Maghreb Steel perd 564 MDH en 2015, le management reste optimiste
Les pertes s’accumulent pour Maghreb Steel, au point que ses commissaires aux comptes doutent de la continuation future de son exploitation. Toutefois, le management de la société de sidérurgie se dit optimiste quant à l’avenir de l’entreprise et confiant dans son plan de sauvetage.
Maghreb Steel a clôturé l’année 2015 avec une perte de 564,43 MDH. Accumulant déjà des pertes dépassant les 2 MMDH, le sidérurgiste plonge sous la barre de 25% du capital social, poussant ses commissaires aux comptes à douter de la continuité de l’exploitation de la société.
En outre, l’attestation des CAC rejette la responsabilité de la perte réalisée sur les organes de gestion, plutôt que sur les conditions du marché. Une appréciation qu’Amine Louali, DG délégué de Maghreb Steel, qualifie de technique: «L’attestation des CAC ne fait pas normalement de commentaires sur la situation du marché. Notre responsabilité est liée aux comptes qui sont émis», souligne-t-il.
Et d’ajouter: «Nous sommes les gestionnaires et nous assumons pleinement cette situation. Nous pourrons après en évoquer les origines».
Pour lui, il n’y a pas de quoi être surpris par rapport à la situation déficitaire de Maghreb Steel, car le business plan élaboré conjointement avec les banques, ne prévoit pas de dégager un résultat suffisamment positif pour passer à une situation nette meilleure que 25% du capital social sur les 2 ou 3 ans à venir. C'est une sorte de prix à payer pour une tentative de remise à flot.
D'autre part, l’Ebitda du sidérurgiste s’est situé à -51 MDH, contre un Ebitda prévisionnel de 80 MDH. Un écart qui s’explique, selon notre interlocuteur, par deux principaux effets: le premier est celui de la grève qui a lieu en août dernier: «Elle a eu un impact total de 100 MDH: 40 MDH de coûts directs et 60 MDH de coûts liés aux importations qui en ont découlé», souligne-t-il.
Deuxième effet: le retard, au premier semestre 2015, du protocole d’accord avec les banques: «Nous avions un problème de financement, qui a impacté notre performance, nous coûtant près de 40 MDH», souligne-t-il. «Hormis ces éléments exceptionnels, nous sommes désormais capables de réaliser de bonnes performances».
Mais si le top management, ainsi que diverses parties prenantes de Maghreb Steel semblent confiants quant à l’avenir de l’entreprise, d’autres remettent en question, à la base, son modèle économique.
En effet, plusieurs industriels du secteur insistent sur la taille minuscule du marché marocain, ne permettant pas à Maghreb Steel de répondre à la demande extrêmement variée de nuances (composition chimique particulière) de produits et des dimensions qui en découlent, sans qu’il y’ait une quantité minimale commandée.
Autre bémol jouant sur la compétitivité de Maghreb Steel, selon ses détracteurs: les intrants indispensables à la sidérurgie sont l’énergie et le fer, que le Maroc importe à des coûts élevés.
A cet effet, M. Louali évoque, encore une fois, l’exemple de la sidérurgie turque, qui exerce dans des conditions similaires (absence de gaz, de étrole et de minerai de fer) et qui se positionne dans le top 10 mondial: «Dire que Maghreb Steel n’est structurellement pas rentable n’est pas vrai», insiste-t-il.
A cet effet, l'entreprise veut réduire sa facture énergétique à travers deux projets: Le premier concerne l’utilisation des énergies renouvelables, et le second est lié à l’efficacité énergétique: «Nous recevons de grands consortiums pour réaliser des audits énergétiques, afin de formuler des offres concrètes», souligne notre interlocuteur.
"En 2016, les problèmes financiers ne sont plus d'actualité"
Après avoir subi un coup dur en 2015, la part de marché de Maghreb Steel est revenue à 90% en 2016, affirme M. Louali. Il ajoute que la situation de l’entreprise au premier semestre 2016 est en avance sur les prévisions fixées dans le business plan élaboré conjointement avec les banques.
Début 2016, Maghreb Steel affirme avoir produit 70.000 tonnes au niveau des laminoirs à chaud. Un nouveau record, selon notre source, qui augmente le taux d’utilisation de la capacité de production à près de 85%. Sans communiquer de chiffres exacts, notre interlocuteur nous affirme que l’augmentation de la production concerne également l’aciérie, le laminage, le décapage, ainsi que la galvanisation.
Par ailleurs, Maghreb Steel réitère son ambition de conquérir de grands marchés. Dans l’automobile, le sidérurgiste affirme avoir reçu la confirmation de Renault pour fournir celle-ci. Il ne s’agira pas de la carrosserie, mais des petites pièces d’intérieur des voitures: «Aujourd’hui, nous sommes structurellement incapables de produire les pièces liées à la carrosserie pour Renault. Celle-ci demande des bobines de largeur 1.800 mm, alors que notre outil de production s’arrête à 1.500 mm», nous explique M.Louali.
Selon lui, Renault consomme 130.000 tonnes d’acier annuellement, dont la moitié est destinée à la carrosserie externe. L’autre moitié, destinée aux pièces internes, est celle que Maghreb Steel vise. A court terme, le sidérurgiste espère fournir jusqu’à 25.000 tonnes à Renault, tout en envisageant d’atteindre les 60.000 tonnes.
Maghreb Steel est également en discussions avec PSA pour réaliser le même deal, apprenons-nous de M. Louali. Le sidérurgiste veut ainsi fournir 50.000 de tonnes d’acier à PSA. Il veut également capter le potentiel lié au sourcing, que doivent réaliser Renault et PSA pour le compte de leurs filiales à l’étranger.
D'autre part, Maghreb Steel veut conquérir le marché des énergies renouvelables. Après avoir livré 90% de l’acier destiné à la première phase du projet Noor, le sidérurgiste va fournir la totalité de l’acier requis pour les deuxième et troisième phases du projet. Il affiche également des ambitions pour l’éolien.
A l’export, Maghreb Steel veut reconquérir les marchés africains et méditerranéens, où sa présence a été affaiblie en 2015. L’entreprise veut également profiter des mesures anti-dumping instaurés aux Etats-Unis contre le Brésil et la Turquie pour conquérir ce marché: «En 2016, les problèmes financiers ne sont plus d’actualité. Nous sommes plutôt dans une logique de conquête», affirme notre interlocuteur.
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