Emotion au Marrakech Grand Prix: la première édition sans feu Abderrahmane Zahid
L’émotion sera forcément au rendez-vous, lors du Grand Prix qui aura lieu le week-end du 8 mai à Marrakech. Dans les stands, mais aussi dans le public, tout le monde aura une pensée émue pour celui sans qui cette manifestation sportive n’aurait jamais vu le jour: Abderrahmane Zahid, président de Ménara Holding, décédé il y a quelques jours.
Pour Médias24, son fils Mohamed évoque les débuts de l’épreuve sportive, mais aussi les perspectives pour les années à venir…
-Médias24: Comment a germé dans l’esprit de votre père l’idée de créer un Grand prix automobile à Marrakech ?
-Mohamed Zahid: En réalité, l’idée n’est pas de mon père. Elle revient à mon frère Islam et à son ami Aly Horma, un banquier qui a travaillé notamment aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Passionnés tous les deux de sports mécaniques et en particulier de sport automobile, dans les années 2006/2007, ils sont allés trouver mon père pour lui dire qu’avec des Allemands, ils aimeraient créer un circuit automobile à Marrakech.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que mon père n’a pas été séduit par l’idée! Et de toutes les façons, le partenariat avec les Allemands a capoté. Mais il en fallait plus pour décourager Islam et Aly: ils ont fait le tour du monde, visité tous les circuits, pris de nombreux contacts.

Feu Abderrahmane Zahid vec Bernie Ecclestone, considéré comme le grand argentier de la Formule 1.
Mon père n’était toujours pas chaud, conscient sans doute de l’investissement nécessaire. Mais il était, de formation, mécanicien et il savait d’instinct, qu’il se sentirait bien dans le monde du sport automobile; il a donc laissé mon frère travailler sur son projet.
Et par chance, il a fait la connaissance du président de la WTCC de l’époque, un italien très sympa, qui nous a incités à concrétiser l’idée et nous a beaucoup aidés pour cela. Tout est parti de là…
-On est en 2008 et tout va aller très vite…
-Je m’en souviens parfaitement. Il y avait évidemment tout à faire: circuit, paddock, infrastructures etc… On a démarré les travaux vers le 20 décembre 2008, le premier Grand Prix étant programmé en mars 2009! Fin janvier, la commission de la Fédération internationale automobile nous a envoyé une délégation pour voir où on en était.
Pour nous, leur sentence a été terrible: vous ne serez jamais prêts, nous ont-ils dit de façon lapidaire. Mon père était furieux dans sa tête, parce qu’il s’est senti rabaissé, humilié. Et lui qui a toujours aimé les défis a mis un point d’honneur à tout terminer dans les délais prévus.
-Et aujourd’hui, le circuit de Marrakech est considéré comme l’un des meilleurs…
-Jusqu’à son décès, mon père a eu la satisfaction et la joie de voir de nombreux signes de reconnaissance.
Le paddock a été classé parmi les 5 meilleurs paddocks au monde. Aly Horma et lui ont été décorés par Sa Majesté. Et mon père a eu l’autorisation de donner le nom du Prince Héritier, Moulay Hassan, au circuit: un honneur demandé par beaucoup d’organisateurs de manifestations, mais rarement accordé.
-La reconnaissance qu’ont eue beaucoup de gens à l’égard de votre père provient sans doute aussi de l’effort financier important qu’il a consenti pour que l’épreuve voie le jour…
-Mon père a investi à titre personnel près de 180 millions de dirhams, en empruntant aux banques. Le Grand Prix n’est rentable que depuis deux ans: nous avons donc une ardoise importante auprès de banques et nous continuons toujours à rembourser; on n’en est qu’à 20% de remboursement de la somme. Mais pas question d’arrêter: on va continuer à porter l’événement sur nos épaules, même si c’est une lourde responsabilité.
-Vous n’êtes quand même pas seuls: vous touchez des aides…
-Depuis l’an dernier, on est soutenus par la Région. On est aussi soutenus par 3 ministères: celui de l’Intérieur, celui du Tourisme et celui de Sports. Tous 3 sont sensibles à la bonne image du pays que donne ce Grand Prix. Je ne les remercierai jamais assez pour leur aide, qui nous permet de couvrir désormais tous les frais d’organisation. Mais ne me demandez pas le montant: c’est confidentiel!
-Pour le ministère du Tourisme, le Grand Prix tombe à pic, surtout quand les touristes se montrent un peu moins nombreux dans la ville ocre…
-Et comment! Je vous donne juste un chiffre: en 3 jours seulement, on participe à 1,7% du tourisme annuel de Marrakech et de sa région!
-Et puis cette année, vous avez un nouveau sponsor très important: Afriquia…
-J’ai toujours eu une très grande admiration pour la société Afriquia. Pourquoi? Parce que, comme Ménara Holding, c’est un groupe familial.
Par ailleurs, j’ai beaucoup d’estime pour Aziz Akhannouch. Et je suis donc heureux que nous marchions main dans la main, en donnant désormais à l’événement, le nom de FIA WTCC Afriquia Race of Morocco.
Cela prouve juste une chose: l’état d’esprit des actionnaires…et du patron! J’espère que cette relation de confiance entre nous va durer pour les années à venir.
Pour Afriquia, qui devient donc notre sponsor principal, c’est un gros budget, dont je ne peux pas vous donner le chiffre: à eux de voir s’ils veulent communiquer sur ce point, mais pas question pour moi de leur créer des problèmes, en suscitant par exemple des jalousies…
-A quelques heures du début des épreuves, vous semblez très serein. Vous êtes sûr, cette année, d’équilibrer vos comptes?
-Oui! A J-2, j’ai la conviction, non seulement que nous allons tirer notre épingle du jeu, mais que cela va perdurer. On a signé, il y a deux ans à peine, un contrat avec la municipalité, qui nous permet d’exploiter au mieux le paddock, en organisant des événements toute l’année, ce qui va renforcer la notoriété de Marrakech Grand prix en tant que filiale de Ménara Holding.
On a démarré en septembre dernier le karting et surtout, on va créer une académie qui formera des jeunes et qui, pourquoi pas, décèlera et aidera de nouveaux champions marocains.
Enfin, le paddock va devenir un vrai parc d’exposition que nous allons louer aux constructeurs automobiles du monde entier: ils pourront organiser soit des cours de pilotage, soit des présentations à la presse internationale. Nous n’avons pas fini de participer au rayonnement de la ville de Marrakech!
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