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Tentative de reportage sur la visite de Michelle Obama à Marrakech

Mardi 28 juin. La Première Dame américaine Michelle Obama, arrivée à Marrakech la veille, va rencontrer quelques jeunes filles marocaines pour échanger autour des problématiques liées à leur accès à l’éducation, dans le cadre de son initiative "Let Girls learn". Médias 24 a fait le déplacement pour tenter de couvrir l’événement.  

Tentative de reportage sur la visite de Michelle Obama à Marrakech
Sara El Hanafi
Le 29 juin 2016 à 3h46 | Modifié 11 avril 2021 à 2h38

Il est 8h20. En face d’un hôtel huppé de Marrakech, quelques représentants de l’ambassade américaine à Rabat accueillent les journalistes dûment accrédités qui se sont déplacés pour couvrir la rencontre de la Première Dame des États-Unis avec des jeunes filles marocaines, portant sur les difficultés d’accès à l’éducation. D’emblée, des vérifications des numéros de CIN des journalistes sont entamées, mais jusque là, l’ambiance est sympathique, conviviale et informelle.

Une demi-heure plus tard, une fois tous les journalistes (marocains et étrangers) rassemblés, une navette nous transporte sur le lieu de l’événement: un riad de la médina de Marrakech, transformé en restaurant de luxe.

Sur place, l’heure est encore aux préparatifs: la police marocaine est présente en masse, en uniforme et en civil. Sur un mur du bâtiment, lieu de l’événement, les Américains ont accroché un papier, sur le quel on peut lire "Media entrance", entrée des médias. Près du mur, ils ont dressé des parasols pour nous protéger du soleil brûlant de la ville ocre. Ils savent que l’attente sera longue.

Il est déjà 10 heures passées. Adossés contre le fameux mur pour la plupart, des journalistes sont parfois assis à même le sol. On a pensé aux parasols mais pas aux chaises. La représentation diplomatique américaine réagit: "Excusez-nous pour le retard, nous ne pouvons rien faire pour l’instant", répète un fonctionnaire de l’ambassade. Nous attendons les instructions de la Maison Blanche".

A un moment donné, la première d’une série d’instructions émanant du bureau de la première dame américaine tomba, via un coup de téléphone adressé au fonctionnaire en question: les services de sécurité de la Maison Blanche sont annoncés. Ils réclament aux journalistes de se déplacer vers le trottoir d’en face, mais de laisser près du fameux mur tout leur matériel: caméras, trépieds, ordinateurs (allumés), tablettes, etc. Ainsi fut-il fait.

Peu de temps après, quatre agents des services de sécurité américains arrivent, l’un d'entre eux accompagné d’un chien spécialement dressé. C’est à ce moment que démarre l’opération reniflage du matériel laissé sur place par les journalistes, sous l’œil émerveillé de ceux-ci, de la police marocaine présente sur place et des citoyens de passage sur les lieux. Un agent du secret service supervise l’opération, tandis que deux autres, fouillent méticuleusement le matériel déjà reniflé par le chien.

Le matériel a été donc contrôlé trois fois: la première par le chien renifleur, la seconde par un premier agent et la troisième par un second agent. Aucun doute sur la sécurité des lieux ne doit subsister. Le contrôle est rigoureusement minutieux. Celui-ci achevé, l’agent de sécurité au chien renifleur lève le pouce à son supérieur, qui nous donne à son tour la permission de regagner "notre" mur, pour nous y adosser à nouveau.

Quelque temps après, un autre agent des services secrets arrive. Vêtu d’un costume bien taillé et portant une oreillette, il correspond au profil type de l’agent des services secrets américains, comme on le dépeint au cinéma du pays de l'Oncle Sam.

Impassible, l’attitude robotique, il nous livre à son tour des instructions avant d'entrer dans le saint des saints: former une file indienne, téléphones allumés à la main. II nous explique qu’il faudra tout d’abord revérifier notre accréditation auprès des fonctionnaires de l’ambassade: "Si vous n’êtes pas enregistrés, il vaut mieux quitter les lieux".

Après vérification, nous sommes entrés dans le bâtiment. Une fois à l'intérieur, toujours en file indienne, deux agents de la police marocaine, sous l’œil bienveillant de leurs confrères américains, se chargent d’effectuer un contrôle de sécurité minutieux. Chaque personne était méticuleusement fouillée par deux agents de police, une femme et un homme. Les sacs, et tout ce qu’ils contenaient, ont été rigoureusement contrôlés également.  

Suite à ce contrôle "initial", un autre agent des services de sécurité américains, une femme cette fois-ci, effectue un second contrôle de sécurité via un détecteur de métaux, prenant le soin mécanique de remercier chaque personne ayant obtempéré à ses directives.

