fleuri depuis le début de la commercialisation dans les années 90', "on estime que près de la moitié des enfants envoyés en consultation pour TDA-H souffrent d’autres problèmes tels que les troubles d’apprentissage, dépression ou anxiété, dont les manifestations ressemblent au TDA-H, mais qui ne nécessitent pas de Ritaline".

Autres réserves

Ils ajoutent que "les effets secondaires soulèvent des inquiétudes". Ceux-ci incluent, pour ces chercheurs, "l’insomnie, l’irritabilité, les douleurs abdominales, la diminution de l’appétit et la perte de poids, l’augmentation du rythme cardiaque et la tension artérielle".

Ils nuancent que les risques de dépendance psychologique à ce stimulant à long terme ne sont pas significatifs, mais que l’utilisation prolongée peut entraîner, à terme, des tics faciaux et des retards de croissance. Pour sa part, la Haute autorité de santé (France) remarquait en 2012 "des risques neuropsychiatriques, cérébro et cardiovasculaires", de même que "des effets possibles sur la croissance et la maturation sexuelle". 

Certains émettent des objections pour des raisons différentes. Des voies s’élèvent, qui s’opposent à une prescription jugée par beaucoup trop automatique de ce médicament, le considérant comme une drogue qui inhibe, préférant adapter la méthodologie d’apprentissage aux facultés du jeune

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Emilie Arnault
Le 14 janvier 2016 à 12h36

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