A Marrakech, une école privée a adopté le système finlandais au Maroc
A Marrakech, Adnane Benabdallah ouvre une école qui s’inspire largement du système éducatif finlandais, un concept qui favorise la créativité de l’enfant…
L’école Benabdellah boucle sa deuxième année d’existence et l’expérience semble prendre. Marrakech accueille ainsi la première école qui délivre un enseignement de l’Education nationale marocaine… à la finlandaise.
Le promoteur Adnane Benabdallah, est député PAM au Parlement marocain, membre du Conseil de la ville de Marrakech. Il a reçu, dès son plus jeune âge, une éducation multiculturelle.
Après des études au Maroc, en France, puis aux Etats-Unis, il a travaillé à l’international, notamment chez Coca-Cola, où il était responsable de région sur 5 pays.
L’enseignement l’a toujours attiré. Et une expérience personnelle, malheureuse, a renforcé sa conviction de se lancer dans l’aventure et de créer sa propre école: il avait inscrit son fils, âgé de 5 ans à l’époque, dans une école privée de Marrakech; quel ne fut son étonnement d’être convoqué par le directeur de l’établissement pour s’entendre dire “votre fils est un feignant!“. Une phrase qu’il n’a jamais oubliée: “Comment peut-on dire une chose pareille au père d’un enfant de 5 ans!“.
Dès lors, sa décision était prise: ouvrir sa propre école, en s’inspirant de ce qui se fait de mieux dans le monde. Ses recherches l’ont amené en Finlande, à Helsinki où, comme en Corée du sud ou en Suède, le mot-clé est “créativité“.
«Il ne s’agissait pas juste d’ouvrir une école de plus dans la ville; il fallait, précise Adnane Benabdallah, apporter au privé une nouvelle approche: l’école ne doit pas simplement suivre le programme mis au point par l’Education nationale, mais elle doit aiguiser ce qui devrait être une priorité pour tous les systèmes d’éducation: la créativité de l’enfant, en commençant dès le plus jeune âge. La créativité se développe d’autant plus que sont mises en valeur les qualités artistiques de l’enfant, que ce soit via le théâtre, la musique ou la danse».
Si bien que toute l’école Benabdallah (elle a pris le nom de son créateur) a été conçue en vue de favoriser ce concept. 40% de la surface de l’école sont consacrés aux salles de classe, les 60% restants étant dédiés au bien-être de l’enfant et aux activités diverses, amphithéâtre de plein air, piscine semi-olympique couverte, bibliothèque-médiathèque, et… une ferme pédagogique, car l’environnement occupe une place de choix au sein de l’établissement.
Tous les enfants travaillent sur des thèmes comme la biodiversité, l’eau, les énergies, le traitement des déchets ou l’alimentation. Avec un objectif: concevoir un éco-code de l’environnement.
Pour un prof de sciences exactes, le théâtre c’est une perte de temps!
Tout ne s’est pas fait sans difficultés… Des enseignants finlandais sont venus à Marrakech former les professeurs à leurs méthodes et expliquer à tous les bienfaits des matières artistiques. Même si pour tel ou tel prof de math, une heure de théâtre apparaissait, au début du moins, comme une perte de temps!
Ces enseignants finlandais ont su se montrer convaincants, avec un exemple simple: quand un élève travaille sur la musique, il stimule et utilise au moins 10 parties de son cerveau; c’est exactement le même nombre de parties qu’il utilise pour apprendre une nouvelle langue: la musique fait travailler le cerveau!
Mais il ne s’agit pas simplement d’ajouter quelques matières au programme classique: il faut qu’elles soient intégrées dans le processus pédagogique. Pour le théâtre, par exemple, le but n’est pas de faire apprendre un texte aux élèves, comme le font tous les établissements scolaires. Ici, on initie aussi les enfants à la gestuelle, à tout ce qui pourra plus tard les aider, lorsqu’ils seront confrontés à des situations particulières.
C’est là une des forces du système scolaire finlandais: mettre l’élève en situation pour qu’il vive dès à présent des choses qu’il vivra sans doute plus tard dans sa vie, mais en lui laissant le soin de trouver par lui-même la solution.
Ainsi, cet exercice classique chez les plus petits: on leur raconte l’histoire de cet enfant qui, tous les matins, profitait de sa supériorité physique pour voler les bonbons de son petit camarade. Et on demande aux élèves de la classe, à tour de rôle, de jouer le “méchant“ et la “victime“ et de proposer des solutions pour régler ce problème.
Dans la salle de classe, des tables en U, pas en amphitéâtre
Les enseignants ont aussi été formés par leurs collègues finlandais à quelques règles simples de méthodologie, comme ne pas faire venir l’enfant au tableau, pour ne pas le sortir de son environnement, pour ne pas le déstabiliser.
Tout n’est pas toujours évident: ainsi ce professeur à qui on venait d’expliquer qu’il ne fallait plus aligner, comme à l’accoutumée, les tables des enfants, mais les mettre en U pour une meilleure cohésion du groupe et un meilleur contact avec le professeur, mais qui, chaque soir, d’instinct, remettait les tables comme il les avait toujours connues…
Les parents aussi ont parfois un peu de mal à s’adapter à cet enseignement un peu différent. Ainsi cette mère d’un garçon de 3 ans, qui ne comprenait pas qu’en maternelle, on n’apprenne pas le Coran aux enfants: «J’ai eu beaucoup de mal, souligne Adnane Benabdallah, à lui expliquer qu’il ne servait à rien de vouloir faire apprendre quoi que ce soit par cœur à un enfant de maternelle».
Premier bilan, deux ans après
Aujourd’hui, avec près de deux ans de recul, les résultats sont là: les enfants qui fréquentent cette école sont de plus en plus éveillés, ouverts sur le monde: chaque sortie est longuement préparée, parfois pendant plus d’un mois.
Ainsi, cette récente visite au Parlement: «Au départ, certains élèves se sont montrés presque agressifs, se souvient Adnane Benabdallah: pourquoi cette visite? Le Parlement ne sert à rien! Bref, ils répétaient ce qu’ils entendaient sans doute chez eux. Et puis la visite a eu lieu: ils ont assisté à une session de questions orales; ils ont eu une réunion avec un parlementaire du PAM, puis une autre avec une parlementaire du PJD et ils sont sortis enthousiasmés. Même le garçon le plus turbulent du collège avait des larmes aux yeux, simplement parce qu’il avait serré la main du ministre de la Santé et qu’il avait été pris en photo avec lui.» Adnane Benabdallah est convaincu de former aussi les citoyens de demain.
Cette école de Marrakech ne peut pas appliquer toutes les règles en vigueur en Finlande, car ce serait contraire à celles en vigueur au Maroc, comme la suppression des notes: en Finlande, c’est l’enfant lui-même qui apprend à s’auto-évaluer. Mais la philosophie de l’enseignement est là. Et pour y parvenir, certains principes ne souffrent d’aucune dérogation, comme le fait qu’il n’y ait jamais plus de 24 enfants par classe.
60 enseignants assurent les cours à 500 élèves. Ils ont tous été choisis selon des critères précis: par exemple, une expérience professionnelle d’au moins 5 ans, mais inférieure à 10 ans: «il est trop difficile de faire changer de méthodes un enseignant qui a plus de 10 ans d'expérience derrière lui», constate Adnane Benabdallah.
Pour la rentrée prochaine, quel que soit le nombre de demandes, l’’école prendra au maximum 100 enfants de plus que cette année. Adnane Benabdallah affirme que c’est la condition sine qua non pour ne pas transiger avec la qualité de l’enseignement et pour former au mieux les enfants qu’on lui confie.
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