Nous nous sommes ensuite installés dans une sorte de salle d’attente. Ce fut l’occasion de recevoir, encore une fois, plus d’instructions que d’informations. On nous informe que l’on ne pourra assister qu’aux premières 30 minutes de la rencontre": "Nous reviendrons vers vous lorsqu’il vous restera 2 minutes, le temps de vous préparer à quitter la salle, calmement", nous dicte une fonctionnaire de l’ambassade.  

L’heure venue, nous entrons dans la salle où a eu lieu la rencontre: L’accès au devant de la salle, où les jeunes filles marocaines étaient installées en face des canapés devant accueillir les intervenantes, est bloqué. Les caméras devaient être installées derrière elles et les journalistes assis sur le côté, en tant que simples spectateurs. Pas de questions, pas d’interventions.

Après une quarantaine de minutes, la première dame des Etats-Unis et les actrices Meryl Streep et Freida Pinto, font leur entrée dans la salle, sous un tonnerre d’applaudissements. Les caméramen se bousculent, ajustant leurs appareils pour tenter d’obtenir les meilleures images.

Durant les 30 minutes de notre présence, Michelle Obama ainsi que les deux actrices échangent sur les différentes actions lancées dans le cadre de l’initiative "Let Girls learn". Quelques filles aux histoires marquantes partagent leurs expériences, dans un anglais parfait: "Les filles présentes aujourd’hui ont également été choisies pour leur bon niveau en anglais, afin de mieux communiquer avec la première dame", nous explique une responsable de l’ambassade américaine.

"62 millions de filles à travers le monde n’ont pas accès à l’éducation, je suis scandalisée", s’indigne la première dame américaine durant la rencontre. Pour elle, les barrières sont multiples: culturelles, sociales, économiques, ou même physiques, les écoles se retrouvant parfois très éloignées dans les zones rurales.

L’initiative de Madame Obama est un véritable plaidoyer visant à invalider tous les arguments allant à l’encontre de l’éducation des jeunes filles: "Le rendement de l’éducation des jeunes filles est considérable non seulement pour les familles mais également pour leur entourage", souligne la première dame.

Au Maroc, l’initiative Let Girls Learn sera concrétisée par un investissement de la Millenium Challenge Corporation de 100 millions de dollars USD, portant sur le lancement d’un nouveau modèle d’enseignement secondaire; ainsi qu’un investissement de 400.000 dollars pour construire cinq nouveaux dortoirs pour filles (connus sous le nom de Dar Talibate).

Les 30 minutes écoulées, des responsables de l’ambassade reviennent vers nous, nous priant de sortir de la salle. Une navette est à notre disposition, afin de nous ramener vers l’hôtel où nous nous étions retrouvés le matin, afin d’assister à un point de presse avec des responsables de la Millenium Challenge Corporation: "La première dame et les actrices n’assisteront pas au point de presse", ne cessaient de répéter les organisateurs.

Plus tard, des responsables au sein de l’ambassade américaine nous affirment qu’on ne pourra finalement pas poser de questions lors de ce point de presse non plus: "Vous aurez juste le temps de prendre des déclarations officielles filmées de la part des responsables, valables pour tous les supports à la fois", nous avertit un représentant de l’ambassade. Il ajoute : "Mais il y aura les jeunes filles aussi, avec qui vous pouvez discuter longuement". Comme si les jeunes filles étaient de meilleures sources de réponses à nos différentes questions.

Au final, outre les informations officiellement communiquées par les organisateurs de l’événement, peu de clarifications ont été fournies. Les mesures de sécurité extrêmement pointues, l’attitude méfiante vis-à-vis des journalistes et l’organisation moyenne ont déteint sur l’ambiance générale de l’événement, dont la couverture n’a finalement duré que 30 "précieuses" minutes. 

Voilà, j'ai vu Michelle Obama de près, je l'ai écoutée parler, nous étions dans la même salle, j'ai vu le secret service en action, j'ai vérifié que le soleil de Marrakech était toujours là, je n'ai pas eu le droit de poser des questions, j'aurais parfaitement pu être remplacée par un robot et je n'ai pas compris pourquoi Michelle Obama s'est déplacée, pourquoi CNN a l'exclusivité de la couverture de l'évènement, pourquoi avoir choisi le Maroc et le Libéria, pourquoi l'opération semble si bien scénarisée... Ce n'est pas vraiment l'idée que je me faisais du journalisme. Au pays de l'Oncle Sam, je croyais que les journalistes avaient le droit de poser des questions. Et d'avoir des réponses.

Cela étant dit, nos lecteurs peuvent lire les différents articles informatifs que nous avons déjà publiés sur la base des communiqués de presse et des agences: ici, ici, ici et ici.

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Sara El Hanafi
Le 29 juin 2016 à 3h46

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