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Paralysie quasi-totale des collectivités locales et de certains ministères

Les troupes du front syndical UMT-CDT-FDT-UGTM ont suivi le mot d’ordre d’arrêt de travail dans la fonction publique. Le point à la mi-journée sur les secteurs les plus touchés par cette grève nationale.

Paralysie quasi-totale des collectivités locales et de certains ministères
Samir El Ouardighi (avec Youssef Lakhdar à Rabat et Jamal Amiar à Tanger)
Le 31 mai 2016 à 13h45 | Modifié 11 avril 2021 à 1h04

Comme à chaque mouvement social, les syndicats font preuve de triomphalisme. Et d’après plusieurs observateurs neutres qui ont fait le tour de certains ministères et des collectivités locales, notamment à Rabat et dans d'autres grandes villes, la grève a bel et bien été un succès, en termes de mobilisation.

Par contre, côté gouvernement, c'est un son de cloche différent.

Selon Mohamed Moubdii, ministre de la fonction publique, joint par Médias 24, cette grève n’a pas eu le succès syndical escompté car son  taux de participation national s’est établi entre seulement 20 et 25%.

Préférant temporiser sur les chiffres de chaque secteur, le ministre a laissé entendre que dans certains ministères, la mobilisation était proche de zéro. 

Ce qui est toutefois certain, c'est l'étendue de la grève dans la santé publique et dans l'enseignement, deux secteurs stratégiques. Nous avons nous mêmes constaté que de nombreux malades venus de loin ont été refoulés des hôpitaux. Les médecins arguent que les urgences étaient ouvertes, mais les malades savent-ils toujours que leur cas est une urgence? Ci-dessous, le témoignage d'une malade recueilli à Casablanca.

La version des syndicats

Joint par Médias 24, Miloudi Moukharik, secrétaire général de l’UMT, ne cache manifestement pas son plaisir en annonçant des chiffres de participation qui ont, selon lui, quasiment paralysé le secteur public.

Il affirme que la paralysie la plus visible a touché les collectivités locales à l’échelle nationale. Sur les 3.200 communes que compte le Maroc, 93% d’entre elles ont connu un arrêt quasi-total de leur activité.

Les collectivités locales des grandes villes comme Casablanca ou Rabat sont, d’après lui, totalement immobilisées. Cette constatation est confirmée par notre collègue d’Al Majalla 24, qui a fait le tour des communes de la capitale administrative.

Moukharik poursuit qu'en plus des petits fonctionnaires (ouvriers et employés), l’essentiel des cadres supérieurs a rejoint massivement l’appel à la grève, ce qui a occasionné un taux de participation proche de 100% à Casablanca.

Concernant la mobilisation dans les ministères, les syndicats ont, d’après lui, pu compter sur leur réservoir de personnel syndiqué. Dans l’Education nationale, les enseignants ont adhéré en masse à la grève, même si le front a donné comme instructions d’assurer les examens là où c’était nécessaire.

Moukharik estime le taux de mobilisation entre 70 et 80% et là encore, notre collègue Yousef Lakhdar confirme l’absence d’enseignants dans les établissements scolaires désertés.

Dans le secteur de la santé, l’activité des hôpitaux, des CHU et même du siège du département du ministre Louardi est carrément à l’arrêt. Dans les grandes villes du royaume, la quasi-totalité des établissements de santé n’assurent aucun service, hormis ceux d’urgence, «par souci de citoyenneté.»

Un médecin de l’hôpital Moulay Youssef de Rabat nous confirme que le personnel administratif et soignant manque à l’appel et que c’est le même cas pour l’ensemble des hôpitaux de la capitale (Avicenne…). 

Le taux de participation dans le secteur de la santé avoisine selon M. Moukarik les 80% sur l’ensemble du territoire.

Au niveau du ministère de l’Agriculture et des pêches, le taux est, toujours d’après Moukharik, de 82%. Les cadres et les employés de ce département ont déserté les locaux du ministère et ceux des centres régionaux (offices) du secteur agricole selon la même source.

Dans le très syndiqué ministère des travaux publics et du transport, 60% des fonctionnaires ont choisi de rejoindre le mouvement «malgré les pressions et les intimidations du ministre Rebbah».

Les personnels des services de la météorologie ont débrayé à 80% et le ministère du commerce extérieur a connu le même taux de participation. Le département des MRE où l’UMT est fortement implanté atteint selon le chef du front syndical un taux de participation d’environ 90%.

Dans les ministères dits de souveraineté (Intérieur, Affaires étrangères et les Affaires islamiques), il n’y a eu aucun débrayage car «les ministres ont fait de l’excès de zèle en publiant des arrêtés interdisant l’action syndicale»..

Si Moukharik qualifie cette grève de réussie, ce n’est pas seulement pour les taux de participation importants mais plutôt du fait que sa mise en œuvre a été organisée en moins de cinq jours.

«Nous l’avons organisée en catastrophe jeudi dernier (26 mai) après la tentative du gouvernement de faire passer en force le sinistre projet de loi sur la retraite. Cela s’est donc fait en un temps record car nous n’avons eu que le lundi 30 mai pour l’organiser. La principale leçon de cette grève est que le mouvement syndical garde intacte sa capacité de mobilisation».

Le mouvement de grève devait s’accompagne d’un sit-in à 14 heures devant le parlement juste avant que le chef du gouvernement n'y arrive pour répondre aux questions orales des conseillers de la 2ème chambre.

Paralysie quasi-totale des collectivités locales et de certains ministères

Sans réponse du gouvernement, le chef de l’UMT annonce la poursuite du programme de protestation qui s’étendra durant tout le mois de ramadan (marches et veillées nocturnes post-prière) et l’organisation rapide d’une grève générale (secteurs public et privé) sans plus de détails.

Moukharik conclut en affirmant que si le gouvernement persiste toujours à ne pas entendre raison, l’UMT n’hésitera pas à sortir de sa neutralité politique en appelant ses troupes à ne pas voter pour les partis de la majorité et plus particulièrement contre le PJD.

A Tanger, la grève de la fonction publique ce mardi 31 mai est suivie entre 30 et 70% selon les administrations. Une visite des administrations du cadastre et de la conservation foncière situées au centre-ville permet de constater des locaux quasi-vides. Au quartier administratif, qui comprend la wilaya, le Centre régional d’investissement et les délégations régionales de plusieurs ministères, l’activité tourne clairement au ralenti. Les tribunaux sont vides. Aux services des mines (cartes grises, permis de conduire) et aux impôts, plusieurs usagers ont reporté leurs démarches à mercredi ou à jeudi, lorsque l’activité reprendra son rythme normal.

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Samir El Ouardighi (avec Youssef Lakhdar à Rabat et Jamal Amiar à Tanger)
Le 31 mai 2016 à 13h45

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